Étude | Les GLP-1 sont sécuritaires en début de grossesse

L’exposition à des antidiabétiques de deuxième ligne comme les agonistes des récepteurs du GLP-1 pendant le premier trimestre de la grossesse n’a pas été associée à un risque accru de malformations congénitales graves par rapport à l’utilisation de l’insuline seule, montre une étude à laquelle a participé une chercheuse montréalaise.
Publié à
Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne
Les auteurs de l’étude ont noté, tout au plus, que l’exposition à ces molécules, mieux connues sous des noms commerciaux comme Ozempic ou Mounjaro, se traduisait par une hausse modeste du risque de malformations cardiaques.
« On parle de femmes qui avaient un diabète de type 2 avant la grossesse, pas de femmes qui utilisaient (les GLP-1) pour traiter l’obésité », a dit la professeure Anick Bérard, du CHU Sainte-Justine.
« Il y a quand même une grande proportion de femmes qui vont tomber enceintes sous GLP-1 et on voulait savoir, (puisqu’elles) vont être exposées en début de grossesse, durant l’organogenèse, à cette molécule-là, quels sont les risques de malformations congénitales pour le bébé. »
La professeure Bérard et ses collègues ont donc épluché un peu moins de 20 000 grossesses répertoriées par le Système national des données de santé de la France, dont un tiers avait été exposé à au moins un antidiabétique de deuxième ligne.
Tous les antidiabétiques hypoglycémiants ont été pris en compte, notamment l’insuline, la metformine, les agonistes des récepteurs du GLP-1 et les inhibiteurs du SGLT2.
Par rapport à l’utilisation exclusive d’insuline, écrivent les auteurs, l’exposition au cours du premier trimestre à des antidiabétiques de deuxième ligne n’a pas été associée à un risque accru de malformations congénitales majeures, qu’elles soient générales ou spécifiques à un organe.
Une analyse un peu plus détaillée des données a toutefois révélé une augmentation de 43 % du risque de malformations cardiaques.
« Mais je ne veux pas alarmer la population, c’est une très faible augmentation, a précisé la professeure Bérard. On peut avoir la plus belle grossesse du monde, on a quand même 1 % de chance d’avoir un enfant avec une malformation cardiaque. Alors une augmentation de 43 %, ça veut dire passer de 1 % à 1,43 %. »
Pour le moment, a-t-elle dit, les recommandations aussi bien canadiennes que françaises disent que les femmes qui ont un projet de grossesse devraient passer des GLP-1 à l’insuline avant de le concrétiser.
Les données de l’étude sont constantes avec ces recommandations, a dit la professeure Bérard, « puisque même parmi celles qui sont exposées par inadvertance, parce qu’il y en aura toujours, le risque demeure faible. C’est rassurant ».
Cette étude est importante, a souligné la chercheuse, « parce que l’utilisation des GLP-1 augmente dans la population générale, et en plus ça augmente la fertilité des femmes. C’est une très bonne option thérapeutique pour traiter le diabète de type 2, mais en plus, ça augmente les chances de tomber enceinte ».
« De manière générale, les femmes qui ont un diabète de type 2 ont plus de difficultés à tomber enceintes, a rappelé la professeure Bérard. Elles utilisent un GLP-1 pour traiter leur diabète de type 2, mais par la bande, ça augmente leur fertilité et ça augmente la probabilité qu’elles soient exposées par inadvertance en début de grossesse. »
Cette exposition par inadvertance pourra survenir pendant les quelques semaines qui s’écouleront entre le moment où la femme réalise qu’elle est enceinte, le moment où elle cesse l’utilisation de ces molécules ou encore le moment où sa dernière dose cesse de faire effet.
Il est important de noter que l’étude a porté sur l’exposition à des antidiabétiques de deuxième ligne pendant le premier trimestre de la grossesse, et non pas pendant la totalité de celle-ci. Les chercheurs n’ont donc pas examiné, par exemple, le risque de prématurité, d’avortement spontané, de faible poids à la naissance ou de troubles du neurodéveloppement.
« On n’a pas encore regardé ça en France, mais on va le faire au Canada, a révélé la professeure Bérard. Plus les données vont être rassurantes avec les GLP-1, plus on va avoir des femmes au Canada qui vont les utiliser plus longtemps durant leur grossesse et on va avoir des expositions plus tard durant la grossesse qui vont nous permettre de regarder d’autres issues. »
Pour le moment, conclut-elle, une femme qui souhaiterait poursuivre l’utilisation de ces traitements de deuxième ligne pendant sa grossesse devrait en discuter avec son médecin pour évaluer la situation.
Les conclusions de cette étude ont été publiées par la revue médicale Diabetologia.
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