La Chine dévoile sa feuille de route lunaire : trois lancements non habités, puis des astronautes sur la Lune avant 2030
La Chine devrait envoyer des astronautes sur la Lune d’ici trois ans. Ce calendrier, dévoilé le 31 octobre lors d’une conférence à Pékin, montre la maturité du programme lunaire chinois.
En France, on suit régulièrement les avancées et les déconvenues du programme Artémis, mené par les États-Unis, qui vise à faire revenir des astronautes sur la Lune pour la première fois depuis 1972. Mais pendant ce temps-là, la Chine avance également ses pions beaucoup plus discrètement.
Une rare avalanche d’informations est pourtant tombée le samedi 31 octobre, lors de la septième conférence sur le vol habité qui s’est tenue à Pékin. Wang Xiang, concepteur en chef adjoint du programme spatial habité chinois, y a présenté la feuille de route du pays. Les principales diapositives de sa présentation ont été partagées sur le réseau social chinois Weibo, puis reprises par des médias comme SpaceNews ou Ars Technica.
D’abord le vaisseau, puis l’atterrisseur, puis les deux
La première étape de ce calendrier est prévue début 2027. La fusée Long March 10A devrait être lancée sans équipage avec le vaisseau Mengzhou en orbite basse. Mengzhou devra amener des astronautes jusqu’à la Lune le moment venu, mais sa version définitive n’a encore jamais atteint l’orbite (seul un prototype y est allé, en mai 2020, sur une Long March 5B). Jusqu’ici, elle a seulement passé des tests d’éjection d’urgence, au sol en juin 2025 puis en vol le 11 février 2026. Cette fois, Mengzhou devra s’amarrer à Tiangong, la station spatiale chinoise, une première pour lui. À terme, il doit remplacer Shenzhou pour amener les équipages à la station.
L’étape suivante est prévue en 2028. Cette fois, c’est l’atterrisseur lunaire Lanyue qui doit être lancé, direction la Lune. Là-bas, il devra réaliser un test décisif : descendre sur la surface lunaire puis remonter. On ignore encore quelles charges utiles (instruments et expériences) accompagneront l’atterrisseur. L’agence spatiale habitée chinoise a lancé le 22 octobre un appel à propositions auprès des institutions du pays.

En 2029, l’exercice se corse avec deux lancements séparés de fusées Long March 10, l’un pour Mengzhou, l’autre pour Lanyue, tous deux en direction de la Lune. Une fois en orbite lunaire, les deux engins devront s’amarrer, se séparer, puis enchaîner toute la séquence : atterrissage de Lanyue, remontée et nouvel amarrage à Mengzhou. Bref, une répétition générale de la mission lunaire, sans équipage.
Cette méthode tranche avec celle de la Nasa qui avait privilégié un premier tour de la Lune habité, que ce soit avec Apollo 8 en 1968, ou plus récemment lors d’Artémis II, en avril 2026. Ici, toutes les répétitions se feront sans équipage et le premier voyage lunaire d’astronautes chinois se traduira par un séjour à la surface de la Lune.
Une seule mission habitée (pour l’instant)
Selon les prévisions détaillées lors de la conférence, cette mission habitée doit avoir lieu avant 2030, sans plus de précisions. Une première Long March 10 enverra Lanyue puis une deuxième suivra avec Mengzhou et trois astronautes à bord. Comme pour les missions Apollo, l’un d’eux restera dans Mengzhou tandis que les deux autres seront transférés dans l’atterrisseur pour entreprendre leur voyage à la surface. Là, ils resteront trois jours pendant lesquels ils réaliseront quelques sorties autour de leur site d’atterrissage.
Pour ce qui est de la suite du programme lunaire habité chinois, peu d’informations ont été communiquées. Pour l’instant, les responsables chinois parlent d’exploration et évoquent peu l’exploitation des ressources lunaires, comme les métaux rares, l’hélium-3 ou la glace d’eau. La Chine prévoit d’avancer en trois temps : d’abord savoir faire ces voyages de façon fiable, puis gagner en mobilité sur place, et enfin organiser une présence durable.
Aucune date n’a encore été avancée pour ces étapes. Le calendrier prévu d’ici la fin de la décennie est déjà très serré, et pourrait faire coïncider les premiers pas chinois sur la Lune avec le retour des Américains, que la Nasa vise pour 2028 avec Artémis IV.
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