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Friday, October 2, 2026

«Reflexiones» : l’âge de l’éclosion de Gabriella Olivo

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Pop indie, techno, cumbia, reggaeton, folk… l’autrice-compositrice-interprète Gabriella Olivo écoute une grande variété de styles musicaux, et ça s’entend sur son premier album long, Reflexiones. Il émane du successeur aux microalbums A todos mis amores (2024) et Sola (2022) un renouveau sonore certain.

Née d’une mère mexicaine et d’un père québécois, la musicienne à la voix éthérée a enrichi sa pop électro d’influences house, dance et même trance (pensons à l’hypnotique Time), des genres qu’elle adore, le tout marié à des rythmes latins — sa signature. Cette fusion des styles et des cultures confère à l’artiste s’exprimant sur Reflexiones en espagnol, en français et en anglais une remarquable singularité.

« Les textures sonores sont plus recherchées », indique Gabriella en entrevue dans un café de Villeray, à Montréal. « Je trippe sur la recherche sonore ! » En effet, celle qui comptait parmi les Révélations Radio-Canada 2025-2026 réalise des maquettes très avancées, à des lieues de démos épurés guitare-voix, surtout pour Reflexiones. « J’avais déjà mis des effets sur ma voix, sur des guitares, fait des lignes de basse aux claviers… Chris a mis sa touche pour améliorer les démos. »

Chris, c’est celui avec qui elle a coréalisé Reflexiones, Christian Sean, multi-instrumentiste dont elle avait adoré Hallelujah Showers, paru début 2025. « Son album me faisait tripper ! Je le trouvais différent de ce que j’entendais beaucoup dans le paysage québécois. J’ai adoré ses sonorités électroacoustiques. Ça m’a parlé. »

Après une première collaboration fructueuse — la chanson Ya sé ya sé, sortie l’an passé —, Gabriella lui a proposé de coréaliser un album complet. « Ce gars-là m’est tombé du ciel ; c’est exactement la personne que je cherchais pour comprendre ma vision, raconte-t-elle. Je le sentais super impliqué dans le projet, il aimait vraiment mes chansons. Ce n’était pas juste une commande. »

Le tandem est arrivé au résultat qu’escomptait Gabriella, fière d’avoir mis en pratique toutes ses idées. Notamment que les Petits Chanteurs de Charlesbourg, chœur dont elle a fait partie, interprètent la première pièce de l’album, Vale la pena, et que résonnent, outre guitares, basse et batterie, une foule d’instruments : saxophone, clarinette basse, flûte, pedal steel, violoncelle, contrebasse, percussions latines…

« J’en aurais même ajouté ! rigole Gabriella. Je rêvais d’avoir du güiro, un instrument brésilien vraiment spécial. Il n’y en a pas sur l’album, mais… je le garde pour le prochain ! »

Éclore

La fin de la vingtaine de Gabriella, qui vient de célébrer ses 30 ans le 30 septembre — « c’est mon année chanceuse ! » —, s’est déroulée sous le signe des prises de conscience : sur l’amour, la famille, sa relation avec sa mère, la sororité (thème qui lui est très cher, comme en témoigne Todas mis amigas). Mais également sur la politique.

Il lui importait de mettre sa colère au service de ses textes, qu’elle drape ensuite dans un écrin doux : « Je me suis vraiment livrée à l’exercice d’écrire sur des sujets plus engagés : les guerres, l’environnement, les injustices… » Par exemple, Cazadores (« chasseurs » en français) a jailli d’un trait lorsque Donald Trump a repris le pouvoir aux États-Unis. « Si j’ai une vitrine, aussi petite soit-elle, je trouve ça bien de l’utiliser. »

Elle tenait, de plus, à écrire avec une totale vulnérabilité, même si les textes lui donnent depuis toujours du fil à retordre. « Composer de la musique, c’est vraiment plus naturel qu’écrire des paroles pour moi. J’ai des centaines de bouts de tounes commencés sur mon ordi, j’ai full d’idées ! »

Ces dernières années, Gabriella a aussi réfléchi davantage à ses racines mexicaines. « Quand j’étais enfant, ça me gênait plus qu’autre chose », avoue-t-elle. Ses réflexions l’ont amenée à pérégriner seule au Mexique, tant pour découvrir le pays natal de sa mère que pour se découvrir elle-même.

C’est d’ailleurs à Mexico qu’elle a enregistré A todos mis amores, qui lui a valu une nomination à l’Adisq et au Gala alternatif de la musique indépendante du Québec.

Danser seule

« J’aime me lancer des défis… de temps en temps », confie Gabriella. C’est ce qu’elle a fait en dansant seule dans le vidéoclip de Cruise Control. « Je visualisais tellement la chorégraphie que je me suis dit : go, je vais danser. » Défi relevé, grâce à l’appui d’une amie chorégraphe. « C’était un safe space pour moi », raconte celle qui jusqu’alors aimait simplement se déhancher entre amis dans les bars. « Mais ça faisait longtemps que j’avais envie de suivre des cours de danse. C’est tellement thérapeutique, la danse ! »

Cette expérience, qui l’a aidée à s’extirper encore davantage de son cocon, nourrira assurément sa présence scénique. D’autant que la timide Gabriella, qui était cette année de la troisième cohorte du projet collectif Les Flambettes, du Réseau des organisateurs des spectacles de l’Est du Québec, aux côtés d’Alex LeBlanc, Liliane Pellerin et Valois, se réjouit actuellement de gagner non seulement en confiance, mais également en plaisir sur scène.

« Jamais de ma vie je n’aurais pensé faire des shows, affirme-t-elle sans ambages. Je n’ai pas ça dans le sang. À mes débuts, j’étais vraiment stressée et toute pognée. Mais la scène, ça s’apprend. Et je suis contente d’avoir été capable de danser seule. »

Aujourd’hui, Gabriella Olivo rêve d’aller à la rencontre de l’auditoire mexicain, de percer le marché hispanophone — en Amérique du Sud, mais également en Espagne — et d’y avoir un jour un public conquis. Elle conclut, facétieuse : « Et des Latin Grammys, et du Tiny Desk [de NPR] et du Tonight Show de Jimmy Fallon ! »

Gabriella Olivo sera en prestation le 29 octobre au Pantoum, à Québec, et le 3 novembre au Ministère, à Montréal.

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