La fin du ni oui ni non
Si les sondages de lundi dernier se confirment, le Parti québécois (PQ) pourrait former un gouvernement majoritaire et la Coalition avenir Québec (CAQ) se désintégrer. Ceux qui refusent de se mouiller entre un Québec souverain et un Québec fort dans le Canada vont alors manquer d’endroits où se cacher. Cette deuxième option, c’était tout le pari de la CAQ, dont les députés avaient pour consigne de s’en tenir au ni oui ni non, même si, dans les derniers mois, certains n’ont pu se retenir.
On sait comment se sont terminées les huit années de caquisme : Québec a obtenu bien peu d’Ottawa. Les électeurs devraient le confirmer lundi prochain.
Les caquistes sont surtout partis vers le PQ, le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti conservateur du Québec (PCQ). J’imagine mal que ce choix se soit fait dans l’enthousiasme. Chacun a sans doute suivi le chef qui lui parlait le plus dans les récents débats. Ceux qui ont renoncé à arracher des pouvoirs à Ottawa sont allés au PLQ, qui assume son fédéralisme. Ceux qui rêvent d’une cure d’amaigrissement de l’État digne de celui produit par l’Ozempic ont regardé du côté du PCQ. Les autres sont revenus au PQ, parce qu’ils ne se résignent pas à voir le Québec comme une simple province.
Le choix libéral a le mérite d’être clair. C’est un retour au fédéralisme, et ça se défend : bien des gens y trouvent de la stabilité. Il faut quand même regarder où ça mène. Les francophones forment une minorité de plus en plus petite au Canada. À ce rythme, ils deviendront une distraction locale pour encourager le tourisme. Les francophones à l’ouest du Québec sont dans cette situation depuis longtemps. Je ne vois pas pourquoi ceux du Québec y échapperaient d’ici quelques générations.
Le cas du PCQ est plus curieux. Quand on parle d’efficacité de l’État, on parle d’argent, et c’est justement là que l’indépendance change la donne. Un Québec souverain percevrait tous ses impôts, fixerait lui-même ses priorités et n’aurait plus à négocier chaque transfert fédéral et ses conditions. Fini aussi les dédoublements entre deux gouvernements qui se marchent sur les pieds en santé ou en immigration. On gère mal ce qu’on ne contrôle qu’à moitié.
Or le PCQ promet de dégraisser l’État en laissant près de la moitié de nos impôts à Ottawa. C’est se mettre au régime un repas sur deux et s’étonner que la balance ne bouge pas. On pourra couper dans les services québécois tant qu’on voudra, la part fédérale continuera d’être dépensée selon des priorités décidées ailleurs, par un gouvernement où le Québec pèse de moins en moins.
Après le 5 octobre, les caquistes qui devront se trouver un nouveau parti ne pourront plus répondre ni oui ni non. Chaque parti porte une réponse à la question nationale, qu’il l’affiche ou pas.
Éric Duhaime n’aura probablement pas la balance du pouvoir. Il aura peut-être mieux : la possibilité de faire monter l’appui au Oui, à condition d’aller au bout de sa logique. Les taxes et les impôts, deux mots qui lui sont chers, ne se paient pas seulement à Québec. Celui qui a voté oui en 1995 est peut-être le mieux placé pour convaincre la droite qu’un vrai régime minceur suppose un seul État.
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