Crise dans l’industrie ostréicole | Deux « bibittes » menacent les huîtres dans l’est du Canada

Deux maladies aux noms bizarres menacent la production d’huîtres dans l’est du Canada. Toute l’industrie se mobilise pour trouver des solutions pendant que les amateurs de fruits de mer se croisent les doigts en cette période de l’année prisée pour déguster des huîtres de toutes sortes.
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De quoi s’agit-il ?
Au cours des dernières années, deux nouvelles maladies ont fait leur apparition au Canada : elles affectent les huîtres, un fruit de mer prisé par plusieurs consommateurs. Il s’agit de la maladie de la sphère multinucléée inconnue ou MSX et la perkinose, qui ont été détectées ces dernières années à l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et au Québec.
Que se passe-t-il exactement ?
Les deux maladies provoquent une hausse de la mortalité des huîtres. Plusieurs éleveurs d’huîtres, des ostréiculteurs, ont rapporté une mortalité importante et des pertes économiques substantielles ces dernières années. C’est le cas notamment des Huîtres Old Harry, aux Îles-de-la-Madeleine. « On a perdu de 40 à 45 % de notre production à cause de la MSX l’an dernier. On avait à peu près 9,3 millions d’huîtres en élevage, on a donc perdu 4 millions d’huîtres », signale Alexandre Brazeau, directeur des opérations au sein de l’entreprise qui opère dans la baie de Old Harry. Plusieurs ostréiculteurs ont observé des taux de mortalité encore plus élevés, dépassant souvent les 80 %.
Qu’est-ce qu’on sait sur ces maladies ?
« La MSX, c’est un petit organisme unicellulaire qui affecte seulement les huîtres. Ce n’est pas un virus ni une bactérie. Ça va causer une mortalité importante chez les huîtres, mais ce n’est pas une maladie qui est dangereuse pour les humains », précise Jean-Sébastien Moore, professeur au département de biologie à l’Université Laval. La perkinose, qu’on appelle aussi dermo, est provoquée par un parasite qui s’attaque aux huîtres. Le taux de mortalité se situe généralement entre 50 et 75 %, mentionne l’Agence canadienne d’inspection des aliments. L’agence fédérale signale que la maladie ne présente aucun risque pour la salubrité des aliments ou la santé humaine.
Comment ces maladies sont-elles arrivées au Canada ?
Dans le cas de la MSX, la maladie a d’abord fait son apparition aux États-Unis, dans la baie de Chesapeake dans les années 1970, indique Jean-Sébastien Moore. « La maladie avait décimé toutes les populations d’huîtres dans cette région-là, à l’époque. » Entre la fin des années 1950 et les années 1970, la MSX a enregistré un taux de mortalité allant jusqu’à 95 % des huîtres américaines (Crassostrea virginica). Elle a été signalée pour la première fois au Canada en 2002, en Nouvelle-Écosse. Des huîtres contaminées ont été importées au pays et ces deux maladies ont aussi migré vers le nord grâce au transport maritime.
On dirait une espèce exotique envahissante ?
C’est exact. Au début des années 2000, des chercheurs américains ont pu déterminer que la MSX venait d’Asie, où les huîtres ne sont pas affectées par la maladie. Des huîtres asiatiques ont été importées en Californie au début du 20e siècle.
Est-ce qu’il existe un traitement ?
Non. Une fois que les deux maladies sont détectées, il n’existe pas de traitement pour les éradiquer. L’une des solutions serait de trouver une espèce d’huître qui serait plus résistante à cette maladie. C’est justement le champ de recherche de Jean-Sébastien Moore, qui se spécialise en génomique. « On travaille avec des producteurs d’huîtres du Nouveau-Brunswick pour développer des souches qui seraient résistantes à la maladie. » Les chercheurs ont déjà repéré des espèces d’huîtres qui sont plus résistantes à la MSX. « Ce qu’on veut faire, c’est utiliser ces huîtres qui sont résistantes pour établir les prochaines générations d’huîtres. » L’idée est d’accélérer le processus qui se ferait de façon naturelle, mais qui prendrait beaucoup plus de temps.
Combien de temps avant d’avoir ces nouvelles huîtres ?
Dans le cas du projet de recherche de Jean-Sébastien Moore, le résultat n’est pas pour demain. « Je dirais que nous sommes à quelques années du produit final », affirme M. Moore.
Existe-t-il d’autres options ?
Pour Alexandre Brazeau, la solution est simple. « La seule solution concrète, c’est de recommencer à zéro, sur de bonnes bases. C’est d’avoir notre propre approvisionnement en naissains [des jeunes huîtres au stade larvaire] qui sont résistants à la maladie. » Il mentionne travailler à un projet en ce sens depuis plusieurs mois, mais se plaint de la bureaucratie gouvernementale, particulièrement au ministère de l’Environnement.
Les ostréiculteurs devront être patients…
Avant que de nouvelles huîtres résistantes ne fassent leur apparition, les ostréiculteurs vont continuer de subir des pertes importantes, croit Jean-Sébastien Moore. « Ils vont faire face à des défis importants et ça va être difficile économiquement. » Mais Alexandre Brazeau ne baisse pas les bras. « Je suis extrêmement confiant pour l’avenir. Il faut juste recommencer avec une bonne base. On travaille fort, mais on a besoin d’aide du côté gouvernemental. On en demande depuis longtemps et on n’a rien reçu. »
En savoir plus
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- 15 700
- En 2024, le Canada a produit environ 15 700 tonnes métriques d’huîtres, principalement en Colombie-Britannique et dans les Maritimes. Le Québec représente une partie infime de la production nationale.
Source : Pêches et Océans Canada
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