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Wednesday, September 16, 2026

La Terre a perdu 11 300 milliards de tonnes de glace en près de 50 ans

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Environ 11 300 milliards de tonnes métriques de glace provenant des glaciers du Groenland et de l’Antarctique ont fondu depuis 1979, soit une quantité d’eau gelée suffisante pour recouvrir l’ensemble du territoire continental des États-Unis d’une couche de glace épaisse de 1,5 mètre, prévient une nouvelle étude.

Le réchauffement climatique accélère la fonte des deux principales calottes glaciaires de la planète. Selon l’étude publiée mercredi dans la revue Scientific Data, les cinq sixièmes de cette fonte ne sont pas dus à l’air plus chaud, mais à des eaux plus chaudes qui rongent les calottes par le dessous et sur les côtés, tandis que les glaciers se déversent dans les océans.

C’est une mauvaise nouvelle pour l’élévation future du niveau de la mer, ont averti les auteurs de l’étude.

« Les calottes glaciaires fondent rapidement, alerte Eric Rignot, coauteur de l’étude et glaciologue à l’Université de Californie à Irvine. Les régions polaires fondent, le niveau de la mer s’élève partout dans le monde et cela va aggraver la vulnérabilité des régions côtières. »

Les chiffres liés à cette fonte sont à la fois ahurissants et trompeusement modestes.

Toute cette glace fondue s’est transformée en près de 11,3 quadrillions de litres, ce qui a fait monter le niveau mondial des mers d’environ 3,1 centimètres depuis 1979, en plus d’autres facteurs climatiques contribuant à l’élévation du niveau des océans, indique le rapport.

Trois centimètres peuvent sembler insignifiants, mais pour chaque tiers de centimètre d’élévation du niveau de la mer, de 2 à 3 millions de personnes supplémentaires sont victimes d’inondations au moins une fois par an, a expliqué l’auteure principale de l’étude, Ines Otosaka, glaciologue à l’Université de Northumbria en Angleterre.

Le glacier de Jakobshavn au Groenland perd désormais jusqu’à 50 mètres par jour, a-t-elle précisé.

La collaboration internationale de scientifiques spécialisés dans les pôles, dirigée par l’Agence spatiale européenne, ne s’était jusqu’à présent penchée sur la fonte des calottes glaciaires que depuis les années 1990, en s’appuyant sur des données satellitaires européennes.

Mais en intégrant les données des satellites de la NASA, les scientifiques ont pu retracer l’évolution du volume des calottes glaciaires en Antarctique depuis 1979, et même depuis 1972 au Groenland.

Accélération dans les années 2010

« On observe une tendance claire à une perte de masse accrue des calottes glaciaires, qui s’accentue de décennie en décennie, en particulier si l’on considère la glace qui se déverse dans l’océan, souligne Ines Otosaka. Et il est tout à fait évident qu’il existe un lien avec le changement climatique. »

L’étude a montré que dans les années 1970, 1980 et jusqu’au début des années 1990, les calottes glaciaires étaient relativement stables, mais que la fonte a ensuite commencé et s’est véritablement accélérée au cours des années 2010, explique Mme Otosaka.

« C’est préoccupant, car cela montre que ces changements accusent un retard de plusieurs décennies par rapport au réchauffement climatique, ce qui signifie qu’ils devraient se poursuivre pendant encore plusieurs décennies — même si nous parvenions à mettre un terme au réchauffement de la planète », analyse Andrew Shepherd, coauteur de l’étude et également chercheur à l’Université de Northumbria.

L’accélération de la fonte semblait s’être interrompue entre 2020 et 2023, mais les auteurs de l’étude précisent que cela reflétait davantage des variations météorologiques à court terme que des tendances à long terme. Ines Otosaka indique que l’étude s’arrêtait aux données de 2023, mais qu’elle a examiné les mesures prises depuis et constaté que la tendance à l’accélération a repris.

Selon les auteurs, la stabilité observée en Antarctique s’explique en grande partie par les chutes de neige record enregistrées en Antarctique oriental, qui ont compensé la fonte rapide de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, moins stable.

Cette pause de trois ans n’était « qu’un simple accroc dans les données », a prévenu M. Rignot. « La tendance à la hausse à long terme est bien réelle et la menace est on ne peut plus claire. »

Risque de « points de basculement » incontrôlables

Les changements les plus importants observés par les scientifiques concernent ce qu’ils appellent les processus dynamiques, qui sont plus brusques et actifs que la fonte lente et régulière due à l’air, et qui sont susceptibles de déclencher des « points de basculement » incontrôlables, avertit Ines Otosaka.

C’est ce qui inquiète David Holland, glaciologue à l’Université de New York, « car la majeure partie de la perte de glace est d’origine dynamique, et c’est exactement ce à quoi on s’attendrait dans un scénario d’effondrement dû à l’instabilité d’une calotte glaciaire ».

L’équipe internationale s’est appuyée sur 45 relevés indépendants et 27 satellites différents. « Le recours à des méthodes relativement indépendantes me donne davantage confiance dans le résultat, a assuré M. Holland, qui n’a pas participé à l’étude. La tendance à la hausse est bien réelle. »

« Les “inconnus” liés à la perte de masse en Antarctique continuent de représenter un défi pour la gestion humaine de la planète — un danger clair et présent, mais qui ne se concrétisera que dans plusieurs décennies », a prévenu Ted Scambos, glaciologue à l’Université du Colorado, qui n’a pas non plus participé à l’étude.

« En tant que société, nous sommes désormais assez intelligents pour anticiper l’avenir, mais pas assez prudents pour agir en conséquence. »

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