Déficit, obligations, charges d’intérêts : vous n’avez pas les bases ? On vous explique tout dans notre lexique du budget

C’est un "col hors catégorie", répète régulièrement le Premier ministre à propos de l’effort budgétaire à fournir au niveau fédéral. La majorité doit trouver 10 milliards d’euros d’ici à 2029.
Bart De Wever a lancé les discussions budgétaires le 8 septembre dernier, avec comme objectif d’atterrir le 13 octobre. C’est à cette date qu’il est attendu à la Chambre avec un budget en bonne et due forme, alors que l’Europe attend les chiffres du Royaume. Le Premier ministre voulait éviter le scénario de l’année dernière, où un accord n’avait été conclu que plusieurs semaines plus tard. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que les négociations peinent à aboutir.
Les discussions ont repris ce samedi 10 octobre, sans succès. Jeudi, le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, et le directeur de l’Agence de la dette, Jean Deboutte avaient mis en garde le gouvernement en garde contre la dégradation des finances publiques belges. Ils ont notamment tiré la sonnette d’alarme sur le risque d’emballement de la dette publique.
Dette publique, effet "boule de neige", croissance,… Voici une série de définitions pour mieux comprendre les enjeux des discussions budgétaires et les termes qui reviennent régulièrement dans le débat.
Budget
Commençons par là. C’est l’acte par lequel sont prévues et autorisées les recettes et les dépenses annuelles de l’État. Un budget est plus qu’une estimation des recettes et des dépenses, rappelle le BOSA (le SPF Stratégie et appui). Il traduit aussi les moyens que le gouvernement souhaite utiliser pour réaliser sa politique pendant l’année budgétaire concernée.
Le budget, élaboré par le gouvernement, est ensuite voté au Parlement, à la Chambre des représentants en ce qui concerne le fédéral (les communautés et les régions, les provinces et les communes ont aussi un budget qui leur est propre).
Le calendrier. Au niveau fédéral, en septembre-octobre, les ministres se réunissent en conclave budgétaire pour mener des discussions politiques et approuver les chiffres. Le projet de loi budgétaire est déposé à la Chambre des représentants au plus tard le 15 octobre de l’année qui précède l’année budgétaire (octobre 2026 pour le budget 2027, donc), et doit être voté en plénière pour le 31 décembre au plus tard de la même année. Mais on sait qu’il y a des ratés (en raison de la longueur des négociations, le budget 2026 n’a finalement été adopté en plénière à la Chambre que le 19 mars 2026).
Le budget est ensuite mis en œuvre par le gouvernement. Dans le courant de l’année budgétaire, des modifications peuvent être apportées. Ainsi, au mois de février, le budget est entièrement analysé lors d’un contrôle budgétaire et, éventuellement, ajusté. Les adaptations sont, elles aussi, discutées et votées à la Chambre. D’autres ajustements spécifiques peuvent être effectués au cours de l’année. Le budget "initial", qui est prévisionnel, devient alors un budget "ajusté", puis, lorsque l’année est écoulée, un budget "exécuté" : la Chambre des représentants arrête le compte définitif reprenant l’ensemble des recettes et des dépenses réelles de l’Etat.
PIB
Un petit rappel ? PIB pour Produit Intérieur Brut. C’est un indicateur qui mesure le revenu provenant de la production (la valeur des biens et services produits) dans un pays au cours d’une période donnée. Comme le précise le Crisp, il permet de mesurer la richesse nouvellement créée, et non pas la richesse possédée (le patrimoine). "Il est donc faux de dire que le PIB mesure la richesse d’un pays. De même, le PIB ne donne pas d’indication par rapport à la distribution des richesses au sein d’une population, ni sur le niveau de bien-être de celle-ci." Le PIB est utilisé pour mesurer la taille globale de l’économie d’un pays, et son évolution, et, malgré tout, pour comparer les niveaux de vie des populations.
Le PIB de la Belgique s’élevait à 642 milliards d’euros en 2025, loin derrière des pays tels que l’Allemagne ou la France, en raison notamment de la petite taille du pays.
Pour comparer correctement le PIB de différents pays, rappelle le CRISP, il est nécessaire de tenir compte du nombre d’habitants et du niveau des prix. Dans cette optique, le graphique suivant présente le PIB par habitant, en standards de pouvoir d’achat (SPA), qui représentent une monnaie commune qui élimine les différences de niveaux de prix entre les pays pour permettre des comparaisons significatives du PIB.
Taux de croissance
C’est la variation du PIB, exprimée en pourcentage, d’une période à l’autre. Par exemple, si le PIB passe de 100 à 103 milliards d’euros en un an, le taux de croissance annuel est de 3%.
On distingue la croissance réelle, qui ne tient pas compte de l’effet de l’inflation, et la croissance nominale, qui l’inclut. C’est généralement la croissance réelle qui est évoquée lorsqu’on parle du taux de croissance de l’économie.
Le taux de croissance de la Belgique était à 1% en 2025. Dans ses dernières projections (juin 2026), la Banque nationale prévoyait un taux de 1% en 2026, de 1,1% en 2027 et de 1,3% en 2028.
Inflation
L’inflation désigne la hausse généralisée et durable des prix des biens et des services. Elle se traduit par une diminution du pouvoir d’achat de la monnaie : chaque euro permet d’acheter moins de produits qu’auparavant.
Le taux d’inflation mesure cette hausse des prix en pourcentage, généralement sur un an. L’indice d‘un mois donné est comparé à celui du mois correspondant de l’année précédente. Par exemple, si l’inflation est de 3% en janvier, cela signifie qu’un ensemble de biens et de services qui coûtait 100 euros au mois de janvier de l’année précédente coûte désormais, en moyenne, 103 euros.
Une baisse de l’inflation ne signifie pas que les prix diminuent, mais qu’ils augmentent moins rapidement, on parle alors de "ralentissement" de l’inflation. Si les prix baissent globalement, on parle de déflation.
L’inflation est calculée à partir de l’indice des prix à la consommation, qui suit l’évolution du prix d’un panier de biens et de services représentatifs des dépenses des ménages. En Belgique, il est défini par l’office statistique Statbel.
En Belgique, les salaires et les prestations sociales sont automatiquement liés aux variations de l’indice-santé (c’est-à-dire l’indice des prix à la consommation hors alcool, tabac et carburants). Par conséquent, l’inflation agit directement sur les coûts salariaux des entreprises belges.
Pour que l’économie soit saine et le système financier robuste, rappelle la Banque nationale de Belgique, il est important que les prix évoluent de manière stable et prévisible. La Banque centrale européenne (BCE) poursuit donc l’objectif d’une inflation de 2% à moyen terme.
Recettes publiques : d’où vient l’argent ?
C’est l’argent que l’État, ou plus précisément l’ensemble des administrations publiques belges (fédéral et sécurité sociale, régions, communautés, et pouvoirs locaux) perçoit sur un an. Les recettes publiques proviennent de deux sources, dont la première est la principale :
- les recettes fiscales et parafiscales : impôts des personnes physiques, impôts des sociétés, TVA, accises, précompte mobilier, etc. Auxquelles il faut ajouter les cotisations sociales qui servent à financer la sécurité sociale.
- les recettes non fiscales : ventes courantes de biens et services, revenus de la propriété, et autres.
Dépenses publiques : où va l’argent ?
C’est l’argent que l’État dépense. Cela couvre :
- la rémunération des fonctionnaires,
- la "consommation intermédiaire" : les biens et services utilisés comme entrées au cours de la production, c’est-à-dire, pour faire simple, les dépenses de fonctionnement des administrations (services informatiques, comptabilité, transport, maintenance, sécurité, etc.)
- les prestations sociales (pensions, soins de santé, allocations de chômage, etc.),
- les subventions,
- les charges d’intérêts,
- les investissements.
Les dépenses publiques de la Belgique représentent 54,2% de son PIB en 2025, un des niveaux les plus élevés de l’Union européenne.
En ce qui concerne le fédéral, les dépenses se répartissent comme suit :
- les transferts vers d’autres niveaux de pouvoir : vers les Régions et Communautés et vers l’Union européenne.
- les dépenses propres :
- du pouvoir fédéral (les salaires, investissements, frais de fonctionnement et autres de la Défense, du SPF Justice, du SPF Intérieur, du SPF Affaires étrangères etc.) ;
- et de la Sécurité sociale (pensions, chômage, soins de santé, indemnités maladie et invalidité,…) ;
- auxquelles s’ajoutent les charges d’intérêt, soit les intérêts que le gouvernement fédéral doit payer sur la dette qu’il détient.
Solde primaire
C’est la différence entre les recettes et les dépenses sur un an, sans compter ce qu’on paie en intérêts (on dit "hors charge de la dette"). Si les recettes sont plus élevées que les dépenses, le solde primaire est positif, donc l’État gagne de l’argent. Si l’Etat dépense plus que ce qu’il gagne, il est en négatif, et manque d’argent pour payer tout ce qu’il doit payer. On parle alors de "déficit primaire".
Déficit public
Si l’Etat dépense plus que ce qu’il ne gagne, le solde annuel du budget (en tenant compte de la charge d’intérêts, cette fois) est négatif, on dit alors que l’Etat est en "déficit public" (on parle de "besoin de financement"). A l’inverse, si ses ressources sont supérieures à ses dépenses, on parle d'"excédent public" (ou de "capacité de financement").
Selon les règles européennes applicables aux pays de la zone euro (voir "Critères de Maastricht"), ce déficit doit rester sous la barre des 3% du PIB.
La Belgique a un déficit de 5,2% de son PIB (en 2025), elle dépasse donc largement les 3%, elle est d’ailleurs sous "procédure de déficit excessif" (voir plus bas). Son PIB représentant 642 milliards en 2025, il manque 33 milliards pour pouvoir équilibrer les recettes et les dépenses.
Le graphique ci-dessous montre que la dernière fois que la Belgique a dégagé un excédent budgétaire, c’était en 2007 : il était de 0,1%. Depuis, la situation s’est fortement dégradée.
Dette publique
La dette publique correspond à l’ensemble des sommes que les administrations publiques -État fédéral, Régions, Communautés, provinces, communes et sécurité sociale – ont empruntées et qui doivent encore être remboursées à leurs créanciers. Elle résulte principalement de l’accumulation des déficits publics passés.
On parle de "dette publique au sens de Maastricht", en référence aux critères budgétaires définis par le traité de Maastricht. Il s’agit d’une dette brute consolidée : les dettes entre administrations publiques sont éliminées pour éviter les doubles comptages. C’est l’indicateur de référence utilisé par Eurostat pour comparer l’endettement des pays européens.
La dette publique peut s’exprimer en euros, mais ces chiffres sont abstraits, on la présente donc davantage sous forme de pourcentage par rapport au produit intérieur brut (PIB). Si la dette est à 100%, cela veut dire qu’elle équivaut à l’ensemble des richesses produites dans le pays en une année. Cela met donc en perspective le montant de la dette par rapport à la taille de l’économie.
Fin 2025, la dette publique belge s’élevait à 692,46 milliards d’euros, soit 107,9% du PIB. Selon les projections de la Banque nationale (juin 2026), elle pourrait monter à 111,3% en 2026, à 112,9% en 2027 et à 114,8% en 2028.
Le gouvernement fédéral, quand il planche sur son budget, doit tenir compte de cet indicateur. Mais il ne peut agir directement que sur les recettes et les dépenses relevant de ses compétences, y compris celles la sécurité sociale (ce qu’on appelle dans le jargon budgétaire "entité I", à distinguer de "l’entité II" : les régions, communautés et pouvoirs locaux). Il peut tenter de réduire le déficit de l’entité I mais le déficit public total de la Belgique est plus large, il dépend également des finances de l’entité II. Chaque niveau de pouvoir travaille sur son budget propre. (Les budgets flamands, bruxellois et de la Fédération Wallonie Bruxelles sont d’ailleurs bouclés.)
Selon l’agence fédérale de la dette, la dette brute fédérale (seule) s’élevait à 553,865 milliards d’euros de dette de l’Etat fédéral fin 2025. Elle atteignait 581,482 milliards d’euros le 30 septembre 2026.
Après la Grèce, l’Italie et la France, la Belgique est le quatrième pays européen le plus endetté.
On l’a vu, la dette exprimée en euros peut augmenter continuellement, suite à un enchaînement d’années en déficit public et pourtant, rester stable en comparaison du PIB. En effet, si l’activité économique d’un pays est en croissance et que le PIB augmente dans des proportions plus importantes que la dette, alors la dette exprimée en pourcentage du PIB peut diminuer.
C’est l’un des mécanismes qui permettent aux pays européens de stabiliser, voire de réduire, leur ratio d’endettement alors même que leur dette continue d’augmenter en euros. La croissance du PIB, y compris celle liée à l’inflation, peut ainsi compenser une partie de la hausse de la dette.
Obligations
Pour emprunter, l’Etat, à la différence des particuliers et des entreprises, ne recourt pas principalement au crédit bancaire. Il se finance surtout en émettant ce qu’on appelle des "obligations" sur les marchés financiers. En Belgique, les principales obligations d’État sont les "obligations linéaires" (OLO).
- Dans le cas d’un crédit bancaire, on emprunte directement à une banque un montant déterminé, et on rembourse ensuite le capital et les intérêts, selon les conditions du crédit.
- Dans le cas des obligations, l’Etat emprunte auprès d’investisseurs sur les marchés financiers en émettant des titres de dette (des obligations). Si l’Etat souhaite par exemple emprunter 1 milliard sur 10 ans, il peut émettre des obligations à 10 ans pour 1 milliard, et des investisseurs (banques, fonds de pension, assurances etc.) achètent ces obligations et prêtent ainsi de l’argent à l’État. Dans le cas d’une OLO classique, l’Etat leur paiera les intérêts pendant la durée de l’emprunt, mais il remboursera le capital (la valeur nominale des obligations) en une seule fois, à l’échéance. Précisons qu’une fois émises, les obligations peuvent être revendues sur le marché secondaire. L’État ne rembourse donc pas nécessairement l’investisseur qui a acheté l’obligation au départ, mais celui qui la détient à l’échéance.
Notez que "obligation" désigne le titre de dette émis par l’État, que "capital" désigne le montant principal emprunté, et que "intérêts" désigne l’argent que coûte le fait d’emprunter, la rémunération versée au prêteur en contrepartie de l’argent prêté.
Roulement de la dette
En pratique, l’Etat ne rembourse jamais effectivement l’intégralité de sa dette. Lorsqu’un emprunt arrive échéance, il peut en contracter un nouveau pour rembourser le précédent. On dit qu’il fait "rouler" sa dette car un nouvel emprunt en remplace un autre. Pour pouvoir continuer à emprunter à un coût raisonnable, l’État doit toutefois conserver la confiance des investisseurs et montrer qu’il est capable de payer les intérêts de sa dette, de rembourser les emprunts à leur échéance et de continuer à se financer sur les marchés.
Taux d’intérêt
Taux d’intérêt
Les intérêts sont généralement exprimés en pourcentage. Un taux d’intérêt de 4%, par exemple, signifie qu’un investisseur qui prête 100 euros à l’Etat belge recevra 4 euros d’intérêts par an sur le capital emprunté. Pour une obligation d’État classique, les intérêts versés sont fixés au moment de l’emprunt et restent identiques pendant toute sa durée, par exemple dix ans. En revanche, les taux d’intérêt auxquels l’État peut emprunter évoluent constamment sur les marchés financiers : si la situation budgétaire d’un pays est jugée mauvaise voire risquée, les investisseurs peuvent demander une rémunération plus élevée pour lui prêter de l’argent, ce qui entraîne une hausse des taux d’intérêt. À l’inverse, les pays considérés comme présentant moins de risques peuvent emprunter à des taux plus faibles, c’est le cas de l’Allemagne, dont les obligations servent souvent de référence dans la zone euro (voir "Spread").
Pour juger de la situation d’un pays, les investisseurs se basent notamment sur les notes accordées par les agences de notation. Celles-ci évaluent la capacité d’un État à honorer ses engagements financiers. Leurs notes peuvent influencer la perception du risque et, par conséquent, les taux auxquels l’État emprunte.
Comme un État renouvelle en permanence la dette arrivant à échéance (voir "roulement de la dette"), la hausse des taux d‘intérêt du marché se répercute progressivement sur les charges d‘intérêts, au fur et à mesure que la dette publique arrivant à échéance est refinancée, précise la Banque nationale.
Le taux belge à 10 ans (autrement dit, le rendement des obligations belges à 10 ans) a augmenté ces derniers mois. Alors qu’il était proche de 0 en 2020, il était à 3,22% il y a un an (octobre 2025), à 4,12% il y a un mois (septembre 2026), et il tourne actuellement autour de 4,3%.
Charge de la dette ou charge d’intérêts
La charge de la dette, ou charge d’intérêts, c’est l’ensemble des intérêts qu’un Etat doit payer chaque année sur l’argent qu’il a emprunté. Elle représente le coût annuel de la dette, sans inclure le remboursement du capital emprunté.
Cette charge augmente généralement lorsque la dette (les sommes empruntées) augmente, et/ou lorsque les taux d’intérêts appliqués aux nouveaux emprunts augmentent.
Comme précisé plus haut (voir "taux d’intérêt") un État renouvelle en permanence la dette arrivant à échéance (voir "roulement de la dette"), la hausse des taux d‘intérêt du marché se répercute donc progressivement sur les charges d‘intérêts, au fur et à mesure que la dette publique arrivant à échéance est refinancée.
En 2025, la charge d’intérêts de la Belgique (soit de l’ensemble des administrations publiques belges) équivalait à 2,2% de son PIB, soit 14,2 milliards d’euros. 14,2 milliards d’euros consacrés donc uniquement à payer des intérêts.
Effet boule de neige
Lorsque plusieurs circonstances défavorables s’accumulent, un État peut être confronté à un cercle vicieux qu’on appelle "effet boule de neige", une dynamique dans laquelle le poids de la dette tend à s’alourdir de lui-même.
Ce phénomène peut se produire lorsque le taux d’intérêt moyen payé sur la dette est supérieur au taux de croissance de l’économie (la croissance nominale du PIB). Dans ce cas, la croissance de l’économie ne suffit plus, à elle seule, à empêcher le poids de la dette d’augmenter. L’État risque alors de devoir consacrer une part toujours plus importante de son budget au paiement des intérêts.
Prenons un exemple : si le taux d’intérêt moyen sur la dette est de 4%, mais que l’économie ne croît que de 2% en valeur, le poids de la dette risque d’augmenter par rapport au PIB. Pour éviter cela, l’État doit dégager suffisamment de moyens pour compenser cette différence, ce qui est d’autant plus compliqué s’il est en déficit.
S’il n’y parvient pas, il risque de devoir emprunter davantage, notamment pour payer les intérêts de ses emprunts passés. Ces nouveaux emprunts viennent gonfler sa dette, ce qui peut entraîner de nouvelles charges d’intérêts. Et si les investisseurs perdent progressivement confiance, ils peuvent exiger des taux plus élevés pour lui prêter de l’argent, ce qui risque d’aggraver encore le problème et d’alourdir encore la charge de la dette.
Le cercle vicieux est enclenché : c’est l’effet boule de neige.
Conviés ce 7 octobre au comité ministériel restreint (kern) sur le budget, le gouverneur de la Banque nationale, Pierre Wunsch, et le directeur de l’Agence de la dette, Jean Deboutte ont mis en garde : au vu de la montée des taux d’intérêt et de l’évolution du contexte géopolitique, l’effet boule de neige tant redouté pourrait se produire plus tôt que prévu. Si l’on tablait jusqu’à présent sur l’année 2031. Il est désormais envisagé qu’il puisse se produire en 2029, voire en 2028, si aucune mesure sérieuse n’est prise d’ici là.
Porteurs de la dette belge
Les porteurs ou détenteurs de la dette belge sont ceux qui ont prêté de l’argent à la Belgique. On peut aussi les qualifier de prêteurs, ou de créanciers, soit ceux à qui l’Etat doit de l’argent.
En 2025, 63,4% de la dette publique était prêtée depuis l’étranger, c’est un record. Cela a ses avantages, mais aussi ses inconvénients, dont une forme de perte de souveraineté. Ces investisseurs étrangers proviennent des pays asiatiques, mais aussi du Royaume-Uni, de Norvège ou de Suisse. Dans la majorité des cas, ce sont les banques nationales de ces pays-là qui nous prêtent de l’argent. Le rôle de ces banques centrales, publiques, est de garantir la stabilité économique ou la stabilité des prix dans leur pays.
Du côté des prêteurs belges, le plus important est la Banque nationale de Belgique (BNB). Les autres acteurs principaux sont les institutions financières monétaires (les banques belges traditionnelles) et non monétaires (assureurs, fonds de pension, gestionnaires de Sicavs, etc.). Autrement dit, il s’agit souvent de placements réalisés par les citoyens belges, et parfois sans le savoir.
Une part infime de la dette belge est aussi détenue à travers les bons d’État dont on parlait beaucoup en 2023, lorsque 22 milliards d’euros avaient été empruntés de la sorte.
Spread
Le spread mesure l’écart entre le taux auquel un État emprunte sur les marchés financiers et, généralement, celui auquel l’Allemagne emprunte au même moment pour des obligations de même durée, le plus souvent à 10 ans (l’Allemagne étant souvent considérée comme la référence, le bon élève, de la zone euro).
Par exemple, si le taux de l’obligation belge à 10 ans est de 4% et celui de l’obligation allemande à 10 ans de 3%, le spread de la Belgique est de 1% (ou 1 point de pourcentage, plus précisément). Plus le spread est élevé, plus les investisseurs estiment que le risque associé à cet État (par rapport à l’Allemagne, ou aux meilleurs élèves) est important et plus celui-ci doit payer cher pour emprunter.
Le spread entre la Belgique et l’Allemagne était de 0,57 point de pourcentage au mois d’août 2026, c’est mieux que la France, dont la situation inquiète, qui est à près de 1 point de pourcentage. Mais la Belgique fait tout de même partie des mauvais élèves, juste après la France, l’Italie et la Grèce.
Critères de Maastricht ou critères de convergence
Lors de la mise en place de l’euro comme monnaie unique, les Etats participants, y compris la Belgique, ont convenu de critères que chaque État devrait respecter. Ces règles budgétaires communes sont inscrites dans le traité de Maastricht, signé en 1992, c’est pourquoi elles sont connues sous le nom de "critères de Maastricht". Les pays s’engagent alors, notamment, à maintenir leur déficit public en dessous de 3% du PIB et leur dette publique en dessous de 60% du PIB. Ces critères ont été repris dans le Pacte de stabilité et de croissance.
Si la plupart des États respectent le premier le critère (mais, actuellement, pas la Belgique ou la France), la plupart des dettes des États européens dépassent le second.
Procédure de déficit excessif
Lorsqu’un Etat membre ne respecte pas les critères de Maastricht, une procédure de déficit excessif peut être ouverte. Il s’agit d’un mécanisme de surveillance budgétaire de l’Union européenne. Comme le précise Toute l’Europe, le Conseil de l’Union européenne peut alors, sur recommandation de la Commission européenne, adresser au pays concerné des recommandations pour corriger sa situation budgétaire dans un délai donné. Si l’État ne prend pas de mesures jugées suffisantes, il peut, en théorie, faire l’objet de sanctions, notamment financières pour les pays de la zone euro.
La Belgique est un mauvais élève, elle est actuellement sous procédure de déficit excessif, comme 9 autres pays : la France, l’Italie, la Hongrie, la Pologne, l’Autriche, la Bulgarie, la Finlande, la Roumanie et la Slovaquie.
La procédure a été lancée à l’encontre de la Belgique le 26 juillet 2024, "compte tenu du déficit budgétaire du pays de 4,4% en 2023".
En juin 2026, la Commission européenne a décidé de suspendre la procédure, pour la Belgique, ainsi que pour huit autres Etats membres. Cela ne veut pas dire que la Belgique n’est plus sous procédure, cela veut simplement dire que la Commission a décidé qu’il n’était pas nécessaire de passer à l’étape suivante de la procédure de correction, parce qu’elle a pris des "mesures efficaces" pour contrôler son déficit.
Selon une recommandation du Conseil datant du 20 juin 2025, la Belgique est censée mettre fin à son déficit excessif (entre-temps monté à 5,2% en 2025) en 2029 au plus tard.
A écouter, pour aller plus loin : 4 épisodes des Clés sur le budget
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