Au cœur de la bête : l’expertise montréalaise derrière le chien de Brad Pitt

Odin, le chien qui partage la vedette avec Brad Pitt dans Au cœur de la bête (Heart of the Beast), ravit les cœurs des spectateurs, qui ont donné à ce film actuellement à l’affiche la note de 94 % sur le site Rotten Tomatoes. Si Odin est joué par un véritable chien, ce film de David Ayer a tout de même bénéficié de l’expertise en effets visuels animaliers du bureau montréalais de Framestore.
L’amour qui peut unir un homme à son animal est au centre d’Au cœur de la bête. Ce film mêlant aventure et émotion raconte l’histoire de James Belmont (Brad Pitt) et de son chien Odin, tous deux d’anciens militaires traumatisés par la guerre. Quand l’avion les transportant s’écrase en Alaska, les deux compagnons vont lutter pour survivre dans une nature sauvage.
C’est Uber, un berger allemand néo-zélandais, qui prête ses traits à Odin, dans la plupart des scènes. Les autres ont été tournées avec trois autres de ses congénères.
L’alchimie entre James et Odin repose notamment sur le talent de Brad Pitt, mais aussi sur celui d’Uber pour transmettre de l’émotion.
Indissociable d'un vrai chien
Toutefois, l’entreprise d’effets visuels Framestore a donné un coup de pouce à cet acteur canin. Environ 80 personnes de son bureau montréalais ont planché pendant un peu plus d’un an sur la centaine de plans numériques qui ont été nécessaires, Uber ne s’étant pas toujours montré coopératif lors du tournage ou certaines scènes étant trop dangereuses pour lui.
Quand Paramount Pictures a décidé de faire ce film, ils savaient que le chien aurait plus ou moins besoin d’aide numérique
, explique François Dumoulin, qui a supervisé les effets visuels d’Au cœur de la bête. Et il fallait que le chien numérique soit absolument indissociable d'un vrai chien.
Personne ne verra la quantité de travail qui a été mise là-dedans. Je mets au défi le public de dire à quel moment c'est le vrai chien et à quel moment c'est le faux.
Même un squelette numérique
Pour les besoins d’Au cœur de la bête, François Dumoulin a quitté les locaux montréalais de Framestore pendant un an et demi pour être présent sur le tournage en Nouvelle-Zélande puis dans les bureaux de Paramount, à Los Angeles, pour la postproduction du film, qui comporte également des effets visuels réalisés par l'entreprise montréalaise Rodeo FX.
En Californie, il a assis le réalisateur David Ayer et des cadres de Paramount dans une salle de projection pour leur montrer des images du véritable chien et de sa version numérique.
Je leur ai demandé : "Lequel est le vrai?". Ils ne savaient pas
, raconte celui qui a notamment été nommé par l’Académie britannique des arts du cinéma et de la télévision (BAFTA) pour son travail, avec d’autres collègues de Framestore, sur la série documentaire d’Apple TV Prehistoric Planet: Ice Age.
Ce qui est particulièrement difficile à faire avec les animaux, c’est de combiner les mouvements des muscles, des poils et des tissus – [comme le bandana que porte Odin autour du cou] – qui sont des choses difficiles à faire indépendamment les unes des autres
, explique François Dumoulin.

Le superviseur d'effets visuels François Dumoulin avec le chien Uber sur le tournage du film « Au cœur de la bête ».
Photo : Courtoisie François Dumoulin
Pour obtenir un animal réaliste, les équipes de Framestore le construisent numériquement de l’intérieur : du squelette à la fourrure en passant par les muscles.
Pour que la simulation du tissu fonctionne, il faut que la simulation du poil fonctionne par-dessus celle des muscles, précise cet amoureux des animaux. Ce sont des couches de simulation qui se superposent.
Trouver l’équilibre
Ce travail a aussi été réalisé sur les autres animaux créés par Framestore pour Au cœur de la bête, dont un ours et la meute de loups que James et Odin se retrouvent à affronter.
Cependant, le défi a été d’apporter une dimension fantastique à ces animaux sauvages pour refléter la direction plus onirique que prend progressivement le film.
Au cœur de la bête est un voyage spirituel qui parle de deux personnages traumatisés et l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre va les sauver en fin de compte
, explique François Dumoulin.
Chaque animal n’est pas juste un loup ou un ours, mais fait écho aux émotions du personnage [James]
, poursuit-il, David Ayer ne souhaitant pas que les animaux sauvages de son film semblent tout droit tirés d’un documentaire.
Quand on fait des effets visuels, tout est possible, donc tu peux très vite déraper. Les séquences d'effets visuels peuvent tellement ressortir qu’elles brisent le ton du film.
Je pense qu'on a bien réussi avec David à maintenir cet équilibre entre le réalisme et une vision fantasmagorique aidée par les effets visuels.

François Dumoulin et son équipe de Framestore ont également travaillé sur cette scène où James et Odin traversent une rivière.
Photo : Paramount Pictures
Des effets visuels par IA?
L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) fait craindre le déferlement de l'AI slop
– souvent traduit par bouillie d’IA
en français, un terme qui désigne ces contenus de basse qualité générés à la va-vite par l’IA. Le domaine des effets visuels n’échappe pas à cette menace.
Pour François Dumoulin, les effets visuels créés pour Au cœur de la bête reflètent l’approche plutôt artisanale adoptée par Framestore, dont certains outils intègrent tout de même de l'IA.
On ne va pas, du jour au lendemain, devenir une compagnie de presse-boutons dans laquelle c'est un modèle de langage qui prendra les décisions à notre place
, assure-t-il.
Un gars tout seul derrière son ordinateur avec ChatGPT ne va pas avoir la force créative que le meilleur décorateur, le meilleur chef opérateur et la meilleure équipe d'effets visuels auront en s’asseyant ensemble pour faire quelque chose d'unique et d'original.
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