Mouvement lycéen en France: la promesse du gouvernement de déployer 3000 professeurs soulève des questions

En France, face à la colère des lycéens, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé au 20h de TF1, jeudi 8 octobre, l’affectation de 3 000 professeurs remplaçants dans 514 lycées où la situation l’exige. Une promesse gouvernementale qui soulève des interrogations.
Derrière l’annonce de 3 024 enseignants, une question demeure toujours : où trouver les enseignants pour combler les postes vacants, et à quel prix, alors que l’Éducation nationale peine déjà à pourvoir certains d’entre eux ?
Parmi ces professeurs affectés, une grande partie est, en réalité, déjà présente dans le système éducatif. Il s’agit d’enseignants titulaires sur zone de remplacement (TZR) dans le second degré (au sein des collèges et lycées généraux, technologiques et professionnels). Ils sont rattachés administrativement à un établissement, dans une zone géographique définie par l’Académie, mais ne possèdent pas de poste fixe et interviennent simplement en cas de remplacement ou d’absence d’enseignants dans leur zone, ou zone limitrophe si la situation l’exige.
À la recherche des titulaires sur zone de remplacement
Mais Julie Grisolia, professeure agrégée de Lettres au lycée Joliot-Curie à Nanterre, dit ne pas savoir « où sont cachés » les titulaires sur zone de remplacement. Dans son parcours, elle aussi est passée par cette case. Originaire du Sud de la France et rattachée à l’académie d’Aix-Marseille, elle se retrouve finalement affectée en Savoie. Le seul moyen de quitter ce poste a été « d’aller dans une académie considérée comme moins attractive », car être affecté dans une zone prioritaire « est très simple » lorsqu’on n’a pas encore de points, déplore-t-elle. Le système de points sert principalement à déterminer les mutations et affectations des professeurs. Chacun possède un barème tenant compte de l’ancienneté et de la situation socioprofessionnelle.
Elle rapporte aussi que durant les quinze premiers jours de cours de la rentrée de cette année, les enseignants ont dû se répartir des heures supplémentaires pour combler les absences de collègues. « C’est toujours mettre des pansements sur des jambes de bois », regrette-t-elle face aux manquements du système actuel. Pour les absences de courte durée, le gouvernement a annoncé ouvrir plusieurs centaines de milliers d’heures supplémentaires dans le cadre du « pacte enseignant ».
Une mesure mise en place par l’Éducation nationale, qui propose un complément de rémunération aux enseignants, psychologues et conseillers principaux d’éducation (CPE) volontaires, en échange d’heures de travail supplémentaires. L’adhésion est libre et intervient aussi lorsqu’il s’agit de soutien scolaire et d’aide aux devoirs.
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Des rectorats autorisés à recruter des contractuels
Marion Denis, professeure d’histoire et géographie et syndiquée à la CGT Éducation, met l’accent sur une problématique fréquente : les titulaires sur zone de remplacement (TZR) sont parfois affectés à l’année sur des postes vacants. « Ces professeurs sont déjà mis sur des postes qui ne sont pas pourvus », explique-t-elle. Résultat, conclut l’enseignante, « il n’y a plus personne pour assurer les remplacements de courte durée ».
Le ministre de l’Éducation nationale précise aussi donner le feu vert aux rectorats pour recruter quelques centaines de contractuels afin de compléter les absences. Un plan qui laisse sceptiques les syndicats : « Quand Édouard Geffray arrive au pouvoir, la seule mesure qui ait été proposée, c’est la suppression de 4 000 postes », précise, découragée, l’enseignante d’histoire et de géographie. « À l'académie de Paris et de Versailles, fin août, plusieurs centaines de contractuels n'ont pas été renouvelés », ajoute-t-elle. « Il a fallu qu’on se mobilise pour que le gouvernement trouve de l’argent ».
Pour pallier le manque, Edouard Geffray a aussi pu identifier « 114 établissements considérés comme rouges », correspondant à la situation la plus critique, « et 400 comme oranges », où la situation reste tout de même prioritaire. Il explique avoir demandé « un logiciel » il y a un an pour « identifier les établissements qui sont dans des situations très problématiques ». Mais « utiliser l’intelligence artificielle » pour que « des professeurs de mathématiques soient affectés sur des postes de lettres », ne convainc pas Julie Grisolia. Ce plan d’urgence est particulièrement resserré. Le 8 octobre, le ministre de l’Éducation a déclaré que les enseignants rejoindraient leur établissement « entre demain et mardi », soit entre le 9 et le 12 octobre.
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Un coût financier encore flou
Ce plan d’urgence est à « plusieurs dizaines de millions d’euros », précise le ministre de l’Éducation nationale. Une enveloppe qui devrait servir au déploiement des 3 024 professeurs titulaires, au recrutement de contractuels et aux heures supplémentaires pour combler les absences de courte durée. La dépense supplémentaire proviendra surtout des recrutements de contractuels pour combler les manques. Celle-ci est rendue possible par une autorisation pour les recteurs de dépasser les plafonds de recrutement initialement prévus dans le budget 2026.
À cela s’ajoutent les milliers d’heures supplémentaires valables avec le pacte enseignant. « La place pour les urgences » dans le budget déjà très restreint, présentée par le ministre de l’Économie le mardi 6 octobre devant l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF), est de « 5 % ». Une augmentation jugée suffisante pour combler les demandes de moyens des lycéens et du corps enseignant. Pour la syndicaliste, ce pourcentage budgétaire supplémentaire ne permet pas réellement de répondre aux besoins : « Nous n’attendons pas grand-chose », conclut-elle. Sollicitée, l’académie de Versailles n’a pas souhaité user de son droit de réponse.
Une mesure viable sur le long terme ?
Pas sûr que ce plan fasse l’unanimité auprès du corps enseignant. Car, lorsqu’on mobilise des professeurs déjà disponibles pour répondre aux besoins urgents, la solution a forcément l’avantage d’être rapide mais ne règle pas le problème de fond. Ces 3 000 enseignants déployés par le ministre ne constituent pas de nouveaux recrutements : ils font déjà partie du vivier de l’Éducation nationale.
Cette mesure gouvernementale se heurte surtout à une difficulté plus structurelle : l’attractivité du métier. « Ça ne fait pas rêver d’être prof aujourd’hui », avoue l’agrégée de Lettres, malgré son dévouement pour la profession. Elle rappelle que les recrutements aux concours restent difficiles dans certaines disciplines : « En maths et en lettres, c’est toujours compliqué » et lorsque les enseignants sont en poste, « les conditions de travail sont différentes ».
Et même si ce n’est pas sa revendication principale, elle admet aussi que « les personnes qui passent l’agrégation, considérée comme l’un des concours les plus difficiles de la fonction publique, et qui se retrouvent envoyées loin de chez elles avec un salaire en début de carrière inférieur à ce qu’elles pourraient toucher dans le privé », peut décourager et entraine forcément une chute de l’attractivité de la profession. Finalement, la solution pour Marion Denis « serait de dire : on suspend les suppressions de postes et, à l’inverse, on en crée ». Elle espère avec le temps « qu’une politique puisse apporter de vraies réponses aux revendications ».
Parmi ces revendications, les problématiques de Parcoursup ressortent. Car cette porte d’entrée vers les études supérieures préoccupe un grand nombre de lycéens, mais aussi de parents et de professeurs. Entre autres, son système est jugé opaque et le traitement des dossiers, lui, douteux. Ils demandent la suppression de la plateforme d’inscription automatisée et appellent à une nouvelle mobilisation ce samedi, s’alliant à celle déjà lancée par les « gilets jaunes ».
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