Titres-services : "On en vient à payer pour aller travailler", les aides-ménagères interpellent le gouvernement wallon

Les aides-ménagères veulent se faire entendre. Réunies à Namur ce mercredi, elles ont dénoncé les conséquences qu’auraient, selon elles, de nouvelles économies dans le secteur des titres-services. Le gouvernement wallon pourrait notamment envisager d’augmenter le prix payé par les utilisateurs, comme cela a été décidé en Flandre.
Sur le terrain, cette perspective suscite une forte inquiétude. Les travailleuses craignent notamment de perdre des clients, et donc des heures de travail. "Nous travaillons chez des personnes qui ont des petites pensions, qui ont des petits revenus, donc ces personnes-là ne pourront plus acheter le titre-service", témoigne Loretta Tamietto, aide-ménagère et déléguée syndicale FGTB.
Une hausse du prix pourrait ainsi avoir des conséquences en cascade sur les horaires. "Quand on perd déjà des heures vis-à-vis d’un client, il va falloir trouver peut-être des autres clients pour compléter son horaire", explique Marie-Hélène Guillaume, aide-ménagère et déléguée syndicale CSC.
Le coût des déplacements pèse déjà sur les travailleuses
Pour les aide-ménagères, le problème dépasse la seule question du prix du titre-service. Le coût des déplacements constitue également une source de pression financière importante. "L’augmentation du diesel et de l’essence, finalement on en vient à payer pour aller travailler", dénonce Marie-Hélène Guillaume. Une difficulté d’autant plus sensible que les déplacements font partie intégrante de leur activité.
La réduction éventuelle de certaines prestations ne permettrait par ailleurs pas nécessairement de réduire la charge de travail. "La quantité de travail chez les clients, même si la prestation est réduite, le travail est le même", souligne-t-elle.
La FGTB met en avant des situations financières particulièrement difficiles pour certaines travailleuses. "Elles nous disent qu’à la fin du mois, elles rentrent des certificats médicaux parce qu’elles ne savent pas mettre de l’essence dans la voiture pour aller travailler", explique Sébastien Dupanloup, secrétaire fédéral FGTB.
"Pas d’économie sur leur dos"
Face aux économies envisagées, la FGTB demande que l’argent public consacré aux titres-services bénéficie en priorité aux travailleuses et à l’amélioration de leurs conditions de travail. "L’argent public doit servir aux aide-ménagères, à améliorer leurs conditions de travail. Pas d’économie sur leur dos".
Pour Sébastien Dupanloup, une éventuelle hausse du prix du titre-service pourrait avoir "un impact sur l’emploi et sur leurs conditions de travail". Si des moyens supplémentaires devaient être dégagés, le syndicat estime qu’ils devraient revenir aux travailleuses plutôt que servir à équilibrer le budget ou alimenter les entreprises.
La FGTB critique précisément le fait qu’une partie des moyens publics puisse bénéficier aux entreprises actives dans le secteur. "Il n’est plus normal, quand on demande aux travailleurs de faire des économies, que l’argent parte aux entreprises", estime Sébastien Dupanloup.
La crainte d’un retour au travail au noir
Pour les travailleuses mobilisées, le risque est donc de voir se multiplier les pertes d’heures et les difficultés financières. Sébastien Dupanloup de la FGTB craint un recours accru au travail non déclaré : "Aujourd’hui, les aides ménagères vont travailler au noir".
Le message adressé au gouvernement wallon est donc particulièrement ferme. Alors que le secteur représente quelque 600 millions d’euros de dépenses publiques chaque année, les syndicats refusent que les aides-ménagères soient la variable d’ajustement des futures mesures budgétaires.
Pour Sébastien Dupanloup, le constat tient en une formule : les travailleuses sont aujourd’hui "pressées comme des citrons".
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