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Saturday, October 17, 2026

Des souverainistes québécois prennent leurs distances avec les séparatistes de l’Alberta

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Des souverainistes québécois de longue date prennent leurs distances des séparatistes de l'Alberta à l'approche du référendum de lundi, portant notamment sur l'indépendance de cette province de l'Ouest canadien.

La dixième question sur dix figurant sur le bulletin de vote du référendum du 19 octobre demande si l’Alberta doit rester au sein du Canada ou si le gouvernement doit entamer la procédure légale en vue d’organiser un référendum ultérieur et contraignant sur la séparation.

Le vote par anticipation a commencé mardi et se poursuit samedi.

Les Québécois pourraient avoir une impression de déjà-vu après s'être prononcés sur une question similaire en 1980, lorsque le gouvernement péquiste de René Lévesque avait demandé si la province devait entamer des négociations en vue de quitter la Confédération canadienne. Près de 60 % des électeurs québécois s'étaient opposés à la proposition de M. Lévesque.

Un deuxième référendum a suivi en 1995, remporté de justesse par le non.

Les fervents souverainistes du Québec voient toutefois de profondes différences entre ces deux mouvements.

Marie-Anne Alepin, présidente de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB), un groupe nationaliste québécois de premier plan, estime que l’Alberta utilise la menace du séparatisme comme moyen de pression dans ses négociations avec Ottawa. Elle considère ce référendum comme un moyen de faire pression sur le gouvernement fédéral plutôt que comme l’expression d’une véritable volonté de former une entité indépendante, un pays.

Ils veulent jouer un rôle plus important au sein du Canada, tandis que nous voulons en sortir [...] Ils veulent un meilleur contrôle des ressources pétrolières et gazières […] Nous, nous ne voulons pas de pipelines.

Cela n’empêche pas certains dirigeants du mouvement séparatiste albertain de revendiquer une cause commune.

Les électeurs québécois ont élu le 5 octobre dernier un gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ), qui promet un troisième référendum sur l’indépendance du Québec. Des figures de proue du mouvement séparatiste albertain se sont rapidement ralliées derrière le premier ministre désigné Paul St-Pierre Plamondon et le présentent comme un allié potentiel.

Le Québec a rejeté le statu quo aujourd’hui, a écrit le chroniqueur Cory Morgan – membre fondateur de l’Alberta Independence Party en 2001 – sur les réseaux sociaux après la victoire du PQ. L’Alberta peut faire de même dans deux semaines en choisissant d’envoyer un message avec l’option 2 à la question 10.

L’avocat Jeffrey Rath, figure de proue du mouvement séparatiste albertain, s’est également exprimé sur les réseaux sociaux au lendemain des élections au Québec, affirmant que pour la première fois de l’histoire, l’indépendance de l’Alberta bénéficiera du soutien du gouvernement élu du Québec. Il a également félicité M. St-Pierre Plamondon et le pays du Québec.

Tous deux, ainsi que l’avocat Keith Wilson, ont déploré que la quête d’indépendance du Québec soit considérée comme légitime, alors que, selon eux, les séparatistes albertains font l’objet de railleries.

Lors d’une visite à Calgary l’année dernière, M. St-Pierre Plamondon a déclaré qu’il reconnaîtrait une Alberta indépendante si la province votait en faveur de la séparation. M. Rath a indiqué avoir rencontré le chef du PQ lors de cette visite.

Deux réalités différentes

Bien qu’ils croient au processus démocratique d’un référendum, de nombreux souverainistes québécois ne s’identifient pas aux séparatistes albertains.

L'ancien chef du Parti québécois Jean-François Lisée n'a pas mâché ses mots lors d'une entrevue à La Presse canadienne.

C’est surtout une perte de temps, car la défaite est certaine. Il n’y a vraiment pas grand-chose à gagner à observer le mouvement indépendantiste albertain, si ce n’est peut-être des leçons négatives.

Ce sentiment est partagé par d’autres souverainistes réputés.

Louise Harel, qui était ministre du gouvernement péquiste de Jacques Parizeau lors du référendum sur la souveraineté du Québec en 1995, partage l’avis de M. Lisée. Tous deux affirment que les mouvements souverainistes du Québec et de l’Alberta sont fondamentalement différents.

Selon eux, les souverainistes québécois sont motivés par la préservation de leur identité culturelle et linguistique, tandis que les séparatistes albertains sont animés par des considérations économiques et un libertarisme politique. Ils perçoivent également chez l’Alberta une volonté de se rapprocher des États-Unis, alors que les Québécois se méfient des discours sur l’assimilation.

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a déclaré à plusieurs reprises qu’elle était opposée à la sécession, tandis que les dirigeants du PQ ont ouvertement appelé à la souveraineté.

Au Québec, l’enjeu est de donner à une nation unique en Amérique du Nord, qui… a vaillamment résisté à l’assimilation, les pouvoirs dont il a besoin pour survivre dans la mondialisation. Il n’y a pas un tel enjeu identitaire, culturel en Alberta. C'est un enjeu économique.

Si les souverainistes québécois se sentent eux aussi désavantagés sur le plan économique au sein du Canada, a indiqué M. Lisée, ce sentiment n’est pas au cœur du mouvement. Il a également souligné que les partis souverainistes du Québec ont toujours été sociaux-démocrates, tandis que le mouvement en Alberta semble lié au conservatisme.

Daniel Turp, professeur de droit à l’Université de Montréal, qui a représenté à la fois le Bloc québécois aux Communes et le Parti québécois à l'Assemblée nationale, perçoit des différences dans le processus référendaire lui-même. Les deux référendums sur l’indépendance du Québec comportaient une question unique sur la souveraineté.

En conséquence, des mobilisations de masse ont eu lieu pendant des semaines, tant du côté des fédéralistes que des souverainistes.

Le soutien de la population à l’indépendance varie également considérablement entre les deux provinces.

À la veille du référendum de 1995, l’opinion publique était divisée à parts égales dans les sondages. Trois jours avant que les Québécois ne se rendent aux urnes, des Canadiens venus de tout le pays se sont rendus à Montréal pour les exhorter à voter contre l’indépendance.

Selon l’agrégateur de sondages 338Canada, le soutien en faveur d’une sortie de l’Alberta du Canada était inférieur à 25 % en date du 11 octobre dernier.

Il n’y a pas eu de love-in encore en Alberta, comme il y a eu au Québec. On est peut-être moins inquiets parce que les sondages laissent entendre que l’option du maintien l’emportera.

Plus de 90 % des électeurs inscrits avaient voté lors du référendum de 1995, que les fédéralistes avaient remporté avec 50,58 % des voix.

C’est le genre de taux de participation que l’on observe dans les pays où le vote est obligatoire, a souligné Mme Harel. Je serais extrêmement étonnée si le taux de participation au référendum en Alberta était l'équivalent.

Toutefois, ces figures publiques du mouvement souverainiste au Québec ne rejettent pas entièrement le mouvement séparatiste albertain. Tous les quatre ont dit comprendre le désir d’autonomie et d’autodétermination.

Si l’Alberta votait ''oui'' et qu’Ottawa répondait ensuite : Eh bien, vous ne pouvez pas partir, nous serions du côté de l’Alberta.

Mme Harel a ajouté que, même si elle ne voyait pas de similitudes idéologiques entre les séparatistes du Québec et ceux de l’Alberta, le processus démocratique devait être respecté. Elle a estimé que le référendum albertain pouvait conférer une légitimité à celui promis par le Parti québécois.

Lorsqu’on leur a demandé s’ils craignaient qu’un non lundi puisse avoir une incidence sur le référendum promis par le PQ, tous les quatre ont répondu par la négative.

Mme Alepin estime que les deux mouvements sont trop différents pour que les Albertains puissent influencer l’appétit des Québécois pour la souveraineté.

De son côté, M. Lisée prévoit que la défaite du camp du ''oui'' en Alberta constituera un facteur négatif, mais très insignifiant, dans le débat sur le référendum [au Québec].

Si l’Alberta reste au sein du Canada, M. Turp estime que la province pourrait s’inspirer de l’approche du Québec pour négocier davantage d’autonomie avec Ottawa.

Ensuite, elle pourra organiser un deuxième référendum, comme nous l’avons fait en 1995, a-t-il ajouté.

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