« Les pompiers de l’extrême » : l’hommage à Pol, décédé lors du tournage pour RTL

A Liège, la zone de secours compte environ 500 pompiers, des personnes qui donnent tout pour sauver les autres. Ce travail n’est pas un job, mais une vocation, une mission de tous les instants. Parmi eux, trente-sept font partie du Groupe de Reconnaissance et d’Intervention en Milieu Périlleux, qui intervient en dernier recours, là où l’échelle de 30 m est insuffisante, en hauteur donc, sur des immeubles, des échafaudages, mais aussi en profondeur dans des gouffres, par exemple. Pour intégrer cette unité, les épreuves de sélection se font suite à une formation de trois semaines, le niveau d’exigence est drastique. Deux semaines de formation supplémentaires sont nécessaires pour devenir chef d’équipe.
Arriver à ce stade, Pol, 32 ans, en rêvait depuis gamin. Passionné par l’escalade, la montagne, il ne pouvait qu’être attiré par la technique millimétrée, par la rigueur qu’exige cette profession. Il a très vite trouvé sa place en tant qu’équipier, puis a suivi le cursus pour devenir chef d’équipe et a vite gravi les échelons. Investi, bienveillant, passionné sont les qualificatifs que ses coéquipiers prononcent le plus en parlant de lui.
Vous, téléspectateurs de RTL-TVI, avez aussi pu vous en rendre compte en suivant les caméras des « Pompiers de l’extrême ». Toujours prompt à se porter au secours, il était efficace et attentif aux autres. Etait, car Pol n’est hélas plus de ce monde, il est décédé le 20 mars dernier, lors d’un exercice auquel l’équipe de tournage assistait. Un exercice habituel, connu et maîtrisé comme ils en pratiquent plusieurs fois par semaine pour s’entraîner, pour garder le niveau. Il a fait une chute mortelle d’une soixantaine de mètres depuis le viaduc de Sougné-Remouchamps. Une enquête est en cours pour faire la lumière sur les circonstances de ce drame.
Sandrine Corman, présente ce jour-là, se souvient : « Il faisait magnifique. On a passé une première partie de journée extraordinaire. Pol était mon interlocuteur principal lors de l’exercice de l’éolienne. On est montés tout en haut. J’ai vraiment rencontré un super-chouette gars, passionné. Et puis, dans la deuxième partie de la journée, quand on est arrivés sur le deuxième site, ça a été un cauchemar. Un truc irréel qui, à un moment donné, fait tout basculer. Comme les autres, je n’arrivais pas à réaliser ce qui était en train de se passer. On était tous sous le choc. Le choc du décès, mais aussi de voir tous ces hommes forts, éparpillés, chacun dans son coin, en train d’appeler leurs proches, en train de pleurer. Ça a été vraiment très dur. Franchement, j’y pense encore très, très souvent. »
Le tournage mis sur pause
Dans les heures qui ont suivi, une cellule d’assistance psychologique a été mise en place. « Perdre Pol a été très difficile pour nous tous. Les pompiers, comme on le dit souvent, c’est un peu une famille. On a beaucoup parlé entre nous et avec la cellule psychologique, qui a fait un boulot extraordinaire. Il y a eu beaucoup de remises en question, pour ma part, par rapport à tout ce que je faisais, même en tant que pompier », témoigne David Doudou, Conseiller technique du GRIMP. « Moi, ce qui m’a vraiment fait du bien a été d’aller à la caserne et me recueillir devant lui, quelques jours après. Mais c’est sûr que ça a été très dur », complète Sandrine.
Ces pompiers sont sélectionnés pour leur sang-froid, leur trempe, leur capacité à garder leur calme en toutes circonstances, même dans les pires crises. Mais perdre un des leurs a été un traumatisme violent à encaisser. Le temps a dû faire son œuvre. La spécialité a été stoppée, les interventions GRIMP ont été prises en charge par d’autres zones de secours. « Avec l’état-major, on a essayé de gérer les émotions du personnel, de voir comment chacun se sentait. Quand on a eu le feu vert de tout le monde, on a organisé une remise à niveau dans les exercices GRIMP, en recommençant tout doucement avec les spécialistes. Une fois qu’ils se sentaient bien sur corde, on a remis le service en activité », nous apprend David Doudou. La présence désormais invisible de leur collègue a été un moteur : « Il était clair pour tous que Pol n’aurait jamais voulu qu’on arrête. On se devait de continuer pour lui », maintient David.
La force de Sandrine
Evidemment, la question de suspendre le tournage a été débattue, tant dans l’équipe des pompiers que dans celle de la production. « On a d’abord consulté la famille pour voir ce qu’elle souhaitait. C’était notre priorité. Ensuite, dès que l’état-major a donné son accord, nous sommes retournés vers les équipiers pour savoir ce qu’ils ressentaient et s’ils souhaitaient continuer », nous détaille le Conseiller technique. De ces consultations a émergé un avis unanime : faire cette émission pour rendre hommage à leur collègue et par là à l’ensemble des compétences au sein de leur service. Cela rejoignait parfaitement l’opinion de Sandrine Corman : « Moi, depuis le début, j’avais envie de poursuivre. Je trouvais que ça avait encore plus de sens de montrer à quel point leur métier est incroyable, qu’ils prennent des risques tous les jours de leur vie. »

Sa détermination et son courage ont énormément touché l’équipe, nous a confié David, la voix vibrante d’émotion, et qui tenait à remercier encore une fois Sandrine. « La production avait peur de me remettre en hauteur. Mais moi, j’ai vraiment voulu continuer de la même manière. Je ne me suis jamais sentie en insécurité avec eux. J’ai toujours été en confiance et je n’avais pas peur. Malgré ce qui s’est passé, ils maîtrisaient à la perfection ce qu’ils faisaient. Je tiens à le dire », insiste l’animatrice. Inévitablement, cependant, le tournage a pris une autre dimension, il a gagné en intensité. « On s’est sentis beaucoup plus connectés avec Sandrine et la production. Avec les équipiers, on a partagé des moments beaucoup plus proches que d’habitude. Et de tout cela, c’est l’humanité qui est ressortie, je trouve », ajoute David.
Aussi ce dernier épisode, disponible sur RTLplay dès ce vendredi et diffusé sur RTL-TVI le vendredi 6 novembre, se termine-t-il par un hommage à Pol. « Cela nous tenait vraiment à cœur. On voulait vraiment faire quelque chose de discret, de pudique, de digne et en même temps de touchant. Pour lui, pour sa famille, ses proches et par là, pour tous les pompiers, pour l’équipe GRIMP et tous les pompiers décédés pendant leur service », commente David. Parler de Pol ne peut se conjuguer au passé tant son souvenir est vivant. Le dernier jour de tournage, nous a rapporté Sandrine, un papillon s’est posé sur le camion et a suivi l’équipe. La croyance populaire ancestrale dit que cet animal est le lien entre le visible et l’invisible…

Le mot de la productrice
Loin d’elle l’idée de se mettre en valeur. Delphine Simon ne voulait pas que sa parole prenne le dessus sur celle des pompiers, mais nous ne pouvions pas ne pas recueillir sa réaction : « A partir du moment où la famille et le GRIMP de Liège ont manifesté le souhait de poursuivre l’émission, le documentaire a complètement dépassé le projet initial. On était tous personnellement touchés et on a eu envie, plus que jamais, de mettre en avant ces hommes, et leur travail qui consiste à sauver des vies et à se mettre à la disposition des autres. On a eu la chance de connaître Pol. Et il nous tenait à cœur dans son portrait de rendre combien il était quelqu’un de passionné, de joyeux et de solaire. A travers l’hommage à Pol, indispensable pour nous, nous voulions rendre hommage à tous les hommes du feu partis dans l’exercice de leurs fonctions. J’ai été impressionnée de voir combien ces hommes touchés dans leur chair continuent. Ils sont un magnifique exemple de résilience. »
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