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Thursday, October 29, 2026

Jeudi en Prime : Jean-Paul Philippot s’apprête à lâcher la barre de la RTBF

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Lorsqu’il est arrivé à la tête de la RTBF, il y a plus de 24 ans, l’entreprise était en déficit chronique. "Trois mois après mon arrivée, il fallait contracter 20 millions d’emprunts de trésorerie pour garantir le paiement des salaires à la fin de l’année", rappelle Jean-Paul Philippot. Il a donc dû s’atteler à assainir les comptes. A l’époque, 2700 personnes travaillaient à la RTBF. "On sera à 1700 à la fin de l’année prochaine. 1000 personnes de moins", précise l’administrateur général sortant.

Pour Jean-Paul Philippot, les comptes de l’entreprise sont aujourd’hui "solides". "L’endettement est très faible", "la trésorerie est positive sur le plan du résultat également", résume-t-il, alors qu’il s’apprête à passer la main à son successeur.

Les décisions prises par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’automne 2025 ont imposé des économies à la RTBF, comme à tous les secteurs gérés par la Fédération. "Il m’est toujours apparu normal, solidaire, de participer à un effort et à un effort collectif", explique Jean-Paul Philippot. Ces économies, de l’ordre de près de 135 millions d’euros doivent être réalisées d’ici 2028. "Nous nous sommes engagés à faire un trajet d’économie, 12% d’économie à l’horizon 2028. Ce trajet, il est en cours, il sera réalisé en réduisant nos effectifs de près de 200 personnes sans licenciement", ajoute-t-il.

A ces économies, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles en a récemment ajouté d’autres, de l’ordre de 20 millions d’euros. "L’annonce de ces 20 millions supplémentaires m’a surpris. Elle n’a absolument pas été concertée", réagit Jean-Paul Philippot. "20 millions supplémentaires, ça fera l’objet de négociations dans le cadre d’un nouveau contrat de gestion", explique-t-il, précisant que "ce sera un des chantiers de Christophe Dujardin (le successeur de Jean-Paul Philippot, ndlr) que d’aller défendre les budgets de l’entreprise de manière qu’elle remplisse sa mission et qu’elle serve les valeurs pour lesquelles nous sommes financés", ajoute le patron sortant de la RTBF. Au-delà des économies déjà prévues d’ici 2028, "à un moment, il faudra effectivement mettre en balance les missions que l’on remplit et les moyens dont on dispose", estime Jean-Paul Philippot.

La RTBF a-t-elle trop de chaînes, trop de marques ? Investit-elle trop dans le sport et le divertissement comme certaines critiques le laissent entendre ? "On travaille pour les citoyens et les citoyennes de Wallonie et de Bruxelles. Ce sont eux qui nous financent et c’est à eux qu’on s’adresse. Ils ne disent pas cela", réagit Jean-Paul Philippot. A ceux qui critiquent, il répond : "Étiez-vous sur les places des villes de Wallonie au milieu de la nuit quand l’équipe de Belgique jouait pendant la Coupe du Monde ? Avez-vous vibré à Alice on the Roof, à Loïc Nottet, tous les deux révélés par The Voice ?". "Si on croit en nos talents, il faut des émissions qui les révèlent. Si on veut supporter les équipes qui font rayonner la Belgique, il faut parler de sport", ajoute Jean-Paul Philippot. Celui-ci défend aussi les choix opérés en matière d’achats de droits sportifs. "Il y a deux manières de parler de sport : investir et avoir des droits gratuits, accessibles à toutes et tous, qui sont encadrés par des équipes de journalistes indépendants et professionnels, ou bien reléguer ça à une chaîne payante et demander aux citoyens qui veulent partager, qui veulent vibrer, qui veulent être fiers de ces équipes, de payer plus. Ce n’est pas notre mandat", explique l’administrateur général.

Il y a quelques semaines, on a appris que Jean-Paul Philippot était proposé comme administrateur du musée bruxellois Kanal sur le quota du Parti socialiste. Cette désignation ne jette-t-elle pas le doute sur l’indépendance du personnel de la RTBF vis-à-vis du monde politique ? "On est dans un pays où on adore mettre des étiquettes" réagit Jean-Paul Philippot. "On m’a mis une étiquette il y a très très longtemps parce que, et c’est transparent et de notoriété publique, en 1989, j’ai travaillé pendant quelques années avec le Ministre Président de la région bruxelloise qui lançait cette région, Charles Piqué", explique-t-il. "Je défie quiconque, pendant 24 ans, de trouver un seul moment où il y a eu, de ma part, et plus largement de la part de l’entreprise RTBF, une prise de position politique", précise-t-il. "Nos journalistes ont été, pendant toutes ces années, protégés de moi et de toute l’autre forme d’intervention", poursuit-il. "J’ai connu, je pense, sept ministres de couleurs différentes dans des coalitions qui forment l’arc-en-ciel. J’ai eu des pressions politiques, j’ai eu des pressions des milieux économiques, j’ai eu des pressions des milieux sportifs, j’ai eu des pressions des milieux culturels", ajoute-t-il. "Ça fait partie de mon métier. Je dois entendre, je dois écouter, et puis je dois défendre", poursuit-il. Alors, à l’attention de son successeur, Jean-Paul Philippot rappelle que "la différence entre un média d’Etat, le média russe, par exemple, et un média public, la RTBF ou la VRT, c’est l’indépendance. L’indépendance éditoriale, l’indépendance de son administrateur ou de son administratrice générale, de son directeur ou de sa directrice de l’information". "Soyez indépendants", résume-t-il.

Ce week-end, Jean-Paul Philippot quittera la RTBF. "Je vais tenter quelque chose que je n’ai pas réalisé ces 25 dernières années. C’est m’endormir samedi soir en fermant mon GSM", conclut-il.

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