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Wednesday, October 14, 2026

France: à l'ouverture de son procès, la «revenante» Selma Tahar Aouidate revient sur son jihad familial

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Le procès de la « revenante » Radia Tahar Aouidate, dite Selma, s’est ouvert mercredi 14 octobre devant la cour d’assises spécialement composée de Paris. Aujourd’hui âgée de 33 ans, elle est poursuivie pour association de malfaiteurs terroriste pour avoir rejoint l’État islamique entre 2014 et 2020 et pour le recrutement d’une personne. Au cours de ce premier jour, la cour s’est penchée sur la personnalité de l’accusée et les dynamiques au sein de sa famille, dont 15 membres adultes sont partis en Syrie en 2014.

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De notre envoyée spéciale à la cour d'assises de Paris,

« Une secte ». C’est ainsi que Selma Tahar Aouidate décrit sa famille, avant même toute radicalisation. Le « gourou », c’est son frère Fodil, qui s’érige en chef de famille face à un père alcoolique et violent. Une autorité « absolue » qu’il impose à ses 8 sœurs, avec l’assentiment de la mère, qui privilégie son unique garçon. « Ma mère disait toujours “ton frère sait mieux que toi ce qui est bon pour toi”. Il contrôlait tout, nous empêchait d'avoir une vie en dehors de la maison, nous frappait pour tout et rien », se souvient Selma Tahar Adouiate, jeune femme menue et apprêtée, dont les longs cheveux noirs cascadent sur sa veste aubergine.

À 18 ans, elle cherche à échapper à ce vase clos par un mariage qui la plonge dans la religion. L’ex-danseuse hip-hop qui se rêvait avocate se voile intégralement puis abandonne les études, à mesure que son rigorisme est alimenté puis dépassé par la radicalité de son frère. Elle pense aller « vivre sa religion » en Algérie, dit-elle. Lui, impose la non-mixité à la maison, montre des vidéos de propagande et prône le jihad.

« J’avais besoin de me sentir importante »

Interpellé fin 2013 après un premier séjour en Syrie, Fodil presse « constamment » la famille de rejoindre l’EI. Ce que feront 23 de ses membres, dont 15 adultes, entre mai et septembre 2014, alors que Fodil est pourtant sous surveillance jusqu’à son départ en juin. Seules deux des huit sœurs n’iront pas sur zone, celles qui vivaient éloignées du giron de la maison familiale de Roubaix, dans le Nord. Toutes deux ont néanmoins été condamnées pour financement du terrorisme, pour avoir envoyé de l’argent à leurs proches sur zone.

« Je n’avais personne vers qui me tourner, c’était un cercle vicieux : j’étais dépendante de cette famille qui me faisait du mal. Je n’existais pas en dehors de ma famille et je ne me voyais pas les perdre », explique Selma Taha Aouidate. « Je venais de divorcer et de retomber sous la coupe de mon frère. Alors que je me retrouvais sans études, isolée, que je n’arrivais plus à me projeter en France, Fodil m’a convaincue que j’avais un rôle à jouer là-bas. Je pense que j’avais besoin de me sentir importante », poursuit l’accusée, qui refuse toutefois de rejeter sur son frère l’entière responsabilité de son départ, estimant avoir malgré tout « fait un choix ».

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Cinquante-six revenantes déjà condamnées depuis leur retour en France

Après avoir jugé les principaux attentats et tentatives, la justice se concentre sur les « revenantes », ces femmes qui ont rejoint des organisations terroristes, dont l’État islamique, en zone irako-syrienne avant de rentrer en France. Cette année, sur les 23 procès d’assises antiterroristes audiencés, 18 les concernent.

Elles constituent près d’un tiers des quelque 1 500 Français partis sur zone et sont proportionnellement plus nombreuses à être revenues : 176 sur les 395 adultes rentrés selon les derniers chiffres du PNAT, cités par Le Monde. Cinquante-six ont déjà été condamnées par une justice qui les a ignorées un temps, notamment du fait d’un biais de genre les envisageant comme endoctrinées plutôt qu'adhérant aux idéologies mortifères. Une justice française devenue la plus sévère d’Europe en termes de peines infligées à ces femmes, constatent plusieurs chercheurs.

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