Ukraine: partage de renseignements, Starlink… à quoi jouent les États-Unis?

Pour la deuxième nuit consécutive, des missiles ont frappé l’Ukraine sans que la population ait pu être alertée à l’avance. Volodymyr Zelensky met en cause ses alliés américains, accusés de ne pas avoir partagé leurs renseignements. En parallèle, une réduction des opérations de Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk, pourrait compliquer les opérations militaires ukrainiennes.
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Pourquoi l’Ukraine n’a-t-elle pas pu anticiper suffisamment tôt les tirs de missiles balistiques ? Volodymyr Zelensky a une explication : son allié américain n’aurait pas prévenu Kiev de ces frappes. Le président ukrainien s’inquiète d’être lâché par Donald Trump, lui qui vient d’appeler à un changement de dirigeant ukrainien et de trouver un accord avec Vladimir Poutine sur des livraisons de diesel. Washington dément toutefois tout changement dans sa coopération avec l’Ukraine. « Il n’y a pas de changement » dans le partage de renseignements, a affirmé un responsable américain à l’AFP.
De son côté, l’Union européenne indiquait ne disposer d’aucune preuve d’une éventuelle suspension de ce partage d’informations. Pour Yohann Michel, chercheur à l’Institut d’études de stratégie et de défense, de retour d’Ukraine, il est difficile d’imaginer que Donald Trump ait volontairement privé Kiev de ces informations : « La restriction d’accès aux renseignements d’alerte de départ missile serait quand même une façon un peu particulière pour l’administration américaine de signaler un mécontentement », estime-t-il. Une telle décision empêcherait directement les civils de se mettre à l’abri et constituerait, selon lui, une réponse disproportionnée aux demandes américaines.
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Mauvaise météo ?
D’autres facteurs, cette fois techniques, pourraient expliquer pourquoi les tirs n’ont pas été détectés à temps. Le camouflage des rampes de lancement peut notamment empêcher l’observation du départ des missiles. Dans le cas des frappes récentes, les conditions météorologiques sont également évoquées. Selon une source citée par Politico, les Américains auraient expliqué aux Ukrainiens qu’aucune alerte n’avait été émise en raison du mauvais temps.
Par ailleurs, les missiles balistiques ne sont pas systématiquement détectés à temps : certains ont déjà réussi, par le passé, à passer entre les mailles du filet. En l’absence de confirmation indépendante sur les circonstances précises de ces frappes, il reste donc difficile de déterminer dans quelle mesure le partage de renseignements a joué un rôle.
Starlink : vital pour les drones
Autre sujet de préoccupation pour les autorités ukrainiennes : la réduction des opérations de Starlink dans la nuit. Le réseau satellitaire d’Elon Musk est largement utilisé par l’armée ukrainienne sur le front, notamment pour assurer les communications et piloter certains drones. « Ce ne peut pas être une coïncidence », s’inquiète un conseiller de Volodymyr Zelensky. Les conséquences pourraient être importantes sur le terrain. Selon les éléments rapportés, la communication entre un opérateur et un drone peut être interrompue lorsque l’appareil dépasse une vitesse de 110 à 120 km/h.
Ces restrictions compliqueraient également les moyens de défense contre les drones à réaction russes, les jet drones, massivement utilisés par Moscou depuis l’été. Les opérations ukrainiennes pourraient donc être directement affectées, en particulier les frappes à moyenne portée en profondeur du champ de bataille.
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L’armée ukrainienne devra s’adapter
Yohann Michel souligne toutefois que la restriction de Starlink ne signifie pas un arrêt complet du service. Le réseau pourra continuer à être utilisé pour de nombreuses fonctions, notamment les postes de commandement. L’impact devrait néanmoins se faire sentir à court terme sur certaines capacités militaires. « Ça va avoir un impact au moins à court terme sur les capacités de frappe à moyenne portée dans la profondeur du champ de bataille ukrainien », explique le chercheur, qui précise que ces conséquences pourraient concerner les deux camps.
L’armée ukrainienne devra donc trouver des solutions alternatives. « D’ici quelques semaines, les Ukrainiens vont utiliser d’autres types de guidage. Ça demandera du temps et ça nous demandera des moyens. Mais d’ici quelques semaines, l’adaptation sera faite », estime Yohann Michel.
La dépendance aux États-Unis, un défi pour les Européens
Qu’il s’agisse du partage de renseignements ou de l’utilisation de Starlink, ces deux événements mettent en lumière la dépendance de l’Ukraine à des moyens technologiques et militaires américains. C'est peut-être la leçon à en tirer. La Maison Blanche et ses alliés ont le pouvoir d'handicaper durement les forces ukrainiennes. Pour les Européens, le constat est également préoccupant. Et cela montre aussi l'énorme travail qu'il leur reste à faire pour pallier l'aide des États-Unis.
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