Midterms 2026 : l’élection de candidats issus de minorités cache-t-elle une (r)évolution de la société américaine ?

Mais ces nominations historiques à l’échelle du pays ou des États sont-elles le signe d’une ouverture de la société aux États-Unis, pays dont l'élection de Barack Obama, premier président noir américain, date de 2008 ?
Non, selon Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques) : "La société américaine n’est pas ouverte. La société américaine est malheureusement xénophobe."
L’auteur de la "Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier" précise que "les Américains ne sont pas ouverts dans les États essentiellement ruraux et du sud […] Par contre, dans les milieux progressistes, il y a aujourd’hui une banalisation dans le bon sens du terme des différences […] Aujourd'hui, pour beaucoup d’électeurs du centre ou de la gauche, on ne regarde même plus à la couleur de peau."
Mais est-ce que l’origine de ces candidats démocrates a-t-elle pour autant pesé dans la balance des électeurs au moment de faire leur choix ?
"Mon impression, c’est que ce facteur de l’origine des candidats n’a pas joué", nous confie Paul Schor.
[…] on n’a pas voté pour elle parce qu’elle est noire.
Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS, à propos de Keisha Lance Bottoms
En ce qui concerne l’élection au poste de gouverneure de Keisha Lance Bottoms en Géorgie, "on n’a pas voté pour elle parce qu’elle est noire", estime Romuald Sciora. "On a voté pour elle, par adhésion ou par rejet de l’autre candidat", ajoute le directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l’IRIS.
Dans le Michigan, Abdul El-Sayed est devenu le premier sénateur musulman des Etats-Unis. "Le fait qu’il soit musulman a sans doute joué auprès de la communauté arabo-musulmane du Michigan, qui est la plus importante du pays. Mais pour les autres électeurs américains lambda, ses origines n’ont pas joué", précise Romuald Sciora.
Pour l’essayiste, la victoire d’Abdul El-Sayed "vient surtout d’une adhésion aux idées de la gauche du Parti démocrate, et il vient d’un rejet de Donald Trump".
Abdul El-Sayed n’est pas du tout l’élu des Arabes
Paul Schor, maître de conférences en Histoire des États-Unis à l’université de Paris Cité
"Abdul El-Sayed n’est pas du tout l’élu des Arabes", tient à préciser Paul Schor. "Et la même chose est vraie pour les candidats ou les candidates qui appartiennent à des nations indiennes, même dans un État comme le Texas ou le Nouveau-Mexique ou l’Arizona […] Pour avoir plus de 50% des voix, on ne peut pas être simplement le candidat d’une minorité", ajoute encore le maître de conférences en Histoire des États-Unis à l’université de Paris Cité.
Et Paul Schor de poursuivre en continuant de prendre l’exemple du Michigan : "Pour l’élection qui a porté Abdul El-Sayed au Sénat, c’est l’ensemble des habitants du Michigan qui votent. Donc les candidats doivent faire une campagne qui s’adresse à l’ensemble de la population de l’État […] Ces candidats, ils portent ça (leur origine en lien avec une minorité) et ça leur apporte des voix. Mais évidemment, pour gagner au niveau d’un État entier, on ne peut pas être le candidat uniquement d’une partie de la population."
Pour autant, les questions dites identitaires n’ont pas totalement disparu de la campagne des midterms, constate l’historien. Elles se sont plutôt mélangées à d’autres enjeux économiques et sociaux : "Ces questions qu’on dit identitaires sont des questions sociales et économiques, parce que ce sont aussi des questions de discrimination, d’accès à l’emploi, d’accès à la santé, et les électeurs, en fait, ne les séparent pas forcément."
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