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Wednesday, October 7, 2026

À qui de droit

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Au moment où j’écris ces lignes, j’ignore encore qui sera à la tête du Québec et je ne sais pas non plus si nous aurons à composer avec un nouveau gouvernement majoritaire ou minoritaire. Tout ce que je sais, c’est qu’avec notre système électoral, sept électeurs sur dix seront déçus. Quelle étrange démocratie !

Je pourrais me pencher sur le changement de mode de scrutin, il y aurait largement à dire, mais cette chronique est mue par une autre urgence. Je considère nos rendez-vous bihebdomadaires comme une occasion extraordinaire de prendre la parole. Cette tribune n’est pas anodine, c’est même une chance inouïe que de pouvoir dire haut et fort ce que je pense de notre époque. C’est aussi un privilège. Et quand on est privilégiée, on a des responsabilités. Dont celle de dresser la liste non exhaustive des responsabilités que nos élus auront à assumer pour faire avancer notre société moderne, riche et égalitaire durant ce nouveau cycle politique où plusieurs auront eu le sentiment de ne pas avoir été entendus.

Premièrement : nous avons la responsabilité commune, hommes et femmes, de protéger toutes les Jane Doe de ce monde. Devant un corps offert en pâture sur un groupe Snapchat, il faut condamner le silence de ceux qui savaient et ont tout de même opté pour l’indicible. Que ce soit au hockey, à l’université, dans le monde artistique ou n’importe où ailleurs, il est temps que les hommes se lèvent à leur tour et se fassent plus convaincus et surtout plus convaincants que jamais. Il n’est pas normal qu’au nom de la réputation d’un établissement ou de l’avenir de jeunes hommes prometteurs, on laisse encore des femmes, des filles, être dévorées par des vautours, sans conséquence ou si peu.

Si nous avons fait des pas de géant grâce au tribunal spécialisé et à la nouvelle clause sur les mythes et les préjugés, rien n’est encore gagné. Les femmes restent en danger. Le nombre de féminicides en est une preuve flagrante. Il faut cesser de mettre la faute sur les victimes, de chercher à dévoiler leur nom, de juger leurs vêtements ou de scruter leurs consommations. C’est leur corps et leur âme qui sont sacrifiés à jamais. Il faut éduquer nos garçons et leur donner des modèles positifs. Les hommes d’aujourd’hui et de demain doivent comprendre qu’un corps de femme n’est pas un objet de consommation. La violence à leur endroit a besoin des hommes de bonne volonté pour cesser.

Deuxièmement, nous avons la responsabilité d’agir rapidement pour contrer les changements climatiques. Lors de la dernière campagne, aucun parti n’a osé mettre en avant le plus grand des périls qui nous guettent. Pourtant, les répercussions de notre modèle industriel nuisent directement à notre qualité de vie. Il est déjà difficile de payer l’épicerie ; cela n’ira pas en s’améliorant. Quels seront les prix des fruits, des légumes, des céréales après des sécheresses ou des inondations ? Ceux qui pensent que la santé doit l’emporter sur le climat devraient aussi tenir compte des coûts sur la santé des populations qui vivent proches des raffineries, des mines, des zones industrielles et des autoroutes.

À ceux qui croient que nous manquons de place pour accueillir des réfugiés politiques, je dis qu’ils risquent de trouver ça de plus en plus compliqué quand des centaines de milliers de réfugiés climatiques chercheront asile sur des terres comme les nôtres.

Troisièmement, nous avons la responsabilité de nourrir, de soigner et de loger les plus démunis. Qu’ils soient nés ici ou ailleurs, qu’ils aient des problèmes de santé mentale et des parcours de vie compliqués ou non. Une proportion grandissante de notre population peine à garder la tête hors de l’eau. Ces gens souffrent et vivent dans des conditions extrêmement précaires, cumulant parfois deux boulots ou vivant carrément à la rue. Pour leur venir en aide, il existe des leviers : des règlements pour stopper la spéculation immobilière, des subventions aux organismes de terrain, une augmentation du salaire minimum, plus de services gratuits pour les enfants et les jeunes. Si cela signifie une fiscalité plus équitable, il faudra bien un jour s’y coller.

Enfin, nous avons la responsabilité d’améliorer le niveau de littératie de la société québécoise. On calcule que 52 % des gens entre 16 et 65 ans n’atteignent pas le niveau 3 de littératie. Cela signifie qu’un adulte sur deux ne peut pas comprendre et résumer le texte que vous êtes en train de lire. C’est inacceptable. Environ deux millions de Québécois ne peuvent exploiter leur plein potentiel, n’ont pas accès à des connaissances et sont donc privés d’une forme de liberté intellectuelle. On dit que le discours ambiant manque de nuance. Difficile de comprendre les nuances quand on ne peut lire que le titre.

Au demeurant, une grande partie de cette population fait preuve d’intelligence, de débrouillardise et de courage. Imaginez ce que ces personnes pourraient accomplir avec plus d’outils. Il faut absolument abolir la ségrégation scolaire et investir massivement en éducation.

Alors, à ce nouveau gouvernement, qui est maintenant le nôtre, je propose donc de cesser de nous faire miroiter en vain des promesses, pour se relever les manches et se mettre au travail dans le but de faire du Québec un modèle de société unie et prospère, qui reconnaît nos priorités : la sécurité, la santé et la liberté.

Cela sans chercher à mettre la faute de nos malheurs sur qui que ce soit. Wokes, immigrants, Premières Nations et Inuits, personnes âgées, jeunes, malades, pauvres, millionnaires, croyants, athées, LGBT, artistes, ouvriers ou camionneurs : nous sommes tous Québécois.

Et il y a ici, croyez-moi, assez de place, de ressources et de talents pour faire bien mieux, pour tous les Québécois.

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