Alexia Bertrand (Anders) : "C’est maintenant que la classe moyenne va sentir ces nouveaux impôts"

Un report, un de plus. Bart De Wever espérait aboutir cette semaine sur le budget fédéral, mais les négociations budgétaires ne reprendront pas avant la semaine prochaine. Pour Alexia Bertrand, cheffe de groupe Anders, un budget avant la fin de l’année pour éviter les douzièmes provisoires devient de plus en plus compliqué. "J’ai repris les dix dernières années de budget. Cela demande environ neuf semaines entre le moment de l’accord et le moment de la publication de ce budget au moniteur belge, qui est indispensable pour qu’il puisse entrer en vigueur dans les temps. Et donc là, il reste tout juste neuf semaines, mais c’est sans compter les semaines de congés parlementaires, les semaines de Noël et Nouvel An, donc ça va être très difficile", estime-t-elle.
Nous sommes prêts, nous sommes disponibles et nous voulons supprimer cette semaine pour être à la disposition du gouvernement.
Au vu de l’urgence, la députée invite d’ailleurs à reporter ces vacances. "Mon groupe a déposé une motion hier soir en plénière pour dire 'Voilà, nous sommes prêts, nous sommes disponibles et nous voulons supprimer cette semaine pour être à la disposition du gouvernement afin d’agir le plus vite possible', mais la majorité a beaucoup de mal à être en nombre et pour peu qu’il y en ait qui soient partis, je ne suis pas sûre qu’ils prendront ce risque, d’autant plus que Bart De Wever aura peut-être besoin de cette semaine pour conclure son accord."
Mais pourquoi faut-il éviter absolument ces douzièmes provisoires ? "Les douzièmes provisoires, c’est le budget qu’on voit typiquement quand il y a un gouvernement en affaires courantes après des élections, répond l’ancienne secrétaire d’Etat au Budget. C’est tout simplement, pour le dire en langage courant, un 'copié-collé' du budget de l’année d’avant. Cela veut dire qu’il n’y a aucune nouvelle économie qui va se faire, puisque les économies ont été réalisées l’année d’avant et que l’on va reprendre ce budget-là. Cela veut donc dire de l’immobilisme. C’est ce qu’on a connu cette année. J’avais fait le calcul à l’époque et j’ai calculé que cela nous a coûté environ un milliard d’euros parce que les dépenses, elles, continuent d’augmenter."
Il ne faut pas oublier les marchés financiers. Ils nous regardent.
Pour Alexia Bertrand, un nouveau budget en douzièmes provisoires serait du jamais-vu. "Ce que Bart De Wever a fait l’année dernière avec trois mois de 12e provisoire alors qu’il y avait un gouvernement de plein exercice, c’était quasiment inédit dans l’histoire. Le faire une seconde fois, c’est d’autant plus inédit. Et puis, il ne faut pas oublier les marchés financiers. Ils nous regardent. […] Aujourd’hui, c’est un très mauvais signal parce qu’ils tiennent compte de tout cela. Ils regardent, est-ce que ce gouvernement est encore en capacité de déposer un budget qui va améliorer les finances belges ou pas ? Et s’ils ne croient pas dans la capacité de ce gouvernement, il y a un risque qu’il dégrade notre note de crédit."
Pour la députée, il faut absolument éviter "l’effet boule de neige". "C’est vraiment quand la dette s’emballe et qu’on se trouve dans une situation très compliquée parce que les taux d’intérêt augmentent plus rapidement que notre croissance."
Pour faire monter la pression, Bart De Wever a formulé une comparaison à la Chambre ce jeudi :
Nous avons une plaie infectée qui ne cesse pas de s’aggraver. Il faut la désinfecter le plus vite possible. Et oui, cela pourrait piquer. Mais cela n’a aucun sens de s’en prendre au désinfectant. Parce que l’alternative, c’est l’amputation. Ce n’est dans l’intérêt de personne, quelle que soit sa sensibilité idéologique.
Pour Alexia Bertrand, plus que des paroles, il faut maintenant des actes. "Notre Premier ministre a certainement l’art de la formule", réagit-elle. "Il a parlé cette semaine aussi du 'mur des ténèbres'. Ce sont toujours des métaphores extrêmement sombres, mais quand il les utilise, c’est d’autant moins compréhensible qu’il n’arrive pas à venir au Parlement avec un accord. Et aujourd’hui, c’est sa responsabilité. Donc, que la situation soit difficile, bien sûr, tout le monde le sait et on le partage. Mais ce qu’il devrait dire, c’est qu’il y a un chemin, il y a de la perspective, il y a moyen de réaliser ce budget, il y a moyen de trouver 10 milliards."
Quelle est la vision d’Anders sur ce nouveau budget compliqué à conclure ? "En tout cas, pas de nouveaux impôts", rétorque Alexia Bertrand. "Aujourd’hui, on a un État qui est trop gras, il faut dégraisser l’État, il y a encore des tas d’économies à faire sur l’État. Par exemple, on a plus de fonctionnaires que dans d’autres Etats de l’Union Européenne. D’ailleurs l’Union Européenne nous dit, si vous étiez plus efficace, vous pourriez gagner 3% de PIB. 3% c’est énorme, c’est bien plus que 10 milliards d’euros. Les chiffres sont mathématiques. Nos soins de santé, pour prendre un exemple, coûtent 20 à 30% plus cher que la moyenne des pays européens qui donnent la même qualité de soins et de services. Pourquoi est-ce qu’on paye pour la même qualité de soins qu’on trouve dans d’autres pays 20 à 30% plus cher ? Ça veut dire qu’il faut réformer nos soins, ça veut dire qu’il faut arrêter la surconsommation, le gaspillage, la surconsommation de médicaments et d’examens, tout en gardant notre beau système de soins de santé."
Si vous augmentiez de 1 euro dans l’ensemble des disciplines de soins de santé, cela ferait un demi-milliard en plus pour les caisses de l’État
Dans cette optique, la députée invite à davantage réglementer le ticket modérateur à 1 euro – la part qui reste à charge du patient lors d’une intervention médicale - qui profite, selon elle, à 2,6 millions de Belges. "Si vous augmentiez de 1 euro dans l’ensemble des disciplines de soins de santé, cela ferait un demi-milliard en plus pour les caisses de l’État", calcule-t-elle. "M’expliquer que passer de 1 euro à 4 euros, cela va ralentir les soins, c’est une absurdité. Je peux vous dire qu’un ticket de cinéma, c’est plus cher aujourd’hui qu’aller chez le médecin."
Idéologiquement, sur le plan socio-économique, Anders n’est pas très éloigné de la N-VA, qui se trouve aujourd’hui dans le gouvernement fédéral. Mais, pour Alexia Bertrand, les choses ont changé. "Je me demande souvent ce qu’il est advenu de la N-VA. Eux qui disaient qu’on a déjà atteint le maximum de taxes possibles dans ce pays qui est un des plus taxés au monde. Nous, nous sommes des libéraux et nous sommes très clairs : comme les libéraux francophones, nous disons ça suffit les impôts. […] C’est aujourd’hui, quand on va avoir sa déclaration fiscale, que l’on va commencer à sentir cela. Ce sont les indépendants, les PME, mais aussi la classe moyenne qui va le sentir."
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