"La réalité, c’est qu’on n’a pas encore négocié sur le fond des choses" déclare Yvan Verougstraete, président du parti Les Engagés, dans Jeudi en Prime

"Ce dont la population a besoin aujourd’hui, c’est d’un budget juste et crédible"
Le temps presse pour boucler le budget fédéral. Bart de Wever a estimé que les partis de la majorité sont dans "les arrêts de jeu". Face à l’urgence, Yvan Verougstraete tempère et estime que "Cela vaut la peine de prendre quelques jours de plus si nécessaire", pour un "équilibre fait de mesures crédibles".
Y a-t-il un problème de méthode dans le chef du Premier ministre ? Le président du parti Les Engagés ne le pense pas : "Je pense que l’exercice est vraiment compliqué. C’est difficile parce que chacun va devoir accepter des concessions qui ne font pas partie de notre programme […] On doit prendre des responsabilités qui auraient dû être prises par le passé". En exemple, il cite la meilleure prise en compte du vieillissement de la population.
Où en sont les négociations pour un budget fédéral ?
"La réalité, c’est qu’on n’a pas encore négocié sur le fond des choses, qu’on n’a pas réussi à définir un cadre, les fondations de ce que l’on doit construire. On n’a pas réussi à définir où on placerait exactement les murs, quelles étaient les grandes masses acceptées par les uns et par les autres. Et donc, on n’en est pas encore aujourd’hui à discuter de la couleur du carrelage". Yvan Verougstraete espère néanmoins une issue favorable dans les prochains jours.
Pour parler de la dette qui s’emballe, Bart de Wever parle de "mur des ténèbres". La Belgique emprunte à des taux de plus en plus élevés. Intenable pour notre pays ?
Il faut se rendre compte qu’aujourd’hui, les marchés financiers ont moins confiance en la Belgique qu’en la Grèce.
"Si on ne fait rien, à politique constante, on payera 54 milliards dans 10 ans pour rembourser les intérêts de la dette […] autant de moyens qu’on ne peut pas mettre dans la Défense, dans la police, dans la justice, dans l’enseignement, dans les soins de santé, dans les pensions. Ce sont des montants qui sont hallucinants".
Pour le président des Engagés, ce constat justifie les mesures et les économies de 10 milliards : "Si on ne fait rien, ça sera 54 milliards pour les banques".
Ce qui m’énerve parfois, c’est une opposition PTB, PS & Co qui est encore dans le déni. Face à la réalité, on peut faire deux choses : soit on la regarde en face, soit on se met la tête dans le sable
Pas de hausse de la TVA, un cadeau au MR ?
Pour Les Engagés, écarter cette hausse de la TVA peut avoir des conséquences "fâcheuses". "En enlevant la TVA, ça nous oblige à prendre d’autres mesures. Ça n’a pas fait disparaître le besoin".
"Si enlever la TVA, ça veut dire faire des efforts supplémentaires uniquement dans la santé, cela n’a pas de sens ! Est-ce que le ticket modérateur, ce n’est pas du pouvoir d’achat ? Est-ce que ce n’est pas du pouvoir d’achat de choses aussi essentielles que veiller à la santé de chacun et de chacune ? C’est là où je pense que, parfois, il y a un tout petit peu de raccourcis et de populisme".
Quid d’une taxe sur le capital et le gel des allocations sociales ?
Les Engagés sont-ils en faveur d’une taxe sur le capital ? "On demande quelque part de faire une union nationale par rapport à un défi qui est important" estime Yvan Verougstraete qui ajoute que "la volonté est de faire participer tous les revenus et de veiller à ce que chacun, en fonction de ses capacités réelles, puisse participer à l’effort".
Pourriez vous accepter qu’on gèle les allocations sociales si nécessaire ? "Je n’accepterai pas qu’on gèle les allocations sociales si un effort n’est pas fait sur l’ensemble et si tout le monde ne fait pas un effort".
Si demain on veut avoir une société qui fonctionne, qui ne se fracture pas, il faut qu’on veille à ce que chacun puisse continuer à fonctionner
Budget wallon : le virage libéral des Engagés ?
"Non" estime Yvan Verougstraete et défend la paternité du "bonus à l’emploi", un projet pour soutenir les plus petits salaires.
En ce qui concerne le subventionnement des maisons de repos, le parti estime avoir dû réaliser une concession : "On a accepté une diminution de l’indexation des maisons de retraite. À un moment donné, vous ne pouvez pas non plus tout exclure. Ce que nous avons choisi, c’est de préserver la plus grande masse qui sont les allocations familiales, les aides pour les personnes porteuses de handicap, l’accompagnement des seniors à domicile. Donc oui, on a fait des choix".
Jeunesse dans la rue : "cette colère, il faut pouvoir l’entendre"
Des professeurs qui manifestent, des élèves qui bloquent les écoles : ces scènes ont marqué ces dernières semaines et derniers mois. Cette colère est-elle alimentée par des mesures prises par la Fédération Wallonie-Bruxelles, et notamment par les Engagés ?
"Je ne dis pas que ce n’est pas un élément ou l’allumette qui peut faire exploser. Je comprends ça et je comprends aussi la colère, je comprends aussi que certaines décisions puissent ne pas être acceptées, mais je pense que le problème est plus profond que cela […] c’est une colère qui s’exprime par rapport au fait qu’on n’a pas pris les mesures par rapport au vieillissement. C’est une colère par rapport aux emplois qu’on perd aujourd’hui".
"Ceux aujourd’hui qui viennent casser, il faut pouvoir les punir"
Plusieurs débordements en marge de manifestations ont marqué les esprits ces dernières semaines. Yvan Verougstraete ne défend pas une approche purement sécuritaire mais de la "fermeté" : "ceux aujourd’hui qui viennent casser, il faut pouvoir les punir, il faut pouvoir veiller à les sanctionner et les enfermer si nécessaire. Je pense qu’on doit pouvoir entendre, y compris sur certains mineurs, de pouvoir avoir des bracelets électroniques avec un accompagnement, pas forcément parce qu’il n’y a pas assez de place en IPPJ, mais parce que ça pourrait être aussi la mesure la plus juste" estime le président de parti.
Budget, mouvements sociaux : "il faut absolument s’attaquer à ces causes structurelles"
"Par rapport à la Chine, il faut absolument changer notre fusil d’épaule et protéger les emplois, protéger l’avenir de nos jeunes ici et se battre contre les abus. Il faut absolument qu’au niveau belge, on travaille sur la transition énergétique pour récupérer notre indépendance, pour arrêter d’envoyer notre argent au Moyen-Orient. Il faut qu’on travaille sur l’intelligence artificielle et qu’on réfléchisse comment est-ce qu’on va la fiscaliser demain. On a des chantiers essentiels, il faut absolument qu’on s’y attaque rapidement et c’est pour ça qu’il faut terminer ce budget" estime le président du parti Les Engagés.
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