L’économie russe carbure à la guerre : des dépenses militaires à plein régime, le reste cale

La trajectoire économique de la Russie est saisissante. La Banque de Russie prévoit désormais une croissance du PIB de seulement 0,5% en 2026 — contre 5% encore en 2024. L’inflation reste élevée, oscillant entre 6 et 7% cette année, et la Banque centrale a maintenu son taux directeur à 21%. Dans ce contexte, la rente pétrolière, longtemps pilier de l’économie russe, n’est plus ce qu’elle était, malgré des prix du baril élevés depuis plusieurs mois.
L’industrie militaire, elle, tourne à plein régime. Les dépenses de défense ont bondi de 30% au premier semestre et absorbent désormais près de la moitié du budget fédéral. Si la guerre a longtemps soutenu l’activité économique via les commandes publiques, elle mobilise en parallèle une part croissante des ressources du pays (financières, en matières premières et en main-d’œuvre) au point d’étouffer progressivement le secteur civil.
L’effort de guerre étouffe les dépenses civiles
Les arbitrages budgétaires sont sans appel ; les dépenses jugées non prioritaires : infrastructures, santé, éducation ont été amputées d’un tiers, tandis que les impôts sur les entreprises et les ménages continuent d’augmenter année après année. Moscou a longtemps déjoué les pronostics d’effondrement économique, les colossales dépenses militaires ayant paradoxalement stimulé la croissance. Mais ce modèle montre aujourd’hui ses limites.
Car si la guerre a pu faire office de carburant économique, les hydrocarbures, eux, constituent la véritable manne financière du Kremlin. Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, les Européens ont progressivement fermé le robinet du pétrole russe, les sanctions ont frappé les banques, les entreprises occidentales ont quitté le pays. Mais la Russie a bénéficié d’un amortisseur de taille : l’explosion des prix de l’énergie. Sur les six premiers mois de la guerre, elle a engrangé près de 160 milliards d’euros de revenus pétroliers et gaziers, avant de réorienter ses flux énergétiques vers l’Asie et la Chine en particulier.
Le paradoxe européen : les robinets encore ouverts
L’Europe, pourtant, n’a pas totalement tourné le dos au gaz russe. L’UE a bien adopté un plan de sortie : au 1er janvier 2027, toute importation de gaz naturel liquéfié russe sera interdite, et fin 2027, les gazoducs fermeront à leur tour. Mais d’ici là, les robinets restent ouverts. En juillet dernier, 100% du gaz naturel liquéfié importé au terminal de Zeebruges provenait de Russie. Depuis le début de l’année, ces importations ont rapporté 6 milliards d’euros à Moscou.
Ces recettes sont pourtant appelées à se réduire. Car même si les prix élevés de l’énergie gonflent les rentrées, une partie des gains est annulée par la baisse des volumes de production pétrolière. Pour la première fois en près de vingt ans, le Kremlin a revu à la baisse ses prévisions de production pour la période 2026-2029 : entre 16 et 20 millions de tonnes de pétrole en moins chaque année.
Drones ukrainiens et sanctions : le double coup dur sur le pétrole russe
Cette contre-performance du troisième producteur mondial d’or noir s’explique par deux facteurs conjugués. D’abord, les frappes de drones ukrainiens, qui touchent le territoire russe de plus en plus en profondeur : depuis l’an dernier, Kiev cible systématiquement les infrastructures pétrolières, en particulier les raffineries et les terminaux d’exportation dans les ports. Ensuite, les sanctions occidentales ont contraint Moscou à vendre son pétrole en Inde et en Chine avec d’importants rabais, réduisant les marges et donc les investissements des compagnies pétrolières alors même que les puits vieillissent et que de nouvelles infrastructures seraient nécessaires.
Le résultat est sans appel : les recettes pétrolières et gazières ont chuté de près d’un quart au premier semestre par rapport à la même période en 2025. Le pétrole n’offre plus le répit espéré.
Des réserves qui s’épuisent, une économie à bout de souffle
À ce tableau s’ajoute l’assèchement progressif des réserves financières. Depuis l’éviction des investisseurs occidentaux, les banques russes sont devenues les principaux acheteurs de la dette publique, par laquelle l’État finance ses dépenses militaires. Or elles disposent de moins en moins de ressources pour jouer ce rôle.
L’économie russe montre ainsi des signes d’épuisement de plus en plus visibles, et ce sont les Russes ordinaires qui en paient le prix au quotidien. Une certitude, pourtant rien de tout cela ne se traduira dans les urnes ce week-end.
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