On les croyait oubliées au fond de l’eau : les épaves des guerres mondiales commencent à poser problème

Si je vous dis « galion échoué au fond d'un aquarium », vous voyez bien à quoi je fais référence. Mais saviez-vous qu'il existe environ 2 000 de ce type d'habitats au fond de nos océans ? Des bâtiments désaffectés de la marine ou même des wagons du métro new-yorkais qui servent de récifs artificiels à la faune locale. Ceux-là, au moins, sont débarrassés de leurs matériaux toxiques.
En 1845, deux navires taillés pour affronter la banquise quittent l’Angleterre pour forcer le mythique passage du Nord-Ouest. À leur bord, 129 hommes commandés par Sir John Franklin. Aucun ne reviendra.... Lire la suite
Ceux qui ne sont pas coulés volontairement, en revanche, peuvent menacer les écosystèmes marins. Selon les estimations de l'Organisation maritime internationale, le fond des océans serait jonché de plus de 3 millions de ce type d'épaves.
Il y a dix ans, un plongeur danois, Gert Normann Andersen, a retrouvé l'une d'entre elles en mer du Nord : un sous-marin allemand baptisé UC-30. Lorsqu'il a sombré en avril 1917, au coeur de la Première Guerre mondiale, il a emporté avec lui 18 mines et 6 torpilles. L'équivalent de 3 000 à presque 5 000 kilos d'explosifs. Et il figure aujourd'hui parmi les navires étudiés dans le cadre du vaste projet de recherche NorthSeaWrecks.
Quand les vestiges de la guerre empoisonnent la mer
L'équipe a recensé 10 127 épaves rien que dans les eaux danoises. Environ 15 % rattachées à l'une ou l'autre des deux guerres mondiales. Il est question de millions de tonnes de munitions et d'agents de guerre chimique, sans parler du fioul de soute ou d'autres cargaisons dangereuses.
Des prélèvements et vidéos réalisées par des plongeurs de la marine autour de l'UC-30 révèlent aujourd'hui ce qui pourrait devenir une catastrophe écologique : des matières explosives provenant de l'épave qui se diffusent dans le milieu marin environnant. Dans le Marine Pollution Bulletin, les chercheurs de l'université d'Aarhus (Danemark) évoquent des mines abîmées par la corrosion et rapportent que des traces de TNT ont été retrouvées dans la faune, les sédiments marins et la colonne d'eau.
Mais quelle est l'ampleur du phénomène et jusqu'où cette pollution affecte-t-elle le milieu marin ?
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Il y a trois siècles, un trésor de presque 400 millions de dollars sombrait au large des rives de la Floride. Une fraction de cette cargaison était récupérée en 2015, avant que les autorités américaines ne réalisent qu’une partie avait été volée lors de la mission d’excavation.... Lire la suite
Déjà les chercheurs rapportent des altérations de l'activité enzymatique, des perturbations métaboliques et une réduction des réserves énergétiques nécessaires à des processus biologiques essentiels comme la reproduction chez les moules qu'ils ont étudiées.
Et la question est d'autant plus cruciale que les options de décontamination qui s'offrent aux gouvernements sont minces.
Les épaves de navires échouées au fond des océans deviennent parfois de hauts lieux du tourisme de plongée. Elles peuvent aussi attirer la biodiversité. Mais elles cachent, pour certaines, un danger que les scientifiques commencent juste à cerner. © Sven Bachstroem, Adobe Stock
Renflouer les épaves n’est pas simple
L'Allemagne a déjà consacré des fonds importants au renflouage de certaines épaves et à la récupération de munitions de la Seconde Guerre mondiale en mer Baltique. Il faut dire qu'il y a de quoi faire. Après les deux grands conflits mondiaux, les gouvernements se sont débarrassés de millions de tonnes de surplus d'armement en les immergeant en mer ou en les chargeant sur des navires vétustes sabordés.
Le saviez-vous ?
Les épaves de navires de guerre peuvent constituer une réelle menace pour la navigation, la construction d’installations en mer et la pose de câbles sous-marins. Entre 1945 et 2014, au moins 418 personnes ont trouvé la mort et 680 autres ont été blessées dans les eaux de la mer du Nord et de la mer Baltique à la suite d’un contact avec des munitions englouties.
On n'a pris conscience que plus tard que les épaves se dégradent au fil du temps et libèrent des substances toxiques dans le milieu marin.
Tenter de détruire les explosifs sur place n'arrange rien. L'onde de choc a tendance à disperser les contaminants dans l'eau et à aggraver ainsi la pollution plutôt que de résoudre le problème.
Les épaves de bateaux peuvent servir de refuge à la faune marine. Surtout lorsque les navires étaient faits de bois. Ici, des anémones plumeuses (Metridium senile), une anémone rose (Bolocera tuediae) ainsi qu’une profusion d’hydroïdes, de bryozoaires et de tubes de vers colonisent la poupe en bois de l’épave du Portland qui a sombré en 1838. © Marine Imaging Technology, Woods Hole Oceanographic Institution
Comment désamorcer la bombe ?
Reste l'option robots sous-marins. Ils pourraient, dans un premier temps, aider les chercheurs à surveiller de plus près l'état de dégradation des épaves. Puis, permettre de cartographier l'emplacement précis des munitions menaçantes. Mieux encore, ils pourraient, en cas de risque avéré de pollution, réussir à remonter ces munitions à la surface où elles seraient détruites de manière sécurisée.
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Quelle que soit l'option retenue, ces travaux mettent en lumière l'héritage écologique des activités de guerre. Et ils attirent l'attention sur les 60 à 100 navires qui coulent encore chaque année dans le monde à la suite de collisions, de conditions météorologiques défavorables ou à cause de coques trop vétustes. Eux aussi laissent échapper du fioul et des produits chimiques, ainsi que des matières plastiques susceptibles de persister dans l'océan pendant des siècles.
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