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Wednesday, September 30, 2026

Ballets Africains: Camara Abdoulaye, le maître de la flûte parlante

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Depuis leur création en 1952, les Ballets Africains de Guinée, jadis composés d’artistes de plusieurs pays d’Afrique, sont devenus le symbole d’un renouveau de la culture africaine. Après un arrêt de vingt ans, la troupe revit. Elle a présenté la première européenne du nouveau spectacle Mansa Moussa, Roi d’or, à Limoges, en France, à l’occasion des Zébrures, festival des écritures et des créations théâtrales francophones qui se poursuit jusqu’au 3 octobre. Entretien avec Camara Abdoulaye, le maître de la flûte parlante au Ballet National de Guinée, les Ballets Africains.

Mansa Moussa – Roi d’or nous amène dans l’empire du Mali du XIVe siècle, bien loin du colonialisme, de l’esclavage, des guerres ou du racisme, thèmes abordés dans de nombreuses autres pièces des Zébrures. C’est une épopée grandiose qui fait vivre la richesse, la puissance, le prestige et la quête spirituelle d’un roi qui a voyagé en Côte d’Ivoire et au Sénégal, mais aussi traversé avec sa caravane le désert du Sahara pour rejoindre l’Égypte et réussir son pèlerinage mythique à La Mecque, en 1324. « C’est l’histoire d’un souverain, d’un empire, d’un peuple et d’une civilisation qui ont joué un rôle majeur dans l’Histoire du continent africain et du monde. »

RFI : Avec une trentaine de danseurs et danseuses, de musiciens et musiciennes, de chanteurs et de chanteuses et d’acrobates, vous faites partie des Ballets Africains. Qui était Mansa Moussa, considéré comme l’un des hommes les plus riches de l’Histoire ?

Camara Abdoulaye : Mansa Moussa a vécu à une époque où nous n’étions pas nés. C'était le roi d'or qui avait conquis le monde et partagé l’or avec tous ceux qui marchaient avec lui. C'était le roi le plus humble et le plus gentil. Donc du coup, à chaque passage dans les pays qu’il a traversé, il a distribué de l’or.

En dehors de l’Afrique, peu connaissent ce roi d’or et sa richesse incroyable. Au Guinée, au Mali, est-il encore connu aujourd’hui ? Son règne, est-il encore enseigné dans les écoles ? Son héritage, est-il encore vivant dans la culture guinéenne et malienne ?

Oui, il est encore vivant dans notre culture. Nos parents nous ont expliqué l'histoire de Mansa Moussa. Il venait du Mali, mais il avait marché dans beaucoup de pays. Il avait parcouru le monde. Il a voyagé dans toute une partie de l'Afrique. Par sa grandeur, il distribuait l’or. En même temps, il était humble et bien entouré. Son frère était roi avant lui, mais il voulait aller visiter le monde. Il s’est dit : « N’y a-t-il pas quelque chose au-delà de la mer ? Il faut que je parte là-bas ». Du coup, son frère est parti et n'est plus revenu. Il a donné le royaume à Mansa Moussa. Et grâce à sa richesse d’or, il a pu voyager dans beaucoup de pays et visiter le monde.

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Les Ballets Africains, que représentent-ils pour vous ? Comment avez-vous rejoint les Ballets Africains ?

Depuis tout petit, depuis que j'apprenais la musique, je rêvais d'être un élément des Ballets Africains. Je voulais participer, partager mon savoir à travers les gens des Ballets Africains. Moi, je suis le quatrième flûtiste aux Ballets africains. Il y a le père de mon maître qui était passé, après mon maître Mamady Mansaré [maître de la flûte parlante, ancien sociétaire des Ballets Africains de Guinée, NDLR] est passé. Après, il y avait son frère. Moi, je suis aujourd’hui le quatrième flûtiste des Ballets Africains.

Quand j’étais enfant, je ne faisais pas de musique, je regardais la télé. C'est grâce aux Ballets Africains que je fais de la musique. J’ai appris la musique dans une école de réinsertion pour enfants déshérités, parce que mes parents sont pauvres. Il y a un centre, une école de flûte. C'est grâce à eux que j'ai pu commencer à apprendre la musique. C'est là-bas que j'ai commencé à lire, à écrire… Tout ce que je fais aujourd'hui, c'est grâce à l'école. Du coup, un jour, j'ai décidé, grâce à mon art, je vais intégrer les Ballets Africains. J’ai fait un casting et puis, on m’a pris.

Scène du spectacle des Ballets Africains : « Mansa Moussa, Roi d’or », présenté en première européenne aux Zébrures, festival des écritures et des créations théâtrales francophones, à Limoges.
Scène du spectacle des Ballets Africains : « Mansa Moussa, Roi d’or », présenté en première européenne aux Zébrures, festival des écritures et des créations théâtrales francophones, à Limoges. © Christophe Péan / Les Zébrures

Sur scène défilent des tableaux habités par la somptuosité des danses, des chants, de la beauté de la musique et le grand savoir de cette époque largement inconnue en Occident. Des magnifiques costumes font allusion aux cérémonies royales. Les balafons, koras, ngonis, djembés font vivre de façon spectaculaire et sublime cette période historique…  Quel est votre rôle en tant que flûtiste ?

C'est un plaisir pour moi de faire partager cette histoire, de faire vivre l’histoire de Mansa Moussa au public, une histoire qui a été souvent oubliée depuis longtemps. Nous sommes très contents de relancer l'histoire de Mansa Moussa pour que tout le monde puisse savoir qui est ce roi d’or. Mon rôle ici, c’est celui de l’esprit. Je suis l'esprit de cette troupe, parce que le son de la flûte est très, très sensible. Même s’il y a beaucoup de bruit, quand tu joues la flûte, ça calme. Donc moi, je suis l'esprit dans cette pièce… et le crieur public.

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Le programme nous promet « une épopée de pouvoir, de voyage, de foi et d’héritage ». Pour reconstituer l’histoire et l’ambiance de l’époque de Mansa Moussa, avez-vous utilisé des partitions historiques, des éléments transmis par les contes ou les musiques de cette époque ?

Oui. Mansa Moussa marchait avec son djeli, son griot, ce gardien de la tradition orale qui transmet l’histoire de génération en génération. Et le griot marchait avec son musicien… Donc on a pu rechercher ça, nous sommes allés aux villages pour chercher des vraies histoires.

La musique du spectacle est-elle reliée à la musique, aux mélodies, aux rythmes du XIVe siècle de Mansa Moussa ?

Oui, parce que c'est le rythme mandingue qui est joué depuis fort longtemps. Donc c'est ça qu'on est en train de rejouer. Ainsi, les gens vont savoir ce qui s'est passé à l’époque.

Comment voyez-vous votre avenir avec les Ballets Africains ?

Pour moi, les Ballets Africains, c'est ma vie, parce que j'avais le rêve d’y participer, de venir aux Ballets Africains. Je vais tenir mes deux mains pour que cela reste comme ça. Je suis très fier d'être un élément des Ballets Africains.

Les Zébrures, festival des écritures et des créations théâtrales francophones, ont lieu à Limoges, du 23 septembre au 3 octobre 2026.

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