Faible risque de tumeur après la prise de contraceptifs à base de désogestrel : "Il n’y a pas lieu de s’alerter, mais il faut rester vigilant"

C’est un risque "très faible", mais bel et bien avéré. En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) alerte les femmes et médecins sur le risque accru chez les femmes ayant suivi un traitement hormonal avec des contraceptifs à base de désogestrel de développer une tumeur, bénigne dans 90% des cas : le méningiome.
Il s’agit d’une tumeur des méninges – les membranes protectrices qui enveloppent le cerveau – qui, en se développant, peut comprimer le cerveau, affectant ainsi le fonctionnement de celui-ci.
Des cas assez rares
1,6 million de Françaises et 90.000 médecins recevront ce mois-ci une lettre les informant du risque accru pour les femmes ayant suivi un traitement hormonal à base de désogestrel de développer un méningiome.
Doit-on cependant craindre de nombreux cas de méningiome chez les personnes suivant ce traitement hormonal ? Catherine Scorey, membre du Collège Royal des Gynécologues-Obstétricien·ne·s de Langue Française de Belgique, se veut rassurante : "C’est un risque que l’on connaît depuis longtemps et les chiffres sont très faibles", explique-t-elle.
Selon une étude du groupement d’intérêt scientifique EPI-PHARE, citée par l’ANSM, une femme sur 67.000 suivant un traitement à base de désogestrel seul (75 μg) développe un méningiome lié à ce contraceptif.
Les risques augmentent cependant à 1 cas sur 17.000 lorsque l’exposition est supérieure à 5 années. À noter également qu’en cas d’exposition antérieure à un progestatif à risque de méningiome, le risque devient significatif dès la première année d’utilisation du désogestrel seul. Enfin, il est à noter que les risques augmentent chez les femmes de plus de 45 ans.
Le nombre de cas de méningiomes attribuables à l’exposition au désogestrel, avec près de 1,3 million d’utilisatrices pour un mois donné en France, a été estimé à 15 par an.
Les experts indiquent que "le nombre de cas de méningiomes attribuables à l’exposition au désogestrel, avec près de 1,3 million d’utilisatrices pour un mois donné en France, a été estimé à 15 par an", un chiffre limité donc.
Sensibilisation
Si la très grande majorité de ces femmes ne développera pas de méningiome, l’objectif de cette lettre vise surtout à informer des risques et de sensibiliser à un suivi médical.
Pour les experts en charge de l’étude, il est important de rester vigilant quant à la délivrance de longue durée de pilules au désogestrel seul, notamment après l’âge de 45 ans.
Catherine Scorey précise néanmoins que "les méningiomes peuvent aussi apparaître chez les patients qui ne prennent pas la pilule. Ces pilules contraceptives ne sont pas forcément toujours la cause de ces méningiomes."
Des symptômes à surveiller
Si les cas de méningiomes provoqués par les contraceptifs à base de désogestrel sont rares, la détection précoce de ceux-ci peut être essentielle.
"Cette masse qui va se développer dans le cerveau va provoquer des symptômes comme des troubles visuels, des troubles de l’odorat, des vertiges, des maux de tête" révèle Catherine Scorey. L’ANSM note également d’autres symptômes tels que "des troubles du langage ou de l’équilibre, une faiblesse musculaire, des troubles de la mémoire et l’apparition ou l’aggravation d’une épilepsie."
En cas de symptômes, il est recommandé de consulter son médecin.
Des pilules aussi concernées en Belgique
En Belgique aussi, plusieurs pilules à base de désogestrel sont présentes sur le marché (Cerazette, Desirett, Desoceane, Desogestrel Besins, Desopop, Lueva, Nacrez, Marvelon, Mercilon, Gracial, Desolina, Desorelle, Lumivela Continu, …).
En juillet 2026, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé l’ajout du risque de méningiome dans la notice et dans le résumé des caractéristiques de ces produits.
Du côté de l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS), on assure être attentif à la situation : "Une communication directe a été envoyée aux professionnels de la santé, c’est-à-dire aux gynécologues, aux médecins généralistes et aux infirmiers et infirmières travaillant dans des centres de planning familiaux pour les informer d’une légère augmentation du risque d’un méningiome associé à l’utilisation actuelle et prolongée de ce type de contraceptif", explique Ann Eeckhout, porte-parole de l’AFMPS.
"L’utilisation de ces médicaments est désormais contre-indiquée chez les femmes qui sont atteintes d’un méningiome ou qui l’ont été. Et les femmes traitées par ces médicaments doivent faire l’objet d’une surveillance afin de détecter tous signes ou symptômes pouvant indiquer un méningiome", ajoute-t-elle.
Quelles recommandations et alternatives ?
Pour la plupart des femmes suivant ces traitements hormonaux, il n’y a pas nécessairement de mesures particulières à prendre. Le risque de méningiome est très faible et ces pilules à base de désogestrel restent fiables. Il n’est donc pas recommandé d’arrêter son traitement.
Pour Catherine Scorey, "il n’y a pas lieu de s’alerter, mais il faut rester vigilant". Il est donc recommandé de rester attentif aux différents symptômes pouvant indiquer un méningiome.
Vous pouvez par la suite discuter de votre traitement avec votre médecin ou gynécologue lors de votre prochaine consultation. D’ordinaire, la contraception doit être revue régulièrement dans la vie d’une femme au regard de son âge, de ses antécédents médicaux, de son mode de vie et de ses choix.
"Votre médecin ou gynécologue pourra, si vous le désirez, vous proposer des alternatives. Il y a des pilules qui contiennent des œstrogènes, mais elles présentent aussi d’autres risques tels que des thromboses, de phlébites ou des embolies, ce qui n’est pas forcément mieux", détaille Catherine Scorey.
D’autres moyens de contraceptions – hormonaux ou non – pourront aussi vous êtres proposés par votre médecin, tels que le dispositif intra-utérin (stérilet), l’anneau vaginal, l’implant, le préservatif ou encore d’autres moyens destinés au compagnon masculin comme l’anneau thermique ou le jockstrap.
Il est par ailleurs déconseillé d’arrêter sa contraception sans avis médical, ce qui entraînera de facto un risque de grossesse non désirée.
Agence française de sécurité du médicament et des produits de santé met à disposition du public une section "questions-réponses" si vous désirez vous informer davantage. Attention que cette section s’adresse à un public français et que certaines informations ne concernent pas la Belgique.
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