InquirerWATCH: Sara Duterte impeachment trial | Oct. 1, 2026CNN TürkTrump’tan dizel ihracatına yasak sinyali: Benzin fiyatları artabilirThe Jerusalem PostRubio orders Iran UNGA delegation to leave United States following stalled negotiations - reportPunchNigeria @66: Tinubu admits economic hardship, pledges to defeat povertyRTP DesportoCristiano Ronaldo deixa a Seleção NacionalBollywood HungamaAlia Bhatt joins Rami Malek, Sachin Tendulkar and Simone Ashley for a star-studded Earthshot Prize 2026 night in MumbaiХабрТеплицы на автопилоте: свет, шторы и вентиляцияSözcüSchengen ülkesinden bu Türklere vize kolaylığı: Başvurdukları gibi alacaklarSCMP ChinaMaxwell smart: new Chinese embodied model tops global AI ranking on physical tasksDaily MaverickESCAPE: Bangkok, a fever dream in neon and sepia, feeds hungry soulsThe Hollywood ReporterNetflix Spain Adds Films and Docs Curated by Streamer FilminVarietyGarin Nugroho, Mishima Yukiko, Qiu Jiongjiong Titles Among 15 in Tokyo Film Festival Competition
The Daily Newsstand · Free, Always
Thursday, October 1, 2026

De citoyens à consommateurs, ou quand la politique se réduit à une offre promotionnelle

Translate

Entendu vendredi dernier, lors du panel citoyen de l’émission matinale montréalaise de Radio-Canada Tout un matin : « Il y a beaucoup d’offres », remarque une citoyenne. « Votre feeling, à quelques heures, quelques jours du vote, c’est que, finalement, il n’y a pas grand-chose pour vous », reflète l’animateur à un des panélistes. Celui-ci enchaîne : « Y a-t-il vraiment quelque chose pour moi ? Est-ce que je vais vraiment payer moins d’impôt ? […] Dans ma vie, on va-tu vraiment m’apporter quelque chose ? » déclare-t-il, déçu de ne pas trouver ce « plus » qui améliorerait une situation personnelle, qui ne semble pourtant pas désespérée.

Cette réflexion, centrée sur le bénéfice personnel attendu d’une élection, reflète l’esprit du temps. À écouter les candidats, mais aussi de nombreux journalistes, analystes et chroniqueurs, on voit désormais la politique apparaître comme une vaste opération de marketing. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’accentue. Tout devient affaire de communication, de promotion, d’image de marque. Les partis politiques sont mis en marché comme autant de produits proposés à un électorat abordé comme un marché, une clientèle.

On cherche à nous vendre le choix des députés et du prochain gouvernement de la même manière qu’on nous vendrait un nouveau modèle de voiture ou un shampoing révolutionnaire. Dans cet univers où les partis politiques achètent l’expertise des communicateurs et des psychologues du comportement, le citoyen, livré aux astuces de la mise en marché, devient un consommateur à la recherche de la « marque politique » lui faisant « la meilleure offre ».

Cette approche s’accorde bien avec la « wedge politics » — expression traduite comme la « politique de la division » —, cette stratégie qui consiste à exploiter les différends entre les sous-groupes d’électeurs, souvent sur des sujets controversés ou des enjeux polarisants (comme l’immigration), pour obtenir un avantage électoral. Ici, on n’est pas loin du populisme.

Dans cette regrettable mise en scène, beaucoup de candidats, la plupart insignifiants, le plus souvent ambitieux pour eux-mêmes — nous en avons aussi chez nous, aux Îles-de-la-Madeleine —, font office de figurants offrant, pour reprendre de mémoire les propos de Pierre Foglia, « des solutions à des problèmes auxquels ils n’ont jamais réfléchi de leur vie ». Quelques-uns s’en tireront, d’autant plus s’ils ne sont pas de piètres communicateurs.

Pendant ce temps-là, les médias nagent dans ces eaux fétides comme s’ils ne s’en rendaient pas compte. Bien sûr, on ne peut pas leur demander de n’avoir que des Michel David, des Chantal Hébert et des Michel C. Auger. Mais force est de constater que de plus en plus de leurs gens couvrent et commentent la vie démocratique essentiellement sous l’angle de ce jeu stratégique, des coups d’éclat et de la performance médiatique, comme si c’était ça, la politique.

Prennent-ils la pleine mesure du phénomène ? de ses effets délétères ? En ces temps où la démocratie est mise à rude épreuve, font-ils tout ce qu’ils peuvent pour aiguiser la conscience de leur rôle et leur discernement ? Pas toujours, malheureusement.

Idéologies

On le voit bien, l’heure n’est plus à la délibération collective, au débat d’idées et aux grands rassemblements politiques qu’on dirait d’une autre époque. Et bonne chance pour trouver dans la parole politicienne une vision du présent et du futur de notre société et de notre monde, un projet de société. Dans ce cadre qui « floute » le fond de l’affaire politique, toute idéologie est devenue suspecte, dénoncée, diabolisée.

Certaines idéologies se portent pourtant très bien. Le néolibéralisme et le conservatisme vivent de belles heures, disposant actuellement de tous les enjeux politiques qui nous opposent les uns les autres — immigration, logement, niveau de vie, accès aux services en éducation et en santé, pauvreté, etc. — de manière à poser une menace pour à peu près tous les aspects de notre vie collective.

Dans le même temps, on fait l’impasse sur des enjeux déterminants pour notre avenir, à commencer par l’environnement, notre souveraineté technologique et les Premières Nations. Comme elle proscrit la science, cette droite franche jette désormais un discrédit sur la connaissance politique, une clé pourtant indispensable permettant de comprendre et de décoder le discours des politiciens, comme une des conditions essentielles d’un vote éclairé.

Avons-nous perdu le sens même de ce qu’est le politique ? Où est passé le sens du politique compris et vécu comme l’espace où, ensemble, nous affrontons les réalités et les problèmes qui touchent l’ensemble de la collectivité, au sens où l’entendent Philippe Boudreau et Claude Perron dans leur Lexique de science politique ? N’est-il pas cet espace qui nous amène à débattre, à faire des choix et à prendre des décisions dans l’intérêt collectif plutôt qu’en fonction de l’avantage particulier ?

Où allons-nous, comme société québécoise, alors que les citoyens que nous sommes, livrés aux manipulateurs de notre comportement de « consommateurs politiques », votent largement en fonction de leur intérêt individuel ?

View the original on Le Devoir →

KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.