Bertin Mampaka exhorte le député qui a appelé Julien Moinil à se dénoncer et à s'excuser

Sofia Cotsoglou : Le parlement bruxellois est sous le feu des projecteurs. Dans les couloirs, l'identité et la couleur politique du député qui a passé ce coup de téléphone occupe toutes les conversations et alimente rumeurs et suspicions. Est-ce que vous mesurez la gravité de ce qui s'est passé?
Bertin Mampaka : Oui, je suis moi-même un peu dépassé par l'importance, mais le sujet est très grave. Il s'agit quand même d'une transgression en termes de séparation des pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif. Séparation qui est la base même de notre démocratie.
Non, le procureur du Roi de Bruxelles n'est pas sorti de son rôle.
S. C. : Certains pointent aussi le procureur du Roi, Julien Moinil, qui aurait lui-même franchi une ligne en révélant ces faits publiquement. Partagez-vous cette analyse?
B. M. : Je ne suis pas de ceux qui jettent l'opprobre sur Julien Moinil, qui fait un travail exceptionnel en termes de lutte contre la criminalité de toute forme. Et non, le procureur du Roi de Bruxelles n'est pas sorti de son rôle. Je n'ai aucun jugement à émettre par rapport à lui.
On n'est pas dans une république bananière ici!
S. C : Dans un communiqué de presse, le parquet de Bruxelles précise que ce coup de téléphone ne constitue pas une infraction pénale et ne peut donc pas faire l'objet de poursuites judiciaires. Au parlement bruxellois, vous avez un code de déontologie interne, que dit-il par rapport au cas qui nous occupe?
B.M. : Le code de déontologie dit qu'il est interdit aux députés d'intervenir dans des affaires judiciaires. L'article 15 nous interdit de faire avancer une démarche ou d'accélérer une procédure, qu'elle soit judiciaire ou administrative. Sachez d'ailleurs que je suis moi-même sollicité quotidiennement par des citoyens pour toutes sortes de services. Les gens nous demandent toute une série de choses impossibles mais il nous appartient de rester dans notre rôle, celui de faire les lois. On n'est pas dans une république bananière ici!
S. C. : Le Parquet a donc dit qu'il n'y avait pas d'infraction. Autrement dit, le député n'aurait rien commis d'illégal. Mais si ce n'est pas illégal, estimez-vous que cela peut néanmoins être considéré comme immoral?
B.M. : En effet, ce n'est pas parce qu'il ne s'agit pas d'une infraction que c'est acceptable. Si des éléments nouveaux apparaissent tels qu'une prise d'intérêt illégal ou un trafic d'influence, alors, ça serait clairement condamnable. Il y a des peines qui sont prévues : cinq ans de prison, l'inéligibilité,... Mais je précise qu'on n'en est pas là et que le parquet a bien précisé qu'aucune infraction a été commise.
Si c'est moi qui avait passé ce coup de fil, je me serais excusé auprès de mes collègues parlementaires.
S. C. : En tant que président du parlement bruxellois, qu'attendez-vous concrètement de ce député?
B.M. : J'exhorte les chefs des groupes qui auraient cette personne chez eux à agir, afin de pouvoir protéger les 88 autres députés de notre assemblée. Des excuses devraient également être adressées à tous ces parlementaires. À titre personnel, si moi j'avais téléphoné au procureur Moinil pour lui demander ce genre de trucs, vu l'ampleur que prend le débat, je me serais excusé auprès de mes collègues parlementaires.
S. C. : Vous êtes membre du MR. Si c'était quelqu'un du Mouvement réformateur qui avait téléphoné au procureur du Roi, tiendriez-vous le même discours?
B. M. : La loi s'applique pour tout le monde. Je pense que le Mouvement réformateur sera tout à fait implacable et impitoyable dans l'exemplarité. Ce n'est pas une anecdote de téléphoner à un procureur pour demander de libérer un prisonnier, quelle que soit l'erreur que le prisonnier ait commise.
Apparemment, certains parlementaires n'ont pas lu le code de déontologie.
S. C. : Quelles mesures concrètes avez-vous prises en tant que président du parlement buxellois?
B.M. : Ce matin, j'ai réuni les chefs de groupe pour convenir d'une communication commune. Mais je compte renvoyer à chaque parlementaire, en tant que président, le code de déontologie du parlement bruxellois en versions papier et numérique. De manière à ce que personne ne puisse dire "je ne l'ai pas lu". Les secrétaires politiques et les chefs de groupe seront également destinataires de cet envoi.
Mais ils le connaissent déjà, ce code, non? Nul n'est censé ignorer la loi... et encore moins ceux qui la font.
Oui mais apparemment, il y en a certains qui n'ont pas tout lu. J'ai moi-même porté ce code envers et contre tous, y compris face aux résistances de l'administration et de certains groupes politiques, avant de le faire adopter en plénière il y a un an. Ce n'était pas gagné mais mon rôle est de m'assurer qu'il soit bien respecté.
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