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Tuesday, September 29, 2026

Opération Gutt : quand l’État a emprunté de force l’argent des citoyens pour limiter la dette publique

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Peu connue du grand public, "l’Opération Gutt" a pourtant marqué l’histoire monétaire de la Belgique. Initiée par le ministre des Finances de l’époque Camille Gutt, elle avait notamment pour objectifs de limiter la quantité de billets en circulation et de financer la reconstruction du pays.

L’importante dette publique après la Première guerre mondiale

Les deux guerres mondiales ont eu un impact important sur l’histoire des finances publiques. Touchée sur l’entièreté de son territoire, la reconstruction de la Belgique a coûté cher. Mais en 1918, le gouvernement de l’époque sait directement où aller chercher l’argent : l’Allemagne. Lors de la signature du Traité de Versailles en 1919, le pays est en effet lourdement sanctionné et se voit contraint de payer les Alliés pour les dommages causés. Sauf que dans le cas belge, les réparations allemandes n’arriveront jamais. "Il y avait cette attente de la part des gouvernants belges que la dette soit intégralement payée par l’Allemagne. Ce ne sera pas le cas. Et ça va être le début d’une bonne dizaine d’années d’une instabilité très très forte", contextualise Kenneth Bertrams.

À la sortie de la guerre, les finances publiques belges sont exsangues, le pays a du mal à emprunter, mais en plus, sur le plan monétaire, la monnaie est instable dans un contexte d’inflation. Le gouvernement belge va donc se tourner vers les Américains pour obtenir de quoi reconstruire le pays. Les prêts contractés vont placer la Belgique dans une situation de dépendance vis-à-vis des États-Unis, mais aussi de subordination puisque les banquiers américains vont exiger un droit de regard sur les finances de l’État belge.

La fin de la Seconde Guerre mondiale : un triple problème pour les finances belges

En 1944, le gouvernement belge refuse de se retrouver à nouveau à la merci des Américains. Notons que le contexte économique est aussi un peu moins difficile que 20 ans auparavant, car l'industrie belge a continué à fonctionner. Le ministre des Finances de l’époque, Camille Gutt, planche donc sur une autre solution que l'appel aux capitaux étrangers. Et il vient ainsi répondre à un triple problème : 

  • Pendant la guerre, les Allemands avaient produit beaucoup plus de billets. Au terme de quatre ans de guerre, la masse monétaire est ainsi triplée alors que les biens se raréfient. Soit un aller direct vers l’hyperinflation
  • Le pays est aussi confronté à une masse d’argent sale, gagné par la collaboration avec les Allemands. Le gouvernement belge souhaite contrôler et récupérer cet argent dans les caisses de l’État
  • La reconstruction demande des fonds.

Les gouverneurs de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international tiennent, le 16 septembre 1949, leur 4e session annuelle au Schoreman hôtel à Washington. Aparté entre, dans l’ordre, Camille Gutt, alors Directeur général du Fonds monétaire Intern © AFP via Belgaimage

Création de nouveaux billets

En octobre 1944, tous les Belges sont donc appelés à la Banque Nationale pour venir échanger leurs billets de plus de 100 francs belges contre de nouveaux. L’argent non échangé est considéré comme périmé.

Sauf que, si quelqu’un arrive avec 50.000 francs belges à la Banque Nationale, il ne pourra repartir qu’avec 2000 francs en nouveaux billets. Le reste se retrouvera bloqué sur son compte. Cet argent bloqué continue à appartenir aux citoyens, mais l’État va directement venir y prélever l’impôt, voire le confisquer quand il est déclaré comme mal acquis. Au fil des années, l’État va progressivement libérer 40% de cet argent placé sur les comptes, et les citoyens vont pouvoir venir le retirer.

Les 60% restants sont convertis en un emprunt forcé à l’État, avec un taux de 3,5%. "Ça a été perçu comme étant extrêmement autoritaire, mais c’était le prix à payer d’après Gutt et les autorités pour relancer la Belgique sans qu’il y ait un système d’endettement et de dépendance par rapport aux autres. Et ça va fonctionner", explique Kenneth Bertrams.

La plan Gutt, "un coup de génie" pour la postérité

"Alors, vous l’imaginez, le plan Gutt n’a pas été très bien accueilli par la population belge, c’est le moins qu’on puisse dire, mais au niveau monétaire et financier, c’est un coup de génie." souligne Kenneth Bertrams. Ce plan va en effet permettre à l’économie belge de redécoller, ce qu’on a appelé "le miracle belge". Et ce, avec une dépendance étrangère limitée.

Notre pays souscrira tout de même au Plan Marshall, mais, selon le professeur de l’ULB, plus pour raisons politiques qu’économiques : "C’est pour bien montrer que la Belgique fait partie de cette grande épopée européenne. Paul-Henri Spaak, très atlantiste, insiste sur l’importance de participer. Et donc, c’est de manière tout à fait modeste que la Belgique va entrer dans cette équipe et, par rapport à l’Angleterre, l’Allemagne ou la France, la Belgique va recevoir très peu de crédits du plan Marshall et ne va pas être dans une logique de remboursement des prêts". En revanche, notre pays continuera à rembourser ses prêts contractés dans les années 20.

► Découvrez aussi comment la dette belge est arrivée dès la construction du pays en écoutant l’entièreté du podcast des Clés ci-dessus ou sur Auvio.

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