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Saturday, October 10, 2026

Chiens dangereux | « Je revis l’attaque dans mes cauchemars »

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Les aînés sont – avec les enfants – les victimes les plus vulnérables aux graves morsures de chiens.

Publié à

Chaque nuit ou presque depuis mai dernier, Louise Collette se réveille en sueurs.

La femme de 79 ans s’est fait mordre au visage par un chien imposant – un mélange de rottweiler et de pitbull, décrit-elle – croisé dans le corridor de son immeuble résidentiel de l’est de Montréal. « Je revis l’attaque dans mes cauchemars. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Louise Collette

Le chien, qui appartenait au fils d’un de ses voisins de palier, lui a complètement arraché la lèvre supérieure alors qu’elle s’était penchée pour le flatter. Elle l’avait déjà vu dans l’immeuble, car selon ses dires, son voisin âgé le gardait souvent.

« Il avait l’air gentil », dit cette amoureuse des animaux qui possède le même chat depuis 24 ans.

La violence et la rapidité de l’attaque l’ont prise par surprise. « Je criais, mais sur le coup, je ne réalisais pas à quel point c’était grave », raconte-t-elle. Saignant abondamment, elle a demandé un miroir pour vérifier les dommages.

Alertés par les cris, d’autres voisins sortis dans le corridor ont refusé de lui en tendre un, l’air horrifié. La femme âgée avait un trou béant au-dessus de la bouche. On pouvait entrevoir une partie de sa gencive supérieure.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

C’est dans ce corridor que l’attaque est survenue.

Le morceau manquant n’a jamais été retrouvé, possiblement avalé par la bête.

Chirurgienne plasticienne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, la Dre Dominique Tremblay opère beaucoup de personnes âgées comme Mme Collette.

Ces patients vulnérables se font souvent mordre en tentant de « défendre leur petit chat ou leur petit chien » contre un plus gros chien. Ils sont frêles, mais vont venir à leur rescousse, car ce petit animal représente « toute leur vie, la seule famille qu’ils ont », raconte la médecin.

La Dre Dominique Tremblay explique qu’elle a dû reconstruire une partie du visage de Mme Collette tellement les dommages étaient grands. « On est habitués, décrit la médecin. On le fait dans des cas de cancer, mais ça laisse des cicatrices. Sans compter le côté traumatique de l’expérience. »

Déjà, lorsqu’elles se font mordre, les personnes âgées risquent de chuter car elles ont moins d’équilibre, ce qui peut aussi entraîner des fractures. Elles doivent être hospitalisées plusieurs jours avec tous les risques que cela comporte d’être alité quand on a 70, 80 ou 90 ans.

Mme Collette a été hospitalisée quatre jours. Durant un mois et demi, elle a dû s’alimenter à la paille de nourriture liquide. « Je suis devenue faible », raconte-t-elle. La femme, frêle et vivant seule, a perdu une quinzaine de livres depuis l’attaque.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Derrière Louise Collette, on peut voir une pancarte de la Ville de Montréal signalant la présence d’un chien dangereux installée au balcon de l’appartement où vivait le chien qui l’a agressée.

« Parfois cela prend plusieurs chirurgies pour arriver à ce que tous les tissus soient propres avant de faire la reconstruction », décrit la chirurgienne.

La chirurgienne plasticienne a aussi réalisé quelques cas d’amputation complète du nez. Tout comme ces collègues interrogés durant cette enquête, la Dre Tremblay affirme que certains types de chiens comme les pitbulls font plus de dommages que d’autres. Elle voit surtout des gens blessés par des chiens sans laisse.

Une fois libre, il faut considérer le chien comme une arme. Les dommages peuvent être désastreux. Et pas juste les dommages physiques, les dommages psychologiques vont perdurer longtemps dans la vie de la personne.

La Dre Dominique Tremblay, chirurgienne plasticienne à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont

La métaphore de l’arme a été utilisée par plusieurs autres intervenants interrogés dans cette enquête.

Dans l’est de Montréal, on a une population vieillissante en proportion encore plus grande que dans la province, « c’est sûr que ce n’est pas un phénomène qui va aller en diminuant », note la médecin à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Lorsque Mme Collette recroise son voisin de palier, ce dernier détourne le regard. Il lui a juré que le chien n’avait jamais mordu personne et qu’il a été euthanasié. Ses enfants auraient voulu qu’elle intente une poursuite contre le propriétaire du chien. Mais à l’approche de ses 80 ans, elle ne s’en sent pas la force ; surtout qu’elle joue le rôle de proche aidante « à temps plein », dit-elle, pour une amie souffrant d’alzheimer.

Une pancarte municipale signalant la présence d’un chien dangereux est toujours bien en vue sur le balcon dudit voisin.

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