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Friday, October 9, 2026

Faut-il s’inquiéter de la forte réplique des Houthis au Moyen-Orient?

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Pour faire reculer les Houthis, qui ont accru leur emprise sur le Yémen ces dernières semaines, le gouvernement yéménite (appuyé par l’Arabie saoudite) a lancé une contre-offensive lundi. Depuis, le groupe islamiste (soutenu par l’Iran) riposte avec force, ciblant notamment des installations aéroportuaires et pétrolières saoudiennes. Cette flambée de violence est intimement liée à la guerre en Iran dans laquelle les États-Unis sont embourbés depuis sept mois. Le Devoir fait le point.

Pourquoi les affrontements ont-ils repris ?

Avant l’escalade, les Houthis — une force politique et militaire dont le nom officiel est Ansar Allah (« partisans de Dieu ») — contrôlaient le tiers du Yémen, y compris la capitale, Sanaa, où vit environ 80 % de la population.

Dans une offensive éclair en septembre, le groupe rebelle a conquis la ville portuaire de Mokha et l’ensemble du littoral de la mer Rouge, renforçant son emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique reliant l’Asie à l’Europe par le canal de Suez.

Lundi, les forces gouvernementales, soutenues par l’aviation saoudienne, ont lancé une contre-offensive.

Cette riposte vise à faire en sorte que le contrôle des Houthis sur Bab el-Mandeb et la côte occidentale du Yémen ne soit pas durable, explique Maged Al-Madhaji, président et cofondateur du Centre d’études stratégiques de Sanaa. Si ces gains devenaient permanents, « cela reviendrait à mettre l’avenir du Yémen entre les mains d’un mouvement idéologiquement fermé et profondément autoritaire, aligné sur l’Iran », poursuit-il.

Les Houthis, qui depuis 2023 ont mené une série d’attaques contre des navires sur la mer Rouge, représentent une menace bien au-delà des frontières du pays, ajoute l’expert. « L’inquiétude grandit, tant au niveau régional qu’international, face à l’ampleur des ambitions et des capacités des Houthis. »

La force de frappe des Houthis est-elle inquiétante ?

« Certainement », répond Elisabeth Kendall, experte du Yémen et directrice du Girton College de l’Université de Cambridge. Les Houthis disposent de capacités militaires importantes, dont des missiles d’une portée de 2000 km, des drones d’une portée de 2500 km et d’importants stocks d’armement, spécifie-t-elle.

« Ils ont tenu tête à certaines des armées les plus puissantes du monde. Ils ont survécu aux campagnes aériennes de l’Arabie saoudite, ont été bombardés par les Émirats arabes unis, le Royaume-Uni, Israël et les États-Unis. Et, chaque fois, ils ont réussi à se reconstituer et à poursuivre le combat. »

En soutien aux forces yéménites au sol, l’Arabie saoudite a mobilisé contre les Houthis une centaine d’avions de combat. Le groupe a riposté avec force, ciblant des infrastructures pétrolières et deux aéroports saoudiens, dont l’aéroport international du Roi-Khaled, à Riyad.

« Il y a toutes les chances que la situation continue de s’intensifier, indique la professeure. Ce que les Houthis cherchent avant tout, c’est le pouvoir et l’argent, pour obtenir une reconnaissance politique en tant que dirigeants légitimes du Yémen. S’ils n’obtiennent pas ça, ils continueront de se battre aussi longtemps qu’ils en auront la capacité. »

Cette recrudescence des violences est-elle liée à la guerre en Iran ?

Oui, bien que la guerre au Yémen ait débuté il y a 12 ans, en 2014. « La recrudescence des violences au Yémen répond à ses propres dynamiques internes », rappelle Maged Al-Madhaji, mais elle est aussi imbriquée dans des « calculs stratégiques » plus larges liés à la guerre en Iran.

Les Houthis, un groupe chiite, font partie de l’axe de la résistance iranien, qui comprend d’autres alliés ayant été affaiblis. « La carte maîtresse de l’Iran, ce sont donc les Houthis, analyse Elisabeth Kendall. Et c’est précisément maintenant qu’il en a le plus besoin […], pour obtenir le meilleur accord possible concernant le détroit d’Ormuz et ses autres groupes alliés. »

La situation géographique du Yémen — à l’entrée de la mer Rouge — confère aux Houthis un rôle critique dans cette stratégie, ajoute M. Al-Madhaji. « Leurs actions peuvent avoir des répercussions sur la sécurité régionale et la navigation internationale bien au-delà des territoires qu’ils contrôlent. »

En plus de l’Arabie saoudite, d’autres pays pourraient-ils entrer dans cette guerre ?

Certains ont déjà levé la main, et « il est possible que le conflit s’étende davantage », affirme Elisabeth Kendall. La Turquie et le Pakistan ont déclaré lundi qu’ils passaient « immédiatement à la mise en pratique » de leur nouvel accord de défense, signé avec Riyad en août à La Mecque. Ankara a annoncé l’envoi de matériel militaire à son allié saoudien et des troupes pakistanaises se trouvent déjà dans le royaume.

Le Royaume-Uni a proposé d’aider au ravitaillement en vol des avions saoudiens, la France a offert l’envoi de troupes en Arabie saoudite et les États-Unis fournissent du renseignement. Selon Maged Al-Madhaji, ces pays estiment « que les risques liés à un affrontement avec les Houthis sont plus gérables que les conséquences à long terme de leur permettre de consolider leur emprise sur le passage maritime stratégique de Bab el-Mandeb ».

Quelles sont les répercussions sur la population yéménite ?

Selon la chercheuse Helen Lackner, autrice de quatre livres sur le Yémen, la situation est « absolument catastrophique ». « Toutes les ressources, les réserves [de nourriture] que les gens possédaient sont épuisées depuis longtemps. » Près de 200 000 personnes ont été déplacées depuis septembre, et plus de 5 millions depuis le début de la guerre.

« C’est un pays de 35 millions d’habitants qui subit la guerre depuis 12 ans, ainsi qu’une instabilité depuis 15 ans, voire davantage, et dont la population était déjà pauvre avant même le début de ce conflit », relève-t-elle.

À cela s’ajoutent les craintes liées à la prise de contrôle des Houthis, mentionne Maged Al-Madhaji. « Les gens s’inquiètent du système de gouvernance qui pourrait suivre : répression, prélèvements supplémentaires et isolement financier accru associé à la vie sous une autorité soumise à des sanctions. »

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