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Thursday, October 8, 2026

Que se passe-t-il avec les lycéens en France?

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Les cours étaient suspendus, en totalité ou en partie, dans 459 lycées en France, mercredi, selon le ministère de l’Éducation. Il s’agit d’une baisse de 41 % des blocages comparativement à la veille. Mardi, une journée de mobilisation nationale a rassemblé des centaines de milliers de manifestants partout au pays pour appuyer les lycéens.

Pour apaiser la colère des jeunes, amplifiée par la forte répression policière, le gouvernement a modifié sa stratégie et appelle maintenant au dialogue. Mais la révolte s’est déjà propagée sur plusieurs campus universitaires et dans plusieurs syndicats de travailleurs. Une nouvelle journée de mobilisation nationale est prévue jeudi.

Le Devoir fait le point sur ce mouvement de mobilisation « inédit », selon les termes du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez.

Quelles sont les principales revendications des lycéens ?

Les lycéens — dont le mouvement de protestation est né à la mi-septembre en banlieue parisienne — réclament que les postes d’enseignants vacants soient pourvus, qu’il y ait moins d’élèves par classe et plus d’investissements dans les bâtiments. Kennan, un élève de 17 ans, a indiqué au Monde qu’au lycée professionnel Simone-Weil, à Pantin, en banlieue parisienne, « les toilettes sont souvent fermées, on n’a pas d’infirmière, les profs ne sont pas toujours remplacés ».

Les lycéens dénoncent aussi le stress et la fatigue découlant du système d’admission Parcoursup et des longues journées passées à l’école, parsemées d’heures creuses entre les cours. Ils demandent aussi plus d’égalité entre les lycées des quartiers nantis et défavorisés. « Quand je vois la moyenne générale des classes en seconde dans les villes, à Paris et en banlieue, il y a une très large différence, ça fait désespérer. On est censés être égaux », a fait valoir Shiraz, 15 ans, à l’Agence France-Presse.

Ces revendications sont-elles légitimes ?

« Il y a eu une espèce de dogme pendant plus de 20 ans qui était de donner la priorité à l’école primaire », indique au Devoir Laurent Frajerman, sociologue et historien, spécialiste des enjeux éducatifs et des mouvements sociaux et professeur au lycée Lamartine, à Paris. Lorsque Jean-Michel Blanquer était ministre de l’Éducation, de 2017 à 2022, « il y avait une vague démographique avec beaucoup plus d’élèves dans le second degré et il n’a créé aucun poste », déplore-t-il.

Parallèlement, le nombre d’élèves par classe a augmenté. « Les cours qui étaient en demi-groupe ont quasiment tous disparu. Tout a été fait pour qu’il y ait un maximum d’élèves par classe. » Des spécialités ont aussi été ajoutées au programme des lycéens, « un peu sur le modèle américain ». Ce « lycée à la carte », plus difficile à gérer, a engendré des horaires morcelés, dont se plaignent aujourd’hui les lycéens.

Bien que le nombre d’élèves par classe dans les lycées de banlieue soit moins élevé, les postes d’enseignants sont plus souvent vacants. « Il y a une crise sociale qui est telle qu’il y a des établissements où il y a plus de professeurs absents, qui craquent (c’est très difficile en termes de discipline), et qu’on a du mal à remplacer », résume l’enseignant.

La répression policière a-t-elle été trop musclée ?

Les autorités françaises ont déployé une forte répression policière en réaction au blocage des lycées et à certains gestes de violence. Plus d’une vingtaine de lycées ont été incendiés ou saccagés et des enseignants ont été blessés, dont un qui a été aspergé d’essence.

La réplique policière a, de son côté, mené à l’arrestation de 6600 personnes et fait plus de 200 blessés. Un lycéen a eu la main arrachée, un autre a été atteint au visage par le tir d’une grenade lacrymogène et un troisième a perdu l’usage d’un œil. Après ces incidents, le gouvernement a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes.

Plutôt que d’étouffer le mouvement, cette réponse policière « disproportionnée » a fait gonfler la protestation, estime Laurent Frajerman. « Des vidéos [de violences policières] ont beaucoup circulé auprès des jeunes. » Dans les derniers jours, des cordons formés d’adultes ont été déployés à certains endroits pour protéger les lycéens. Mercredi, le premier ministre Sébastien Lecornu a assuré que les policiers « n’ont pas pour instruction d’affronter les lycéens ».

Le mouvement s’élargit-il ?

Depuis début octobre, le mouvement de protestation gagne les campus universitaires. Mardi, 40 % des établissements supérieurs étaient perturbés, selon le ministère de l’Éducation. À Nantes, plusieurs campus ont été bloqués et le seront encore dans les prochains jours, mentionne au Devoir Armel Cloarec, étudiant à Polytech Nantes et porte-parole du syndicat Solidaires étudiant-e-s.

Ce blocage a pour objectif de soutenir les lycéens et de réclamer un réinvestissement dans l’enseignement supérieur. « Les problèmes des lycéens, on les subit aussi à cause des baisses de budget », affirme l’étudiant. L’université est censée être gratuite en France, rappelle-t-il. « On voit de plus en plus de frais d’inscription s’appliquer. Nous voulons une université libre, gratuite et une augmentation claire des moyens alloués. »

Cinq syndicats d’enseignants ont aussi appelé à une journée de grève pour la mobilisation nationale de jeudi. « La mobilisation ne semble pas du tout faiblir, relève Armel Cloarec. Nous ne voulons plus de ces politiques austéritaires qui détruisent nos services publics. »

Que fait le gouvernement ?

Dans les dernières heures, le gouvernement a semblé changer de stratégie pour chercher désormais l’apaisement. L’instauration de demi-journées sans cours a été annoncée pour permettre aux lycéens et au personnel de faire remonter leurs difficultés. Un « recensement » des professeurs absents et non remplacés sera aussi effectué.

Le premier ministre Lecornu a déclaré que les propositions gouvernementales pour mettre fin à la crise seront annoncées fin octobre. « La colère des jeunes ne vient pas de nulle part, a-t-il dit. Nul ne peut être indifférent aux angoisses qu’ils expriment. » Mais pour Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne, qui s’est exprimé sur Franceinfo, « c’est encore une tentative de museler le débat, de noyer le poisson et de gagner du temps ».

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