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Friday, October 9, 2026

Comment la guerre au Yémen déborde sur la Corne de l’Afrique

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Des milliers de Yéménites fuient les combats vers Djibouti, tandis que des centaines de milliers de migrants africains continuent de traverser le golfe d’Aden vers le Yémen. Au-delà de cette route migratoire, les rebelles houthis cherchent à étendre leur influence en Somalie, sur fond de rivalités entre Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour le contrôle d’un espace maritime stratégique.

À Obock, sur la côte djiboutienne, les réfugiés yéménites affluent. Depuis la reprise des combats début septembre, des milliers de personnes ont traversé le golfe d’Aden pour fuir la guerre : 3 700 personnes sont arrivées sur les côtes djiboutiennes en trois semaines. De l’autre côté du détroit, les départs continuent aussi : chaque année, des centaines de milliers de migrants, principalement éthiopiens, tentent de rejoindre les pays du Golfe en passant par le Yémen. 

En 2025, près de 500 000 mouvements migratoires sortants ont été enregistrés sur cette route, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). « Malgré le conflit actuel au Yémen, les personnes qui prennent cette route veulent continuer à prendre ce chemin dans l’espoir d’atteindre des pays du Golfe », explique Alexandre Coissard, chef de l’OIM à Djibouti. 

Les combats contraignent toutefois les migrants à emprunter des itinéraires plus longs et plus difficiles d’accès, qui les exposent davantage aux violences et à l’exploitation.

Au premier trimestre 2026, 94 morts et disparitions ont été signalés sur cette route, un bilan probablement sous-estimé. 

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Des réseaux clandestins aux Houthis 

Les Houthis s’appuient sur ces routes migratoires et certains réseaux de passeurs pour faire circuler des marchandises illicites, notamment des armes et de la drogue. 

Selon un rapport publié en août 2026 par le centre de recherche Century International, le mouvement yéménite exploite ces circuits pour étendre son influence au-delà de ses frontières. Il recrute également parmi les migrants africains présents au Yémen, dont certains deviennent passeurs, informateurs ou combattants. 

Ces réseaux lui offrent ainsi des relais humains et logistiques sur l’autre rive du golfe d’Aden, dans une région où les trafics sont anciens et les contrôles difficiles.

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En Somalie, un rapprochement avec les shebabs 

Les Houthis se sont ainsi rapprochés des shebabs en Somalie, affiliés à al-Qaïda. Une alliance a priori surprenante, « les deux groupes ayant des origines différentes, mais ils ont des intérêts communs ; tous deux sont anti-occidentaux », souligne Ahmed Nagi, chercheur à l’International Crisis Group. Selon lui, ce rapprochement a permis aux Houthis de développer leurs réseaux et d’étendre leur influence jusqu’à la Corne de l’Afrique. 

Le rapport de Century International montre que des intermédiaires ont facilité les déplacements de combattants somaliens vers le Yémen, où certains ont reçu une formation militaire et idéologique. Les Houthis pourraient en retour bénéficier de relais logistiques, de renseignements et de possibilités de recrutement en Somalie. 

L’ampleur de cette coopération reste toutefois difficile à établir. Elle témoigne néanmoins d’une volonté de développer des partenariats avec des groupes armés africains. 

Pour les Houthis, l’enjeu est stratégique : étendre leur influence autour du détroit de Bab el-Mandeb, passage essentiel entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, et renforcer leur capacité à peser sur le trafic maritime international.

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La sécurisation de la mer Rouge : un enjeu international 

Face aux menaces sur la navigation en mer Rouge, la position stratégique des pays de la Corne attise l’intérêt des puissances régionales, d’Israël à l’Arabie saoudite en passant par les Émirats arabes unis, qui cherchent à y renforcer leur présence et leurs alliances. 

Face au Yémen, le Somaliland dispose d’un atout majeur : le port de Berbera, situé sur le golfe d’Aden. Un vrai levier diplomatique et sécuritaire pour la région indépendantiste. La reconnaissance de ce territoire par Israël, en décembre 2025, a renforcé les tensions avec la Somalie, qui défend son intégrité territoriale. 

Une éventuelle présence militaire israélienne sur cette côte inquiète aussi les Houthis, qui ont déjà prévenu : toute présence israélienne au Somaliland sera considérée comme une cible militaire. Pour Israël, un point d’appui sur la rive africaine pourrait présenter un intérêt face aux attaques du mouvement yéménite en mer Rouge.  

Dans ce contexte régional, la Somalie cherche « à transformer les bouleversements géopolitiques de la région en capital politique », selon Matthew Bryden, du think tank Sahan Research, notamment pour obtenir davantage d’aide de la part de ses alliés, comme l’Arabie saoudite, la Turquie ou l’Égypte. Des partenaires perçus par la Somalie comme clés pour son futur et sa sécurité, confirme Omar Mahmood, chercheur au sein de l’International Crisis Group. 

Les Émirats arabes unis sont déjà bien implantés dans la région, avec des intérêts portuaires à Berbera et une ancienne base militaire à Assab, en Érythrée. L’Arabie saoudite, quant à elle, cherche avant tout à contenir les Houthis et à sécuriser la mer Rouge, passage essentiel pour ses importations et ses exportations pétrolières. En juillet dernier, elle a formé une coalition maritime avec les pays de la Corne pour sécuriser les routes commerciales. 

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