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Friday, October 9, 2026

Au Yémen, sous le joug houthi, les habitants de Sanaa n'osent plus parler

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Après douze ans de guerre, plus de la moitié de la population yéménite a besoin d'une aide humanitaire. La reprise des combats ces dernières semaines est venue aggraver une situation déjà difficile. Pour les journalistes, le pays est aussi extrêmement difficile d'accès, encore plus dans les zones contrôlées par la rébellion houthie.

Il a fallu passer plusieurs coups de fil via des intermédiaires pour entendre la voix des habitants de Sanaa. La plupart des contacts ne souhaitaient pas parler publiquement. Un homme, anonyme, nous explique pourquoi. Lui a dû fuir la capitale du Yémen tenue par les Houthis. « La situation dans les zones sous contrôle houthi est intenable, économiquement comme du point de vue des services publics. Et les gens n'osent pas parler car ils savent ce dont ils sont capables, ils connaissent leurs méthodes sanglantes. Dernièrement, certaines personnes sont apparues dans les médias, et quelque temps après, ils étaient liquidés », affirme-t-il.

Un environnement que subit la population yéménite et aussi ceux qui défendent ses droits. Plusieurs humanitaires ont été victimes de disparitions forcées ces dernières années. Des dizaines d'employés de l'ONU sont toujours détenus arbitrairement. Certains ont confié avoir été torturés pour leur soutirer de faux aveux d'espionnage. Khawla Alrowaishan travaille pour l'ONG Mwatana for Human Rights. « Je pense qu'aucun d'entre nous ne se sent en sécurité à Sanaa en ce moment. Nous sommes toujours menacés et plusieurs de nos membres ont subi des exactions, dont des détentions arbitraires. Mais nous n'avons pas d'autre choix que de nous battre et de continuer », témoigne-t-elle.

L'organisation a documenté également la répression contre les femmes dans un récent rapport. Elle y recense les restrictions sur les déplacements, des interrogatoires humiliants subis par les femmes et leurs familles. Rendre visite à des proches dans d'autres gouvernorats, travailler y compris dans le secteur humanitaire, tout cela est devenu difficile voire impossible. Dans d'autres cas, elles ont été contraintes de se faire accompagner d'un mahram [un proche parent] et de respecter des codes vestimentaires spécifiques. Tout cela sous le couvert de la guerre menée contre le gouvernement reconnu par la communauté internationale et soutenu par l'Arabie saoudite.

Laith habite à Sanaa, où il tente de faire marcher un modeste magasin informatique. « Je suis à Sanaa et je peux vous assurer que ceux qui paient le prix de cette guerre, c'est d'abord la population : des gens perdent leur maison, des commerçants leur boutique. Il n'y a pas de salaires réguliers depuis une décennie. Ils sont versés tous les trois ou quatre mois, et encore, seulement en partie. Il y a beaucoup d'inflation. La vie est chère, tout est cher. Et les gens vivent à la grâce de Dieu. La situation est terrible et on prie pour que cette guerre prenne fin le plus tôt possible », raconte-t-il.

Une guerre féroce où les deux camps – houthis comme loyalistes – usent parfois des mêmes méthodes, indifférentes au droit international humanitaire. Des méthodes telles que les bombardements de zones civiles ou le recrutement de mineurs comme combattants.

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