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Saturday, October 10, 2026

« Des révélations choquantes » : les victimes du Dr Bashour invitées à se manifester

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Les révélations de l’émission Enquête concernant le Dr Mounir Bashour, ce chirurgien des yeux de 57 ans qui serait actif depuis des années dans le milieu de la prostitution de luxe, ont fait réagir les ordres professionnels auxquels il est affilié, ainsi que des organismes qui luttent contre l'exploitation sexuelle.

Le Collège des médecins, par la voix de son président, Mauril Gaudreault, indique avoir pris connaissance du reportage complet diffusé hier, et prendre très au sérieux les faits rapportés. Des vérifications sont en cours et les victimes présumées sont invitées à se manifester, précise le Dr Gaudreault.

Les révélations d'hier sont graves et très choquantes, fait savoir de son côté la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Elle dit faire confiance aux autorités compétentes, notamment le Collège des médecins, pour prendre les démarches requises. Elle suivra leurs conclusions à la lettre, assure-t-elle.

L’employeur du Dr Bashour, Lasik MD, a immédiatement réagi aux révélations de l’émission Enquête, hier, en suspendant le médecin jusqu’à nouvel ordre en raison de la gravité des allégations.

Un homme debout qui regarde le journaliste de Radio-Canada

Mounir Bashour filmé en caméra cachée

Photo : Radio-Canada

Les victimes invitées à se manifester

À ce stade, le médecin ne fait l’objet d’aucune accusation judiciaire, bien que le commandant Frédéric Martineau, chef de l’unité en charge de lutter contre les exploitations sexuelles au SPVM, ait indiqué vendredi lors d’une entrevue à RDI qu’il faisait l’objet d’une enquête.

Selon les informations de l’émission Enquête, le Dr Bashour agit depuis plusieurs années comme recruteur, dirigeant d’agence et consommateur de services sexuels.

Le nom du médecin a attiré l’attention des journalistes qui consultaient des documents judiciaires relatifs au démantèlement d’une autre agence d’escorte, nommée XO, l’hiver dernier.

Il [Mounir Bashour] a déjà fait l’objet d’une enquête, et elle n’est pas figée dans le temps, ça se poursuit.

M. Martineau a dit son espoir que la diffusion du reportage encourage d’autres victimes à dénoncer des faits similaires. Il les invite à communiquer avec la police.

Recevoir une plainte d’une travailleuse du sexe facilite grandement le travail des enquêteurs, a-t-il également mis en évidence. Cela donne un point de départ, ça nous indique le fonctionnement et cela nous permet d’enligner l’enquête par rapport à d’autres victimes.

Un homme devant son bureau

Le commandant Frédéric Martineau dirige la section exploitation sexuelle au SPVM.

Photo : Radio-Canada / Karl Boulanger

Frédéric Martineau a rappelé que l’achat de services sexuels est interdit au Canada, et qu’à ce délit peuvent s’ajouter des accusations de voies de fait et d’agressions sexuelles.

Plusieurs femmes ont confié aux journalistes d’Enquête qu’elles avaient subi de la violence de la part du Dr Bashour, surnommé « Docteur vampire » par une de ses victimes.

Dans un communiqué, la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle salue le courage de celles qui ont témoigné et adresse ses pensées à toutes celles pour qui le reportage va susciter de fortes émotions.

Grâce à cette émission, la population a pu prendre acte de ce que nous voyons tous les jours, et ce, depuis plus de 20 ans : une industrie qui fonctionne en toute impunité, à Montréal, mais aussi dans plusieurs autres régions du Québec.

Un parmi tant d’autres

Comme le rappelle Lyne Collette, coordonnatrice clinique pour La Sortie, un organisme qui vient en aide aux femmes victimes d’exploitation sexuelle et de traite, ces révélations ne sont en effet pas une surprise.

Plus les années avancent, plus les histoires d’horreur sont présentes parce que la violence est pire, les atrocités sont plus grandes, observe-t-elle.

C’est un parmi tant d’autres. Le proxénète peut être ton voisin, ton cousin, ton frère, ils sont très gentils, ce n’est pas écrit sur leur visage.

Un avis partagé par la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle, qui souligne que la situation montrée dans le reportage d'Enquête n'est pas une exception, ni une anomalie.

Il n'y a pas deux sortes de clients, les bons et les autres. Il y a un système. Et ce système existe parce que, tous les jours au Québec, des hommes de toutes les classes sociales magasinent pour obtenir des actes sexuels, rappelle cet organisme.

De plus en plus jeunes

Les femmes qui cherchent de l’aide auprès de La Sortie ont des profils variés et viennent de toutes les sphères de la société, rapporte Lyne Collette. Elle remarque aussi qu’elles sont de plus en plus jeunes, 14 ans, 15 ans, et que de jeunes garçons sont aussi concernés.

Les proxénètes recrutent sur les réseaux sociaux, met-elle en garde. Les jeunes femmes tombent en amour. Il [le proxénète] va l'amadouer, l’écouter, lui acheter plein de choses. Il va la valoriser jusqu’à temps qu’il la désensibilise, et après ça, la violence embarque et elles vivent des atrocités.

Une adolescente soulève son chandail devant un écran d'ordinateur.

Les victimes d'exploitation sexuelle sont de plus en plus jeunes, remarque Lyne Collette, coordonnatrice clinique auprès de La Sortie, un organisme qui vient en aide aux femmes victimes d'exploitation sexuelle. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Pour elle, il faut davantage de ressources pour lutter contre le phénomène. Il doit y avoir plus de subventions, plus d’immeubles pour accueillir les femmes. On doit leur donner des outils, faire de la prévention dans les écoles. On se doit de continuer à avancer parce que les crimes d’hier ne sont pas les crimes d’aujourd’hui, insiste-t-elle.

Sortir de la prostitution n'est pas qu'une affaire individuelle. C'est un choix que nous devons faire en tant que société, abonde Jennie-Laure Sully, coordonnatrice à la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle.

Il est possible de s’en sortir, comme le montre la trajectoire de plusieurs femmes qui sont venues demander de l’aide à La Sortie, où elles peuvent bénéficier d’un hébergement et d’un accompagnement de longue durée.

Lyne Collette en a vu plusieurs retourner à l’école pour devenir paire-aidante et rejoindre ensuite son équipe d’intervention, pour redonner.

Elles rentrent ici pour acquérir une stabilité résidentielle, elles peuvent se déposer, se rebâtir, regagner le pouvoir sur leur vie.

La Sortie est aussi là pour celles qui choisissent de rester dans le milieu et qui ont besoin d’une oreille, d’un conseil ou d’être accompagnées à l’hôpital, précise-t-elle. Une ligne téléphonique est accessible 24 h/24.

Des ressources en plus pour la police

Le commandant Frédéric Martineau précise que des moyens financiers supplémentaires ont été alloués à la lutte contre l’exploitation sexuelle par le ministère de la Sécurité intérieure au printemps dernier.

À compter de la semaine prochaine, le SPVM disposera de 15 nouvelles ressources au sein de sa section de l’exploitation sexuelle, qui comprend actuellement près d’une cinquantaine d’enquêteuses et d’enquêteurs répartis au sein d’équipes spécialisées, des escouades qui luttent contre le proxénétisme et la pornographie juvénile.

Elles permettront d’intensifier la lutte contre l’exploitation sexuelle, spécifiquement sur l’île de Montréal.

Nous serons plus efficaces, à la fois pour soutenir les victimes et pour s’attaquer aux proxénètes qui les exploitent, les clients qui en abusent ainsi que les prédateurs qui sévissent en ligne, affirme le commandant Martineau, dans un communiqué publié vendredi.

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