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Monday, October 12, 2026

De Montréal à Los Angeles | Un meurtre vieux de 57 ans en voie d’être résolu ?

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On ne sait toujours pas qui a assassiné la Montréalaise Reet Jurvetson, retrouvée morte à Los Angeles en 1969. Mais une autrice de Toronto apporte de nouveaux éléments à cette célèbre affaire classée sans suite. Surprise : la piste qui avait erronément suivi les traces de Charles Manson nous mène désormais vers un rockeur québécois des années 1960…

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157 coups de couteau

Le 16 novembre 1969, le corps d’une jeune femme de 19 ans est découvert dans les contrebas de Mulholland Drive, à Los Angeles. Elle a reçu 157 coups de couteau et s’est vidée de son sang. Il n’y a pas de traces de délit sexuel, ni d’empreintes digitales, ni de carte d’identité. La police suit un moment la piste de Charles Manson, dont la secte vient d’assassiner l’actrice Sharon Tate, mais l’enquête se termine sur un cul-de-sac. La victime est baptisée Jane Doe #59, nom générique donné aux cadavres non identifiés. L’affaire est classée sans suite et la dépouille incinérée. Pendant 47 ans, on en reste là.

Un nom pour Jane Doe

PHOTO TIRÉE DU SITE FINDAGRAVE

Reet Jurvetson, quelques mois avant sa mort

En 2016, l’enquête est réactivée. Après la diffusion des photos post mortem sur des sites web consacrés aux meurtres non résolus, on apprend que Jane Doe #59 s’appelait en réalité Reet Jurvetson et qu’elle venait de… Montréal. Ce nouvel élément fait l’objet de plusieurs articles et reportages dans les médias. La police de Los Angeles se déplace au Québec pour investiguer. D’anciennes connaissances et des membres de la famille de Reet confirment qu’elle fréquentait le Café Prague, boîte underground alors à la mode, et qu’elle était partie en Californie pour rejoindre un garçon appelé « Jean », lui aussi un habitué du Prague. Pas de nom de famille, pas de détails. Mais des témoins de l’époque – dont l’un retrouvé grâce aux journalistes de La Presse Vincent Larouche et Gabrielle Duchaine – permettent de produire des portraits-robots du « Jean » en question. Cheveux longs. Belle gueule. Malgré ces avancées, le dossier se referme rapidement. Jane Doe a désormais un nom, mais « Jean » reste un mystère. Or, la clé, c’est peut-être lui.

Une autrice relance l’enquête

PHOTO FOURNIE PAR HARPERCOLLINS CANADA

L’autrice Catherine Fogarty

Cette histoire triste a alimenté bien des théories et inspiré de nombreux écrits. Mais pour Catherine Fogarty, on parle carrément d’une obsession. En 2021, l’autrice torontoise, experte en true crime, a lancé sa propre enquête dans l’espoir de rendre justice à Reet Jurvetson. Le fruit de son travail acharné fait aujourd’hui l’objet d’un livre intitulé Girl With No Name (La fille sans nom) un récit très personnel sur son investigation. « Je parlerais plus de passion que d’obsession, corrige l’autrice, jointe à Toronto. Une grande partie de cette passion vient simplement de la tristesse que je ressens à l’idée que cette jeune fille ait été abandonnée. C’est une histoire très, très triste, car ce n’est pas seulement l’histoire d’une jeune fille qui a été assassinée, c’est l’histoire d’une jeune fille qui a été assassinée, puis oubliée. »

La piste Jay Boivin

IMAGE TIRÉE DU LIVRE GIRL WITH NO NAME

Point fort du livre de Catherine Fogarty : le croisement entre des photos de Jay Boivin et les portraits-robots de « Jean »

Dans son livre, Catherine Fogarty croit avoir identifié le fameux « Jean » que Reet avait suivi à Los Angeles. Et elle creuse abondamment ce sillon. Son hypothèse est que « Jean » était en fait Jules « Jay » Boivin, guitariste des Sinners, un groupe de rock garage alors en vogue, connu pour ses concerts débridés et sa version française de la chanson Penny Lane. Comme Reet, les membres des Sinners étaient des assidus du Café Prague. Selon la journaliste, il est tout à fait plausible que la jeune femme ait voulu suivre ce beau gosse à Los Angeles, où l’on sait que ce dernier a vécu quelques mois en 1969. Fil un peu ténu, direz-vous. Mais plus elle s’y accroche, plus Catherine Fogarty semble se rapprocher d’une forme de vérité, où les faits, les dates et les témoignages s’emboîtent peu à peu. « À moins qu’un témoin n’ait vu le crime, tout cela reste un jeu de devinettes, admet-elle. Mais vous savez, quand il y a trop de coïncidences, on dit que ce n’est plus une coïncidence… » Temps fort du livre : la journaliste demande à une experte de comparer les portraits-robots de « Jean » datant de 2016 avec des photos de « Jay » Boivin. Sa réponse est sans équivoque : il y a des points de correspondance.

Tant pis pour le LAPD

PHOTO RICHARD VOGEL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

L’agent responsable des affaires classées sans suite à la police de Los Angeles s’est montré peu réceptif aux découvertes de Catherine Fogarty.

Mort en 2021, le principal intéressé n’est malheureusement plus là pour se défendre. Mais sa veuve, Heather, a largement collaboré à l’enquête de Mme Fogarty afin de laver « Jean-Jay » de tout soupçon. On ne peut pas en dire autant de l’agent responsable des affaires classées sans suite à la police de Los Angeles, un certain Luis Riviera. Dans son livre, la journaliste consacre plusieurs pages à ses efforts pour mettre le LAPD dans le coup et à comment ce détective blasé semi-retraité s’est montré peu coopératif, restant sourd à la plupart de ses découvertes. « C’est dommage, siffle Mme Fogarty. Il y a 9000 affaires non résolues à la police de Los Angeles, alors on pourrait penser qu’elle serait ravie de recevoir de l’aide. Mais les flics traditionnels ne sont pas habitués à traiter avec le public. C’est souvent “eux contre nous”. Ils ne veulent personne d’autre dans leurs investigations. Je pense aussi qu’il y a des aspects de l’enquête que le détective Riviera n’a pas menés à bien. Peut-être qu’il y avait une petite gêne à ce sujet. »

Le plus loin possible

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK SINNERS, SINNERISMES, RÉVOLUTION FRANÇAISE

Le trio pop-rock James, John et François, en 1971 : Jean-Guy Durocher (à gauche), Jay Boivin (au centre) et François Guy (à droite)

Catherine Fogarty ne cache pas sa contrariété. Elle se dit convaincue d’avoir tous les éléments justifiant une réouverture de l’enquête. Outre Jay Boivin (qui fait ici couler plus d’encre que dans toute sa carrière de musicien), une autre « personne d’intérêt », retrouvée en cours de route, vient par ailleurs justifier son intuition. Il s’agit de Linda, la première femme de Jay Boivin, qui vivait aussi à Los Angeles en 1969. « Ce qu’elle m’a dit est tout simplement incroyable », résume l’autrice, encore sidérée, évoquant l’hypothèse d’un crime passionnel. Hélas, le LAPD ne semble pas prêt à prendre la balle au bond, faute de ressources et, apparemment, d’intérêt. « Très frustrant, conclut-elle. J’ai poussé les choses aussi loin que j’ai pu. Maintenant, aux inspecteurs de faire ce qu’ils ont à faire. Qu’ils examinent avec rigueur les informations que je leur ai fournies. Que j’aie raison ou tort, ça reste tout de même très convaincant… »

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