Une vision à trop court terme pour la culture dans le budget fédéral
Les regroupements et associations d’artistes, de créateurs et de diffuseurs du Québec estiment que le nouveau budget fédéral consacré à la culture n’est pas à la hauteur des besoins ni des attentes des milieux. Les mesures les plus généreuses, comme les 600 millions de dollars par année pour compenser les redevances des grands diffuseurs en ligne, demeurent ponctuelles. Elles ne peuvent avoir l’effet de levier d’une rassurante mesure à moyen terme. Et la surprenante et inattendue mesure de Crédit canadien pour la création, présentée comme grande nouveauté culturelle, laisse le milieu perplexe.
Cette aide « devrait prendre la forme d’un crédit d’impôt non remboursable sur le revenu des particuliers qui, combiné au montant personnel de base, permettrait de reconnaître sur le plan fiscal jusqu’à 45 000 $ par année de revenu net d’entreprise admissible tiré d’œuvres artistiques originales et créatives ».
Aucune somme n’est encore attachée au projet ; elle sera détaillée plus tard. L’Association professionnelle des diffuseurs de spectacles (RIDEAU), le Conseil québécois du théâtre (CQT) et la Coalition canadienne des arts (CCA) saluent l’intention.
« Permettez-nous de douter de l’impact de cette mesure pour nos membres », a déclaré l’Union des artistes (UDA). Est-ce que ce crédit d’impôt prévu pour les « œuvres originales » sera accessible aux interprètes ? Aux reprises d’œuvres de répertoire ?
Pourquoi annoncer une consultation de la population face à cette aide qui vise les artistes ? demande l’UDA. Trop de questions pour que l’union se réjouisse.
« Les mesures qu’on espérait touchaient une réforme de l’assurance-emploi pour l’adapter aux réalités du travail artistique », pas couvert actuellement par l’assurance chômage, a rappelé l’UDA, qui voit dans ce budget culture trop de « pansements plutôt que des solutions structurantes ».
Taxer Netflix, plutôt
L’aide de 600 millions en musique et audiovisuel promise en juin dernier a été confirmée. Elle vient compenser les redevances que n’ont plus à débourser les géants de la diffusion en ligne (Netflix, Spotify, etc.) depuis que le gouvernement Carney a reculé sur l’application de la Loi sur la diffusion continue en ligne.
Des associations en audiovisuel et en musique ont salué ce financement, jugé absolument nécessaire. La Société des auteur.e.trice.s de radio, télévision et cinéma (SARTEC) et l’Association des professionnels de l’édition musicale (APEM) précisent toutefois que cet investissement d’un an ne permet pas de voir assez loin.
Toutes les réactions, y compris aussi celles de l’ADISQ et de l’Association québécoise de la production médiatique (AQPM), estiment que les plateformes devraient plutôt contribuer, comme la Loi le prévoyait, à la création audiovisuelle canadienne en reversant un pourcentage de leur chiffre d’affaires annuel réalisé au pays.
L’AQPM et l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec (ARRQ) ont salué les 300 millions de dollars supplémentaires prévus sur deux ans pour CBC/Radio-Canada. L’ARRQ souhaite que cet investissement se traduise par un soutien accru à la production indépendante francophone.
Arts vivants
Les arts vivants avaient demandé 140 millions de dollars de plus par an pour le Conseil des arts du Canada. L’enveloppe de 20 millions de dollars sur trois ans est vue comme une assise pour la CCA, mais le gouvernement doit aller plus loin. Pour le CQT et l’UDA, la somme est insuffisante, « [demeurant] dramatiquement en deçà des besoins réels », estime le CQT.
À RIDEAU, on salue l’arrivée de 15 millions de dollars en 2027-2028 pour le Fonds du Canada pour la présentation des arts (FCPA) et les 10 millions de dollars pour le programme Développement des communautés par le biais des arts et du patrimoine, qui soutiendra les festivals locaux et les événements en arts de la scène qui marqueront le 160e anniversaire du pays.
Mais c’est une mesure d’un an, précise RIDEAU. La solution durable aurait consisté à intégrer ces montants à la base budgétaire du FCPA.
Édition et musées
L’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) salue l’augmentation pérenne de 5 millions de dollars par année du Fonds du livre du Canada, à compter 2027-2028, au-delà du « minimum d’augmentation demandé par le milieu, de 3,3 millions », a précisé la directrice générale Karine Vachon.
Le laissez-passer Un Canada fort, qui bénéficie très peu aux musées du Québec et beaucoup à Via Rail, est renouvelé. La Société des musées du Québec est déçue des annonces, et a de nombreuses questions à poser sur le financement « famélique du Programme d’aide aux musées », qui est plus soutenant, comme l’a précisé son président, Romain Nombret.
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