Les agriculteurs de l’Iowa délaisseront-ils le Parti républicain?

« Tu vois, là-bas? C’est mon cousin qui conduit la moissonneuse-batteuse », pointe l’agricultrice Amber Selman, des lunettes fumées protégeant ses yeux d’un soleil de plomb. En pleine période de moisson, cette ferme familiale doit remplir son engin agricole avec du diesel dont le prix a presque doublé en moins d’un an.
La guerre menée par les États-Unis et Israël en Iran a fait grimper le prix du diesel, mais aussi celui des fertilisants, nécessaires aux activités des agriculteurs conventionnels.
On ne pense pas dégager de profit sur le lait, dit le père d’Amber, Joe Heinrach. Pour le maïs et le soja, ça s’annonce marginal. Par contre, pour le bœuf… ça augure très bien!
Toutes les fermes de l’Iowa n’ont pas la chance d’être diversifiées comme celle de Joe Heinrach et d’Amber Selman, dont les revenus sont répartis entre la vente de bœuf, de lait et de céréales.
Le prix du lait a diminué au cours de la dernière année, tandis que ceux du maïs et du soja ont augmenté un peu. En d’autres mots, les finances de beaucoup de producteurs laitiers et céréaliers sont prises en étau.
Malgré tout, de nombreux agriculteurs, comme la productrice de céréales Doris Little, continueront d’appuyer les républicains aux élections de mi-mandat.
Donald Trump n’est pas entièrement responsable des hauts prix du diesel. Ce sont les compagnies pétrolières qui font le gros argent avec tout ça
, soutient-elle.

Les partisans du candidat démocrate Josh Turek.
Photo : Radio-Canada / Marek Cauchy-Vaillancourt
L’agricultrice espère que son
président fera baisser le prix du diesel après les élections, une de ses promesses de campagne, et attend ce moment pour remplir le réservoir de sa moissonneuse-batteuse.
Comme quoi elle pense tout de même que le président a une certaine influence sur les cours du diesel.
Si ça baisse, ça baisse, indique-t-elle. Sinon, je vais devoir dépenser 3000 $ US, 4000 $ US en carburant pour pouvoir travailler dans mon champ cet hiver.
Un autre électeur républicain, le producteur de bœuf Jeff Liston, est quant à lui tenté par les démocrates cette année.
Il y a quelques années, j’approuvais environ 80 % des actions du président Trump. Maintenant, c’est probablement autour de 50 %
, affirme-t-il.
Les projets immobiliers à Washington et un accord pour suspendre les tarifs douaniers sur le bœuf importé de pays sud-américains l’ont particulièrement déçu.
Même s’il hésite toujours, peu de temps avant le jour du vote, ce partisan d’un gouvernement restreint pense se boucher le nez et placer son X à côté des candidats républicains.
Je sais ce que je vais faire, au bout du compte, et je hais ça, dit-il. Je vais voter pour ceux qui font le moins de dommages… probablement tous des républicains.
Un nouveau type de match pour Josh Turek
Des haut-parleurs crachent de la musique rock dans un stationnement de la capitale de l’Iowa, Des Moines. Une petite foule s’est réunie pour un tailgate, une fête précédant un match de football, une tradition typiquement américaine.

Le candidat Josh Turek discute avec ses partisans.
Photo : Radio-Canada / Marek Cauchy-Vaillancourt
Un homme zigzague sur un fauteuil roulant entre des gens buvant de l’alcool fort, leur offrant de la pizza pour les convaincre de lui accorder leur vote : c’est Josh Turek, un ancien athlète paralympique médaillé d’or en basketball, maintenant candidat démocrate au Sénat.
Je l’ai trouvé super terre-à-terre, j’ai adoré tout ce qu’il a dit au sujet de l’éducation publique, en tant qu’enseignante moi-même
, souligne Mindy Greiman, souriante.
Or, malgré la pizza et la discussion, elle ne votera pas pour Josh Turek, préférant la candidate républicaine au Sénat américain, Ashley Hinson.
Cette dernière est une élue à la Chambre des représentants des États-Unis depuis 2021.
Même celui qui a été le dernier sénateur démocrate de l’Iowa le reconnaît : Ashley Hinson est une bonne candidate.
En toute honnêteté, elle est crédible, elle est légitime
, mentionne Tom Harkin, en marge d’un événement de campagne de Josh Turek, pour qui il fait campagne.

Ashley Hinson, candidate républicaine au Sénat américain en Iowa. (Photo d'archives)
Photo : Associated Press / Charlie Neibergall
Les droits de douane : un fardeau pour les républicains
En plus du prix du diesel, le candidat démocrate a un atout dans sa manche pour séduire les agriculteurs : les tarifs douaniers impopulaires du président Trump et la riposte canadienne qui s’en est suivie.
Nous devons abolir ces droits de douane. Ce dont on a besoin, ce sont des tarifs douaniers stratégiques pour protéger les emplois américains et l’industrie manufacturière; automobile, par exemple
, dit Josh Turek en entrevue, en marge d’un événement de campagne.
Ces tarifs douaniers chaotiques se font sur le dos de notre industrie agricole et de nos fermes familiales
, déplore-t-il.
Il s’adresse à des électeurs comme l'agriculteur Joe Heinrach, qui n’est pas un grand partisan des droits de douane
.
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Cet adepte du libre-échange a toutefois espoir que Donald Trump arrache des concessions de la part du Canada, notamment en obtenant un accès complet au marché laitier.
Ce conflit tarifaire a une grande incidence sur les secteurs économiques de l’Iowa tournés vers le commerce international, explique lors d’une entrevue le professeur d’économie à l’Université d’État de l’Iowa Peter Orazem.
Ça entraîne une hausse du coût de leurs intrants et une baisse du prix de leurs produits
, précise-t-il.
Selon M. Orazem, la situation économique difficile pourrait favoriser les candidats hors du pouvoir.
Or, si le vote bleu est en croissance en Iowa, tout comme le soja et le maïs, il pourrait bien ne pas éclore le 3 novembre prochain.
Marek Cauchy-Vaillancourt est lauréat de la bourse Expérimenter le journalisme à l'étranger de la Fondation de l'Université du Québec à Montréal (UQAM).
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