2 films, 1 État : "Quand on filme l’eau qui monte" de Spike Lee

Notre trajet du jour : 300 kilomètres de Natchez dans le Mississipi vers la Nouvelle-Orléans en Louisiane. État à l’héritage multiple : français, espagnol, africain, créole, cajun, noir, blanc, caribéen.
C’est ce mélange qui a créé le jazz mais aussi la cuisine la plus excitante du pays.
Je sais, on débute légèrement. Mais il faut faire un top 3 de cette merveille qu’est la cuisine louisianaise. Le Gumbo. une soupe épaisse avec céleri, poivron et poulet servie brûlante sur du riz. Le Jambalaya, une espèce de cousin créole de la paella avec de la saucisse fumée.
Et notre top 1 indiscutable : Le po’boy : un pain français garni de crevettes ou d’huîtres frites, avec salade, tomates, cornichons et sauce rémoulade.
Mais passons aux choses sérieuses. Aujourd’hui, pas un film. Mais deux.
L'ouragan Katrina, un tournant
Ici, en Louisiane, l’eau monte. Les ouragans frappent. Le territoire est menacé. Et comme dans le Mississipi hier, nous sommes dans un des États les plus pauvres des États-Unis. Un territoire abandonné. Le sud oublié par les élites.
Notre premier film du jour est donc When the levees broke de Spike Lee, sorti en 2006.
Le 29 août 2005, l'ouragan Katrina frappe La Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent. Quatre-vingt pour cent de la ville est sous eau. 1800 personnes meurent. Un million de personnes sont déplacées. 100.000 ne reviendront jamais.
Spike Lee arrive dans les décombres quelques mois plus tard pour démontrer que Katrina n'est pas une catastrophe naturelle. Mais politique. Les digues qui protégeaient La Nouvelle-Orléans avaient été signalées comme défaillantes. Les demandes de financement pour les réparer avaient été refusées par l'administration Bush. Quand les digues ont cédé, le plan d'évacuation prévoyait que les habitants partent en voiture. Quarante pour cent des habitants du Lower Ninth Ward, le quartier le plus touché, le plus noir, le plus pauvre, n'avaient pas de voiture.
Lee filme aussi l’après Katrina. La reconstruction. Ou plutôt l'absence de reconstruction. Les promoteurs immobiliers qui ont racheté les terrains inondés pour construire des condominiums. Les familles qui n'ont jamais pu revenir parce que leur assurance ne couvrait pas les inondations. La Nouvelle-Orléans d'après Katrina est une ville plus blanche, plus riche, plus gentrifiée qu'avant. Spike Lee montre que ce n'est pas un hasard. Que c'est une politique.
Une inspiration inépuisable
C’est aussi ici, en Louisiane, que se déroule le second film dont nous parlons aujourd’hui : The Beasts of the Southern Wild de Benh Zeitlin, sorti en 2012.
Une petite fille de six ans, Hushpuppy, vit dans "la Baignoire", une communauté du bord du bayou, sous le niveau de la mer, habitée par des gens qui refusent d'être évacués et refusent d'entrer dans l'Amérique officielle. La montée des eaux arrive. Et Hushpuppy tient debout face à tout ça, toute seule, parce que personne d'autre ne le fera pour elle. C'est le film le plus beau et le plus déchirant sur ce que signifie être laissé de côté. Une merveille.
On aurait pu aussi évoquer Un Tramway nommé désir, 12 years a slave ou la série Treme qui se déroulent également ici. Mais il faut faire des choix. Et Bourbon Street nous attend.
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