Comment les États-Unis justifient leurs sanctions contre la Cour pénale internationale

Quelques heures après l’attribution du prix Nobel de la paix à Navi Pillay, une ancienne juge de la Cour pénale internationale, les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions contre la Cour, qui prendront effet dans six mois. Washington poursuit donc sa stratégie d’affaiblissement de la CPI dont elle ne reconnaît pas la légitimité et qui a provoqué la colère de Donald Trump ces dernières années. Washington entend maintenir la pression et rallier à sa cause d’autres pays.
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Pour les États-Unis, la Cour basée à La Haye représente une menace contre leur souveraineté et leurs citoyens. Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, explique que ces nouvelles sanctions ont pour but de bloquer les transactions financières de la Cour et donc de restreindre son action, rapporte notre correspondant à New York, Gwendal Lavina.
Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il rappelle que les États-Unis n’ont jamais adhéré à la Cour pénale internationale (CPI), qualifiée de « tribunal voyou » : « Nous n'avons pas besoin de cette Cour et n’en voulons pas. Mais les experts mondialistes, loin d’ici, se fichent de ce que vous pensez. Ils veulent plus de pouvoir et cela dépend de notre souveraineté. Le président Trump n’autorisera jamais la Cour pénale internationale à poursuivre des Américains. Soit la CPI arrête de nous menacer, soit nous en finissons avec la CPI. »
Pression
Jusqu’à présent, les États-Unis avaient ciblé individuellement des juges et du personnel de la Cour, mais ils vont, cette fois, plus loin en visant toute l’institution.
Washington entend ainsi mettre la pression sur ses alliés, appelés « à calmer les ardeurs de la Cour ». Référence aux mandats d’arrêt émis contre plusieurs dirigeants israéliens, dont le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, dont le pays n'est pas membre de la CPI.
Pour Pascal Turlan, expert en droit international et ex-conseiller au bureau du procureur de la Cour pénale internationale, joint par Sophia Khatsenkova du service international de RFI, l'impact recherché est de faire détourner les États de la CPI :
Sanctionner la Cour, ça veut dire interdire un certain nombre de transactions, interdire aux entreprises et aux individus américains ou basés aux États-Unis d'entrer en relation de travail avec la Cour pénale internationale, dans le but avoué, allégué, de nuire à sa capacité d'agir. On a cet impact très concret sur les paiements, sur les salaires, sur l'infrastructure de la Cour, sur les assurances, sur les services techniques. Et puis on a l'impact qui est le vrai impact recherché, ce n'est pas d'empêcher qu'un individu reçoive son salaire, c'est de faire réagir les États et de les faire se détourner de la Cour pénale internationale. On a vu qu'un certain nombre d'États, y compris des États du Sahel par exemple, ou le Venezuela, ont récemment annoncé qu'ils souhaitaient se retirer de la Cour suite à des efforts de pression exercés par les États-Unis. C'est dans ce domaine-là que va aussi être importante la réaction des États parties à la Cour, et en particulier des États de l'Union européenne et de l'État hôte, les Pays-Bas.
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Pascal Turlan, expert en droit international et ex conseiller au bureau du procureur de la CPI
Sophia Khatsenkova
Ces derniers mois, les États-Unis ont aussi agité le spectre de la fin des relations commerciales et militaires avec certains pays, notamment du continent africain, pour les forcer à se retirer de la CPI.
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