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Friday, November 6, 2026

La Chambre a approuvé la loi sur les visites domiciliaires

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Sous pression de la N-VA, de retour dans une majorité fédérale, le dispositif a refait surface, moyennant pour l’essentiel l’ajout de la condition du danger pour l’ordre public et la sécurité nationale. Des dizaines d’heures de travail parlementaire, dont des auditions, ont précédé le vote dans la nuit de jeudi à vendredi.

L’opposition de gauche et DéFI sont vent debout contre ce projet de loi. Un front associatif s’est constitué pour le combattre, dans lequel on retrouve les organisations d’aide aux sans papiers, l’Ordre des avocats, les syndicats ou encore le Centre d’action laïque.

Le débat s’est déroulé jeudi dans un climat particulier, souvent tendu. Des rassemblements ont eu lieu mercredi devant le Palais de justice de Bruxelles et dans un certain nombre de villes pour exhorter une dernière fois les parlementaires à ne pas voter ce texte. Car, politiquement, la situation est inédite.

Le gouvernement est démissionnaire mais la majorité, pourtant en sursis, a maintenu le point à l’ordre du jour, contrairement aux usages. L’opposition n’a pas manqué de le rappeler. Deux partis sont ciblés : Vooruit et, du côté francophone, les Engagés. Le projet de loi n’avait à l’origine suscité guère d’enthousiasme chez les centristes. "S’il n’y a plus de majorité, cela devient un vote d’adhésion, et chacun devra assumer son vote en âme et conscience", a averti Khalil Aouasti (PS). Mais les Engagés se sont dits jeudi "fiers" du texte et des balises qu’ils ont obtenues en deuxième lecture. "Ce texte n’est pas celui de 2017 auxquels nous nous étions opposés. Les conditions d’aujourd’hui sont strictes et cumulatives. Le seul fait de séjourner illégalement sur le territoire ne suffit pas", a expliqué la cheffe de groupe Aurore Tourneur.

Les détracteurs des visites domiciliaires reprochent au contraire au dispositif de mettre à mal la Constitution : il violerait le principe de l’inviolabilité du domicile, la protection de la vie privée, le droit à un recours effectif et la séparation des pouvoirs en faisant du juge d’instruction le "vassal" d’une administration, en l’occurrence l’Office des étrangers.
Quant au danger pour l’ordre public, il ne serait pas assez défini pour empêcher les dérives. C’est un des principaux griefs : la loi serait un premier pas vers des restrictions plus dures. "C’est le petit robinet qui ne laisse passer au début que quelques gouttes mais qu’un prochain gouvernement ouvrira un peu plus, et ainsi de suite", a illustré Matti Vandemaele (Ecolo-Groen).

L’utilité de la loi est aussi remise en cause. La question est revenue avec insistance : qui au juste est visé qui ne pourrait déjà être arrêté par d’autres procédures ? "Aujourd’hui, la majorité reste en peine de nous fournir un exemple concret et actuel", a affirmé Claire Hugon Lecharlier.

Dans une intervention qui a suscité la réprobation, la députée Maaike De Vreese (N-VA) a au contraire cité "les pédophiles, les assassins, les violeurs".
Denis Ducarme (MR) est revenu sur les chiffres de l’Organe de Coordination et d’Analyse de la Menace (OCAM) : une quarantaine de personnes se trouvant sur les listes de cette institution centrale dans la lutte contre le terrorisme et le radicalisme serait concernée. Il s’estimerait satisfait si une dizaine de visites domiciliaires par an "évitait qu’une bombe explose". "Cela reste un texte difficile qui peut braquer mais qui est nécessaire pour mettre fin à l’impuissance publique face à certaines décisions", a-t-il assuré.

Les comparaisons avec l’ICE, la police américaine de l’immigration, n’ont pas manqué. Des activistes avaient pris place dans les tribunes du public et ont jeté des tracts au nom de "No Ice in Belgium" avant d’être expulsées manu militari.

Les accusations ont choqué la majorité mais, selon Greet Daems (PTB), l’Arizona soutient "une loi qui, dans son principe, fait la même chose que Trump aux USA". "Cette comparaison relève du populisme pur et dur", s’est insurgé Achraf El Yakhloufi (Vooruit). La ministre a quant à elle déploré les "fake news" qui entourent le projet de loi. "Cette comparaison est parfaitement trompeuse. Ce projet de loi n’a rien à voir."

Le sort des citoyens hébergeurs suscite l’inquiétude d’une partie de l’opposition mais aussi de communes qui à travers le pays se sont déclarées "hospitalières". "Cette loi ne supprime pas la solidarité mais la pousse dans la clandestinité", a expliqué M. Aouasti (PS). "Cette loi vise à faire craindre aux hébergeurs d’héberger chez eux et à faire peur aux étrangers", a soutenu Mme Hugon.

Une réponse déconcertante est venue d’Aurore Tourneur dont la mère, quand elle était enfant, a hébergé des ressortissants albanais. "J’encourage fortement toute personne à l’accueil car cela s’appelle la solidarité et la fraternité. Mais nous avons une responsabilité en tant qu’élus de garantir la sécurité de nos concitoyens. Et c’est la garantie que nous avons inscrite dans la loi."

Pas une voix n’a manqué dans la majorité. Le député Xavier Dubois (Les Engagés) était absent. L’élu, également bourgmestre de Walhain, commune qui s’est opposée aux visites domiciliaires, n’avait pas caché ses réticences à l’égard du texte et n’avait pas voulu prendre part au vote en commission.

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