Le Canada ne présentera pas d’excuses aux États-Unis, dit LeBlanc
Donald Trump a intensifié mardi sa guerre commerciale transfrontalière avec l’entrée en vigueur de ses interdictions totales d’importation de certains produits canadiens. Le président américain met ainsi un frein aux nouvelles livraisons de la plupart des alcools, de produits laitiers et de certaines motos fabriqués au Canada.
Ces interdictions marquent la dernière escalade en date de la guerre commerciale, alors que l’administration Trump cherche à faire pression sur le Canada pour obtenir des concessions commerciales.
Le ministre du Commerce Canada-États-Unis, Dominic LeBlanc, a rejeté l’affirmation de Donald Trump selon laquelle le Canada reviendrait en rampant vers son administration avec des excuses afin de conclure un accord dans les prochaines semaines.
En répondant aux questions des journalistes lors d’une annonce sans rapport avec ce sujet au Nouveau-Brunswick, M. LeBlanc a dit ne pas penser que le gouvernement du Canada s’excuserait d’avoir pris la défense des travailleurs canadiens, des entreprises canadiennes et de l’économie du pays.
Le ministre a déclaré que le gouvernement américain avait décidé d’imposer une série de droits de douane qui violaient l’accord commercial signé par la première administration Trump il y a tout juste six ans. Il a ajouté que le Canada ferait ce qu’il fallait pour soutenir et protéger ses travailleurs et ses entreprises.
Donald Trump a déclaré lundi qu’il s’attendait à ce que le Canada revienne à la table des négociations dans les semaines à venir en présentant des excuses.
« Je pense que ce qui va se passer, c’est que d’ici trois ou quatre semaines, ils viendront nous voir et diront : “Nous allons supprimer tous les droits de douane” », a avancé M. Trump aux journalistes dans le Bureau ovale, ajoutant : « Nous allons tout gagner. »
Des restrictions potentiellement dévastatrices pour certains secteurs
Les interdictions d’importation de produits canadiens entrées en vigueur mardi à 00 h 01 concernent une trentaine de produits alcoolisés différents, notamment la bière, le vin et les spiritueux, tels que le whisky, la vodka et le gin. Elles s’appliquent également à divers produits à base de lactosérum, à certains types de mélasse, à la bière sans alcool et à certaines motos.
La société québécoise BRP a confirmé que ses motos à trois roues Can-Am Spyder et Canyon seront exclues de l’importation aux États-Unis. BRP a toutefois précisé que l’impact ne se ferait probablement pas sentir avant l’année prochaine, car elle a déjà achevé la majeure partie de sa production et de ses expéditions pour la saison en cours.
Jacob Jensen, directeur de la politique commerciale au sein du groupe de réflexion de centre-droit American Action Forum, estime que l’interdiction concernera 967 millions $ US d’importations canadiennes, sur la base des chiffres de 2025.
Sur ce montant, 87 % correspondraient à des boissons alcoolisées ciblées par les États-Unis, certaines provinces canadiennes ayant répondu aux provocations de Donald Trump en interdisant la vente d’alcools américains dans les magasins.
Ces restrictions pourraient s’avérer dévastatrices pour les secteurs concernés, mais elles ne devraient pas nuire à la croissance économique globale du Canada à court terme de manière significative.
Elles font suite à l’escalade de la guerre commerciale en août, lorsque le premier ministre Mark Carney a suspendu les négociations et rappelé Dominic LeBlanc et son équipe de négociation de Washington.
Moins de taxes, plus d’alcool
M. LeBlanc a déclaré mardi qu’aucune négociation commerciale approfondie n’était en cours, mais que les responsables des deux pays restaient en contact.
Si le premier ministre conclut à un moment donné qu’un accord est possible et qu’il protège la souveraineté du Canada, ce qui serait dans l’intérêt économique de celui-ci, alors les négociateurs canadiens seraient évidemment disposés à engager cette discussion, a expliqué M. LeBlanc.
Le groupe américain Toasts Not Tariffs, qui représente des agriculteurs, des distillateurs, des détaillants, des restaurants et des bars, a déclaré mardi dans un communiqué qu’il saluait les efforts de l’administration Trump visant à encourager le Canada à rouvrir ses marchés aux spiritueux et aux vins américains.
« Cependant, alors que cette interdiction visant les spiritueux et les vins canadiens entre en vigueur aujourd’hui, les restaurants, bars, détaillants et consommateurs américains se retrouvent de plus en plus entraînés dans un différend commercial qui a déjà eu des répercussions considérables sur les producteurs américains de vins et de spiritueux », a pointé le groupe, appelant à une résolution négociée du différend qui rétablisse les ventes des deux côtés de la frontière.
Mardi, les conservateurs fédéraux ont accusé le gouvernement de ne rien faire pour aider l’industrie canadienne des alcools et ont exhorté les libéraux à geler la taxe fédérale d’accise sur l’alcool et à suspendre la disposition d’indexation.
Shuvaloy Majumdar, porte-parole conservateur chargé des relations Canada-États-Unis, a soutenu dans une déclaration que « ce n’est pas le moment d’augmenter les taxes sur des industries qui se battent pour rester concurrentielles ».
Le Canada est également frappé par des droits de douane de 10 %, que l’administration Trump justifie par le recours au travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement. Ces droits ne s’appliquent pas aux produits conformes à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique, connu sous le nom d’ACEUM.
Par ailleurs, des secteurs industriels canadiens, tels que la sidérurgie, l’aluminium, l’automobile et la fabrication de meubles, sont durement touchés par les droits de douane sectoriels distincts imposés par M. Trump.
Lundi, Stelco Holdings a imputé à l’impact des droits de douane américains son projet de mettre à l’arrêt les activités de finition de son usine de Hamilton et de licencier des centaines de salariés.
L’Ontario, qui est particulièrement touché, a élargi mardi les critères d’admissibilité à un programme de financement de 1 milliard $ CAN destiné à octroyer des prêts aux entreprises touchées par les droits de douane, ainsi qu’à un fonds de 150 millions $ qui accorde des subventions ou des prêts aux petites et moyennes entreprises cherchant à conquérir de nouveaux marchés.
Le ministre ontarien du Développement économique, de la Création d’emplois et du Commerce, Vic Fedeli, a indiqué dans une déclaration que le gouvernement s’efforce de veiller à ce que les entreprises « soient non seulement en mesure de relever les défis actuels, mais puissent également prendre les mesures nécessaires pour réduire leur dépendance à long terme vis-à-vis d’un marché unique et diversifier leurs exportations internationales ».
— Avec des informations de Daniel Johnson, à Toronto, et de l’Associated Press
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