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Monday, September 28, 2026

Décès d’Anne Claire Poirier, cinéaste pionnière

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Avec le décès d’Anne Claire Poirier à l’âge vénérable de 94 ans, le Québec perd une cinéaste pionnière. La réalisatrice de films phares tels Le temps de l’avant, Les filles du Roy, Mourir à tue-tête, et Tu as crié LET ME GO, sut non seulement allier féminisme et cinéma, mais elle participa au surplus à la création d’un mouvement aussi nécessaire que durable. Par l’entremise du programme En tant que femmes de l’Office national du film (ONF), Anne Claire Poirier, avec d’autres consœurs, fut parmi les premières à aborder au grand écran des questions intimement féminines comme l’avortement, le vieillissement ou l’effacement.

Née à Saint-Hyacinthe en 1932, Anne Claire Poirier hésite au départ entre le droit et le jeu, qui l’emporte. Après un passage à Radio-Canada, elle fait son entrée à l’ONF en 1960, qui deviendra sa « maison » professionnelle. Là-bas, elle touche à tout : doublage, interprétation, montage…

C’est en 1963 qu’elle signe sa première réalisation : un court métrage documentant la transformation de Christopher Plummer en Cyrano de Bergerac sur les planches de Stratford. Deux courts et cinq ans plus tard, Anne Claire Poirier présente De mère en fille, un premier long métrage documentaire qui relate sa propre grossesse (à partir de matériel filmé pour ses chroniques à l’émission Femme d’aujourd’hui en 1965).

Déjà, tout est là, de la manière volontiers expérimentale, aux préoccupations féminines et féministes.

Anne Claire Poirier a beau être l’une des rares réalisatrices, tout n’est pas gagné pour autant. À cet égard, Anna Lupien, dans son ouvrage De la cuisine au studio, rapporte ces propos de la principale intéressée : « Les premiers films que j’ai faits, on mettait: “Anne Claire Poirier, femme cinéaste”. Ça m’insultait. Ça m’insultait carrément, et je leur disais. Est-ce qu’on dit Georges Dufaux, homme cinéaste ? Est-ce qu’on dit Denys Arcand, homme cinéaste ? »

Percutant « dramentaire »

Toujours à l’ONF, Anne Claire Poirier supervise le programme En tant que femmes, qui, de 1973 à 1975, voit la production de six œuvres charnières, dont deux de Poirier.

Dans Les filles du Roy (1974), elle revisite et commente les figures féminines traditionnelles de l’histoire québécoise tout en posant un regard critique sur les rôles et métiers dans lesquels on cantonne la femme moderne. Dans la fiction Le temps de l’avant (1975), où Luce Guilbault trouve l’un de ses plus beaux rôles, le sujet alors tabou de l’avortement est abordé sans faux-fuyant. Les deux films sont coscénarisés par Marthe Blackburn, collaboratrice assidue.

En 1979, paraît ce qui restera l’œuvre la plus connue d’Anne Claire Poirier : Mourir à tue-tête, dans lequel Julie Vincent bouleverse en infirmière victime d’un viol. Multipliant les procédés pour ce qu’elle appelle un « dramentaire », incluant le bris du quatrième mur, la cinéaste offre un réquisitoire percutant contre un système judiciaire et une société prompts à sacrifier les victimes.

« À l’époque, je n’avais pas encore vu une femme faire un film là-dessus. On mettait surtout l’accent sur le violeur, et non pas sur la femme violée. Il fallait donner la parole à la victime, et voir ce qu’elle traverse », confia en 2020 la cinéaste au collègue André Lavoie dans Le Devoir.

Douleur intime

Moins tragique, mais empreint de la même acuité, La quarantaine, en 1982, traite des maux et remises en question qui accompagnent l’avancement en âge, tant chez les hommes que chez les femmes. Outre qu’il bénéficie d’une superbe direction photo du vieil ami Michel Brault, le film réunit une distribution de rêve incluant Monique Mercure, Michèle Rossignol, Luce Guilbault, Patricia Nolin et Jacques Godin.

Jacques Godin qu’Anne Claire Poirier retrouve en 1988 pour Salut Victor, dans lequel deux hommes - l’un ouvertement gai, l’autre dans le placard - tombent amoureux sur fond de maison de retraite. À noter que le thème de l’homosexualité était déjà au nombre de ceux abordés dans La quarantaine.

S’ensuit un long hiatus auquel Anne Claire Poirier met fin en 1997 avec le douloureux Tu as crié LET ME GO, dans lequel elle revient sur l’assassinat de sa fille Yanne en 1992. Ce faisant, la cinéaste braque sa caméra sur le monde de la toxicomanie et de la prostitution. Marie-Claire Blais participe à l’écriture.

Forme typiquement non-conventionnelle, propos éminemment personnel : œuvre exceptionnelle. Dans le recueil Let Me Go !, qui accompagne la sortie du film, la cinéaste conclut :

« Je t’écoute,

Je t’entends bien,

je ne te retiens plus,

Yanne ma lumineuse,

Je te laisse partir…

je te laisse aller

I let you go, mon amour. »

Peut-être parce qu’en cette occasion, Anne Claire Poirier donne tout, voire davantage, Tu as crié LET ME GO sera son ultime film. Près de 30 ans plus tard, on ne saurait trop insister sur l’apport fondamental de la réalisatrice au cinéma québécois.

L’ensemble de la filmographie d’Anne Claire Poirier est disponible gratuitement sur le site de l’ONF.

View the original on Le Devoir →

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