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Monday, September 28, 2026

La crise humanitaire au Soudan s’enlise, l’aide internationale s’amenuise

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La pire crise humanitaire du monde, qui plombe le Soudan, en Afrique du Nord-Est, est aggravée par les combats armés entre deux factions rivales qui durent depuis avril 2023 et qui ont poussé environ 12 millions de Soudanais à quitter leur domicile.

Chaque jour de la dernière semaine, environ 400 réfugiés ont quitté le Soudan pour se rendre au Tchad, un pays voisin situé à l’ouest qui a accueilli près de 1 million de réfugiés depuis le début des hostilités. Ce nombre est 20 fois plus important que celui enregistré au cours des derniers mois, a révélé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Avertissement : ce texte contient des témoignages d’agression sexuelle et de violence, et les lecteurs pourraient trouver certains passages difficiles à lire.

Le HCR confirme que l’insécurité et le vol de bétail ont poussé les deux tiers des nouveaux exilés soudanais vers le Tchad. La plupart sont des femmes et des enfants.

Famine, violence physique et sexuelle, bâtiments en ruine, précarité extrême, effondrement des services publics; pour échapper à ces situations critiques, les Soudanais cherchent refuge au-delà des frontières de leur pays.

Les familles ont fui la violence, selon Hélène Caux, responsable des relations extérieures pour le HCR et basée à N’Djamena, au Tchad.

Des femmes soudanaises dans un camp.

Faisa est entourée d’autres réfugiés soudanais au centre de transit d’Adré, en septembre 2026. Cette femme de 40 ans a été blessée au visage par des éclats d’obus pendant le conflit au Soudan avant de fuir vers le Tchad.

Photo : UNHCR/Hélène Caux

Des fuites risquées

Les gens qui arrivent, encore maintenant, nous racontent vraiment des histoires empreintes de violence, une violence inimaginable, précise-t-elle. Souvent les gens qui réussissent à échapper la mort doivent franchir plusieurs étapes périlleuses avant d'arriver dans le pays voisin, explique la travailleuse humanitaire.

Elle relate l’histoire d’une adolescente de 17 ans qui a quitté, avec sa mère, le domicile familial devenu non sécuritaire. Sur la route du Tchad, elle a été enlevée par quatre hommes qui l’ont violée. Elle a perdu connaissance et, à son réveil, elle avait une balle dans la jambe et avait besoin de soins d’urgence.

Des réfugiées soudanaises se sont rassemblées au camp de réfugiés.

Des réfugiées soudanaises se sont rassemblées au camp de réfugiés d’Aboutengué pour rencontrer le coordinateur régional du HCR au Soudan. Elles ont fui les violences du Darfour, dont les frappes aériennes et de drones. Certaines ont aussi déclaré avoir subi des violences sexuelles au cours de leur périple vers le Tchad. Elles ont exprimé leur espoir de voir la paix revenir dans leur pays afin de pouvoir rentrer chez elles et reconstruire la vie qu’elles menaient autrefois.

Photo : UNHCR/Hélène Caux

Ce genre de témoignages de jeunes femmes ou de femmes plus âgées qui sont abusées [agressées sexuellement] sur leur chemin de fuite à partir du Darfour, notamment vers le Tchad, c'est quelque chose qui est malheureusement habituel.

Même après avoir franchi la frontière, les déplacés ne sont pas au bout de leurs peines, car ils se retrouvent souvent dans des camps surpeuplés et sous-financés.

Sur les 4,5 millions de réfugiés soudanais accueillis par des États voisins, 190 000 vivent toujours dans des conditions précaires en attendant d’être relogés dans des lieux mieux aménagés où ils pourront trouver des fournitures de base, de l'eau et de la nourriture, mais surtout, où ils ont accès à la sécurité, indique Mme Caux.

Vue aérienne des camps de réfugiés.

Vue aérienne des camps de réfugiés d’Iridimi et de Goudrane, dans la province de Wadi Fira, en décembre 2025. Le camp d’Iridimi a été ouvert en 2004 pour accueillir les réfugiés soudanais fuyant le conflit qui sévissait alors dans la région du Darfour, au Soudan; il accueille actuellement environ 45 000 réfugiés. Le camp de Goudrane a été créé pour faire face à l’afflux de réfugiés après le déclenchement de la crise soudanaise, en avril 2023; il accueille environ 49 000 réfugiés.

Photo : Hélène Caux

Le HCR s’efforce de déplacer les populations des zones frontalières qui ne sont pas sécuritaires en les redirigeant vers des camps où ils peuvent bénéficier de services qui sont beaucoup plus développés qu'aux zones de frontière.

Depuis avril 2023, l'agence onusienne a réussi à replacer plus de 660 000 réfugiés, un chiffre assez assez impressionnant, souligne la travailleuse humanitaire qui travaille au Tchad depuis plus de 20 ans.

Des femmes qui ont fui la guerre au Soudan se reposent dans un camp de réfugiés.

Environ 12 millions de Soudanais ont quitté leur domicile depuis le début de la guerre, ce qui constitue la crise migratoire la plus importante du monde. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Sam Mednick

Selon Hélène Caux, les réfugiés dans les camps tchadiens ne sont plus seulement des nomades ou des agriculteurs. On y trouve désormais des professionnels, comme des médecins et des avocats.

Pour eux, de se retrouver dans ces zones de frontière et dans ces camps de réfugiés, il y a une forme de déclassement social qui peut être très difficile à gérer, explique-t-elle.

De plus, la plupart des réfugiés n’ont pas accès à la quantité minimale d’eau requise quotidiennement ; ils en reçoivent moins de la moitié.

Des réfugiées soudanaises ont aligné leurs jerricans et attendent que les robinets s'ouvrent.

Des réfugiées soudanaises ont aligné leurs jerricans et attendent que les robinets s'ouvrent pour pouvoir les remplir au camp d'Ouré-Cassoni, situé dans la région désertique et aride de l'Ennedi-Est, en mars 2026. Avec 115 000 réfugiés, Ouré-Cassoni est le plus grand camp de réfugiés de l'est du Tchad.

Photo : UNHCR/Hélène Caux

Quant à la nourriture, le Programme alimentaire mondial (PAM) a alerté la semaine dernière qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes pour contrer la faim aiguë qui frappe près de 20 millions de Soudanais. Le PAM estime qu'il lui manque 300 millions de dollars pour tenir ses activités actuelles, qui réussissent à nourrir 4 à 5 millions de personnes par mois.

Nous sommes sur le point de basculer dans le gouffre financier à un moment où les besoins ont atteint leur plus haut niveau depuis plus d’une décennie, a déclaré par voie de communiqué Matthew Hollingworth, directeur général chargé de l’aide au PAM.

L'aide internationale s'amenuise

Alors même que les besoins atteignent un sommet, l'aide humanitaire internationale se fait plus rare. Au cours des dernières années, le financement de l'aide humanitaire internationale a chuté à l'échelle du globe.

Des femmes et des enfants réfugiés soudanais attendent, assis sur un banc.

Des femmes et des enfants réfugiés soudanais attendent d'être enregistrés au centre de transit d'Adré, en septembre 2026. Une fois l'enregistrement et l'examen médical effectués, ils seront transférés par le HCR vers un endroit aménagé davantage à l'intérieur des terres, où ils auront accès à de l'hébergement et aux services de base.

Photo : UNHCR/Hélène Caux

Entre 2022 et 2025, le montant consacré au système d'aide humanitaire internationale est passé de 47,5 milliards $ US à 33,3 milliards $ US, a conclu un rapport de l'Active Learning Network for Accountability and Performance (ALNAP) (nouvelle fenêtre). Une chute de 30 % en l'espace de trois ans, qui ont été marqués par la multiplication et l'aggravation des conflits sur le globe.

Le financement humanitaire destiné au Soudan a atteint un pic historique d’environ 2,05 milliards $ US en 2024, selon l’ALNAP, avant de chuter à 1,3 milliard de dollars $ US en 2026. Au Tchad, les fonds ont quant à eux diminué de plus de moitié entre ces deux années, passant de 935 millions à environ 423 millions $ US.

Concrètement, cela se répercute sur les portions destinées aux personnes les plus démunies, qui doivent être rationnées encore davantage, faute de financement, déplore le PAM. Il s'agit d'ailleurs d'un des organismes internationaux les plus touchés par ces réductions avec une diminution de 6,37 milliards $ US entre 2022 et l'année en cours. Cette réduction représente une diminution de plus des deux tiers du budget de 2022.

On constate également des réductions au HCR, comme le souligne Hélène Caux, qui témoigne du manque d'abris et de ressources sur le terrain en plus des compressions dans les programmes de soutien psychologique, en particulier pour les femmes et les jeunes filles dans les campements.

Des enfants posent dans l'encadrement des portes d'une maison.

Des enfants réfugiés soudanais au centre de transit du HCR à Adré, en septembre 2026. Ils ont fui le conflit au Soudan avec leur famille avant de trouver refuge au Tchad. Après leur enregistrement et un examen médical au centre, ils seront transférés par le HCR vers un endroit aménagé davantage à l'intérieur des terres, où ils auront accès à de l'hébergement et à des services de base.

Photo : UNHCR/Hélène Caux

Elle soutient que le domaine de l’aide humanitaire subit une profonde transformation en raison des contraintes budgétaires qui l’obligent à repenser son fonctionnement et à établir des partenariats pour favoriser l’autonomie économique accélérée des réfugiés.

On ne peut pas continuer. Le monde a changé, dans le sens où les humanitaires n'ont plus le même genre de financement qu'il y a encore quelques années, et donc, forcément, ça a un impact sur nos programmes d'assistance aux réfugiés.

À cela s'ajoute une période de sécheresse inédite au Darfour depuis 1984, aggravée par El Niño, qui met en péril les récoltes et le bétail. À cette période de l’année, les agriculteurs s’attendent généralement à de fortes pluies, ce qui fait craindre le pire pour cette région au cœur des affrontements.

Le directeur général adjoint du PAM, Carl Skau, s'est rendu au Darfour pendant la saison des pluies. Il a indiqué, la semaine dernière, que des Soudanais dépendent de l'agriculture et de l'aide alimentaire fournie par le PAM pour survivre. Si l’agriculture est maintenant touchée par la sécheresse, et que l’aide alimentaire du PAM est touchée par des compressions budgétaires, comment [survivront-ils]?

Des hommes armés dans des véhicules.

Un groupe de déserteurs armés des Forces de soutien rapide (RSF), une milice paramilitaire, arrive à bord d’un véhicule alors qu’ils seraient en train de se rendre à l’armée soudanaise, à l’ouest d’Omdurman, le 19 août 2026. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / EBRAHIM HAMID / AFP

Trouver refuge toujours plus loin

Les conditions inadéquates dans les camps de réfugiés et le manque de ressources pour subvenir aux besoins d'un si grand nombre de personnes dans les pays voisins du Soudan poussent les réfugiés soudanais à s'éloigner toujours plus de leur pays d'origine.

C'est très difficile aussi pour toutes ces personnes de rester dans un camp de réfugiés dans l'attente que la guerre se termine, précise Hélène Caux.

L'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a confirmé ce phénomène en analysant les parcours migratoires des Soudanais vers l'Europe, dont le nombre a considérablement augmenté.

Une femme et ses enfants avec des bagages dans un camp de réfugiés.

Souhal, 24 ans, serre fort contre elle son bébé, Adam (2 mois), tout en gardant un œil sur sa fille, Rhama, 3 ans, alors qu’ils se préparent à quitter le centre de transit de Tiné pour rejoindre le camp de réfugiés de Touloum, en décembre 2025. Ils ont fui les attaques qui ont frappé la ville d’El-Fasher à la fin d'octobre 2025, au cours desquelles le mari de Souhal a été tué par les RSF, et ont trouvé refuge au Tchad.

Photo : UNHCR/Hélène Caux

Si le nombre total de réfugiés qui arrivent par bateau sur le Vieux Continent a diminué, le nombre de réfugiés en provenance du Soudan a, en revanche, explosé, passant de 4094 arrivées en 2024 à 14 104 en 2025, soit une augmentation de 245 % en un an.

Selon l’analyse du HCR, les besoins de protection et les besoins fondamentaux non satisfaits dans les pays d’accueil initiaux sont des facteurs qui expliquent ces mouvements secondaires.

Avec des informations de l'ONU

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