Un jour, une carte : la Jordanie entre-deux-guerres ?

Dans la nuit de lundi à mardi, des bases américaines situées au centre de la Jordanie ont été bombardées par des drones. C’est l’Iran qui est à la manœuvre, en rétorsion d’attaques US sur ses pétroliers.
La question se pose : le petit royaume jordanien peut-il éviter d’être plus fortement entraîné dans le conflit ?
À ce stade, oui. La Jordanie laisse les États-Unis répliquer, espérant maintenir cet équilibre entre allié avec Donald Trump tout en évitant la participation plus active dans une guerre qui n’en finit plus.
Ce petit royaume est grand comme trois fois la Belgique. Le nombre de ses habitants est équivalent au nôtre 11 millions environ. À l’instar du plat pays, il n’y a pas de ressources fossiles exploitables pour le moment. C’est une économie pauvre, faite de services, de commerces et d’infrastructures routières. Toute grande différence – elle de taille – pour affronter l’avenir : La Jordanie est dernière ou presque du classement mondial pour les ressources en eau avec 62 mètres cubes par habitant. Les Belges en sont à plus d’un millier de mètres cubes. C’est dire si le fleuve Jourdain a toute son importance pour la Jordanie, mais aussi pour les voisins palestiniens et israéliens. On y reviendra.
La Jordanie stable et apaisée dans une région qui est loin de l’être.
Le Roi de Jordanie et son allié Donald Trump © Getty images

C’est l’image que l’on en retient, basée essentiellement d’abord sur des lieux historiques, très touristiques, comme Petra et ensuite pour la stabilité de la famille royale régnante qui se succède au pouvoir depuis l’indépendance en 1946. Ce pays a été appelé la "Transjordanie", quand les Britanniques colonisateurs voulaient lui faire contrôler les deux rives du Jourdain.
Mais les velléités guerrières des pays arabes contre l’État d’Israël ont eu raison de cette ambition : la Jordanie est confinée à l’est du Jourdain. À plusieurs reprises, ce calme apparent a volé en éclat, essentiellement quand, de guerre en guerre, les Palestiniens ont cherché refuge dans ce pays. Ils ont parfois tenté de le contrôler. Dans les années 1970, le terrorisme palestinien de Septembre noir a visé le pouvoir et abattu le Premier ministre de l’époque.
Depuis, ce pays subit et accueille 2 millions de réfugiés palestiniens et plus récemment encore un demi-million de Syriens ou Irakiens. Quelque 25% des habitants sont des réfugiés. Cela aurait pu entraîner le pays dans une forme de libanisation et de guerres des clans perpétuelles. Malgré cela, le pays garde le cap, sous la houlette de ses alliés, États-Unis et Arabie saoudite, et avec en main un accord de partenariat avec Israël depuis 30 ans.
Le pouvoir monarchique est plutôt autocratique. Le parlement élu n’est pas souverain. Il est là pour conseiller le roi.
Le Jourdain : la clé pour les ressources vitales.
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Un canal d’adduction d’eau qui longe le Jourdain côté jordanien doit être rénové de fond en comble.
Si le Jourdain a bien donné son nom au pays, la Jordanie bénéficie peu de son apport. Les eaux du fleuve bénéficient bien plus largement à Israël, qui en ponctionne presque 50% des ressources. Il en reste un petit quart à la Jordanie. Le reste du pays, c’est du désert qui rejoint l’Irak, la Syrie et l’Arabie saoudite. Un seul accès à la mer vers la mer Rouge.
Si la Jordanie parvient à se maintenir en équilibre et ne pas être entraînée plus dans la guerre avec l’Iran, la bataille de l’eau semble bien plus vitale, voire inévitable, pour l’avenir. Est-ce que le monarque Abadallah 2 pourra y être attentif ? À vérifier tant, il est obligé au compromis avec ses alliés occidentaux.
Pour la petite histoire, ce roi est plutôt féru de guerre des étoiles, il a joué un petit rôle dans Star Trek et a fait installer un parc d’attractions près d’Amman en hommage à la saga. Une série spatiale qui n’aborde pas frontalement la question de ce besoin essentiel à la vie.
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