Des Tylenol pour Nicolas Marceau

Nicolas Marceau se plaint qu’Ottawa lui donne des maux de tête. Sensibles à la douleur du nouveau ministre des Finances du Québec, nous lui offrons gracieusement quelques solutions en guise de « Tylenol ».
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Il est vrai que Nicolas Marceau doit se creuser les méninges très fort pour remplir les promesses électorales du Parti québécois (PQ) sans briser son cadre financier.
Vrai aussi que le gouvernement fédéral lui complique la vie avec la mégadéduction à la productivité, annoncée au milieu de la campagne électorale, alors que le PQ avait déjà promis une baisse progressive de l’impôt sur le revenu des sociétés de 11,5 % à 9,5 %.
Or, le PQ n’a guère d’autre choix que d’emboîter le pas au fédéral en harmonisant sa fiscalité, comme dans les autres provinces, s’il ne veut pas que les entreprises investissent ailleurs. Mais cela privera Québec d’environ 1 milliard de dollars par année, un gros trou dans son budget archiserré.
La meilleure solution pour le PQ serait de réduire ou de décaler l’entrée en vigueur de sa baisse d’impôt qui coûtera 2,5 milliards par année, à terme.
Franchement, la mesure fédérale est mieux ficelée.
La mégadéduction vise les entreprises qui investissent dans leur croissance, en leur versant plus rapidement des économies d’impôt sur leurs dépenses. Cela vaut mieux que de donner un cadeau à toutes les entreprises, y compris à celles dont les activités stagnent.
Voilà un premier Tylenol.
Nicolas Marceau espérait en trouver d’autres dans le budget fédéral déposé jeudi. Il réclamait d’Ottawa une hausse des transferts en santé et un versement pour la prise en charge des demandeurs d’asile.
Sans surprise, il n’y avait rien là-dessus. À la place, Ottawa a débloqué 11 milliards pour l’itinérance et l’habitation, en pilant dans les champs de compétence des provinces.
Face au drame humain, il est difficile de reprocher à Ottawa de prendre cet enjeu à bras-le-corps. Mais le fédéral doit faire descendre l’argent rapidement sur le terrain, sans imposer des conditions qui multiplieraient la paperasse et brimeraient la juridiction provinciale.
Des gens meurent dans les rues. Il n’y a pas de temps à perdre, pas de politique à faire sur le dos des itinérants.
Le PQ a aussi accusé la Coalition avenir Québec (CAQ) d’avoir laissé « la maison en désordre ». C’est le coup classique du parti qui arrive au pouvoir et met sur le dos du gouvernement précédent le fait qu’il n’arrive pas à respecter ses promesses !
Le PQ pointe le Plan québécois des infrastructures (PQI) qui détermine les sommes que le gouvernement consacrera sur 10 ans à la construction et à la réparation des routes, des écoles, des hôpitaux, etc.
Malgré la décrépitude de nos infrastructures, le volume de travaux prévus au PQI va diminuer d’ici trois ans pour tomber à un niveau qui risque d’accélérer la dégradation de nos infrastructures.
Ces chiffres ne sont pas un mystère. La vérificatrice générale avait sonné l’alarme dans son analyse préélectorale.
Mais durant la campagne, le PQ a choisi de ne pas ajouter d’argent dans le PQI, contrairement à presque tous les autres partis qui avaient prévu des milliards additionnels.
À l’étroit dans cette enveloppe, les péquistes devront maintenant faire des choix difficiles et prioriser les réparations au lieu des nouveaux projets… comme le pont qu’ils ont promis au-dessus du Saguenay. Le maire de Tadoussac lui-même ne voit pas cela comme une priorité.
Pendant ce temps, il y a des élèves qui n’avaient pas de classe à la rentrée parce qu’on a découvert des fissures dans leur école. Il y a un motocycliste qui est mort cet été en essayant d’éviter un nid-de-poule.
Le PQ peut s’enlever de la pression en focalisant sur le plus urgent.
Le PQ peut bien blâmer Ottawa et la CAQ, mais il s’est lui-même peinturé dans le coin en promettant de revenir à l’équilibre budgétaire un an plus tôt que requis par la loi.
S’il veut garder le cap, ce qu’il n’a pas voulu confirmer, d’autres sacrifices sont envisageables.
- Attendre pour supprimer la taxe sur les biens d’occasion qui fait en sorte qu’on paie la TVQ chaque fois qu’un véhicule change de mains. Cette taxation à répétition est ridicule, disons-le. Mais dans un contexte budgétaire ultra contraignant, l’État peut-il se priver de 600 millions chaque année ?
- Passer Go sur la bonification du crédit d’impôt pour l’achat d’une première habitation de 1400 $ à 3000 $. Ce genre de mesure met de l’huile sur le feu. En donnant de l’argent aux premiers acheteurs, on stimule la demande… ce qui fait grimper le prix des maisons.
- Oublier le congé de taxe sur l’essence qui profite davantage aux mieux nantis. Le Directeur parlementaire du budget a calculé que la baisse du fédéral rapportait 3,5 fois plus au quintile le plus riche qu’au quintile le plus pauvre.
De manière générale, l’aide pour lutter contre la hausse du coût de la vie devrait être ciblée vers les moins nantis. Autrement, on endette nos enfants pour financer notre consommation actuelle.
Tylenol, Aspirine, Advil… Il y a du choix pour aider le ministre Marceau à faire son casse-tête budgétaire sans trop de douleur.
Changer ses plans en début de mandat n’est peut-être pas plaisant, mais il l’a déjà fait en 2012, sous le gouvernement de Pauline Marois. La promesse de hausser l’impôt sur le gain en capital et les revenus de dividendes est allée directement à la poubelle après les élections.
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