Riposte tarifaire | Ottawa n’a pas modifié ses contre-mesures

(L’Assomption) Le premier ministre Mark Carney n’a apporté aucun changement à ses contre-mesures au cours des derniers jours, même si Christine Fréchette lui a demandé d’en revoir certaines qu’elle jugeait « problématiques ».
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La première ministre sortante et cheffe caquiste disait pourtant en matinée lundi que M. Carney avait « ajusté le tir » de sa riposte tarifaire contre les États-Unis à la suite de récents pourparlers avec Québec.
Cette sortie a provoqué tout un débat entre Ottawa et Québec au sujet de l’interprétation à faire de ses propos.
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En réponse à des questions lors d’une conférence de presse, lundi, Christine Fréchette a laissé entendre que Mark Carney avait accepté de modifier certaines contre-mesures qu’elle jugeait « problématiques » à la suite de discussions survenues dans les derniers jours.
« Ils ont pris en considération nos demandes et ils ont ajusté le tir », a-t-elle affirmé à Mirabel pour annoncer un coup de pouce financier aux familles pour la rentrée scolaire (voir notre fil électoral).
PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE
Christine Fréchette, première ministre sortante du Québec
Christine Fréchette a affirmé que Mark Carney avait répondu partiellement à ses demandes, tout en laissant entendre qu’elle était tout de même satisfaite.
C’est ça, il y a une écoute, une prise en considération de nos demandes. Est-ce que c’est parfait comme situation ? La situation dans son ensemble n’est pas parfaite. Est-ce que ça pourrait être bonifié ? Nous, on va surveiller avec les entreprises l’évolution de la situation.
Elle n’a pas précisé les mesures tarifaires problématiques à ses yeux. Elle disait laisser le soin à Mark Carney de présenter celles qui seraient modifiées.
Or, le cabinet du ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a indiqué qu’aucune mesure n’avait été modifiée récemment. La liste des produits visés par les contre-mesures tarifaires est restée la même depuis le 26 août.
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Le ministre des Finances du Canada, François-Philippe Champagne
En coulisses, après la sortie de Mme Fréchette, Québec a affirmé qu’à sa demande, Mark Carney avait ajouté des contre-mesures pour des biens américains qui peuvent être produits au Canada – en particulier au Québec – en quantité suffisante pour répondre à la demande intérieure. Il s’agit par exemple des fils de cuivre, du lait fluide et de certains produits fromagers. C’est ce gain auquel faisait référence Mme Fréchette en conférence de presse, a-t-on expliqué.
Or, Ottawa affirme que ces changements ont été apportés le 26 août lorsque Mark Carney a décidé de retirer les produits de poissons et de fruits de mer de la liste des produits visés par les nouvelles contre-mesures pour les remplacer par d’autres, dont le cuivre. C’était à la suite des demandes de provinces, dont le Québec.
L’attaché de presse de M. Champagne, John Fragos, signale que ces « changements ont été déterminés en partie à la suite de discussion et de recommandations du gouvernement du Québec et du milieu des affaires, tout comme nous l’avons fait avec les autres provinces à travers le pays ». Il ne s’agit toutefois pas d’une nouveauté, dit-il, puisque c’était prévu il y a deux semaines.
Aucune contre-mesure n’a été modifiée ou retirée depuis, martèle Ottawa.
Québec a également soutenu que le fédéral a accepté, à sa demande, de rendre admissibles de nouveaux produits à son programme de remises (comme les produits d’acier utilisés dans la fabrication automobile et aéronautique, les produits utilisés dans la fabrication, la transformation, l’emballage de boissons et d’aliments).
Or, selon Ottawa, il était déjà prévu que les produits en question allaient être assujettis à ce programme au moment d’annoncer sa riposte tarifaire ; il a simplement confirmé à Québec, dimanche, que c’était bien le cas.
« Le gouvernement a élargi le régime actuel afin qu’il s’applique également aux produits nouvellement visés par les tarifs, dans le cadre des contre-mesures proportionnelles du Canada et de son soutien aux secteurs touchés », confirme John Fragos. Ottawa reconnaît toutefois que des échanges dans les dernières semaines avec Québec et d’autres provinces ont permis d’apporter des précisions dans le programme de remises.
En vertu de ce programme, une entreprise d’ici qui paie plus cher un produit américain en raison d’une contre-mesure recevra d’Ottawa une somme équivalente en guise de compensation (la fameuse remise).
À la suite de la réaction du fédéral, l’entourage de Mme Fréchette s’est défendu et a fait savoir que le ministre Champagne avait confirmé officiellement dimanche seulement l’élargissement du programme de remise et l’ajout de nouvelles contre-mesures répondant à des demandes de Québec. Il ajoute que Mme Fréchette faisait allusion à ces gains lors de la conférence de presse. Il reconnaît qu’il a demandé que certaines contre-mesures soient retirées, mais que le fédéral a refusé.
Pour le chef libéral, Charles Milliard, « Christine Fréchette a menti aux Québécois en prétendant qu’elle a eu une influence quelconque dans les négociations actuelles et dans la riposte du gouvernement fédéral ».
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Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec
« Si elle souhaite se comporter en première ministre, ça commence par dire la vérité aux Québécois. Alors honnêtement, c’est vraiment disgracieux, c’est indigne », a-t-il asséné.
Christine Fréchette a poursuivi sa campagne dans la journée lundi, puis l’a mise entre parenthèses en soirée, alors qu’elle réunissait son Conseil des ministres à 18 h. Ce devait être l’occasion d’« ajuster nos mesures » d’aide aux entreprises, a-t-elle indiqué.
« Il y a un certain nombre de mesures qu’on va pouvoir vous présenter une fois que ce sera adopté par le Conseil des ministres qui vont pouvoir aider nos entreprises. »
Il est donc justifié, selon elle, de tenir une réunion spéciale du Conseil des ministres en campagne électorale, une décision que dénoncent ses adversaires.
Je ne m’excuserai pas de gouverner quand c’est pour protéger nos entreprises, notre économie et nos travailleurs.
Elle a proposé aux autres chefs de parti de les rencontrer virtuellement lundi soir pour leur présenter les mesures qui seront mises en place par son gouvernement.
La cheffe caquiste a laissé entendre qu’elle pourrait à nouveau porter son chapeau de première ministre sortante plus tard dans la campagne, entre autres en cas de réplique de l’administration Trump.
« Est-ce que les Américains vont réagir aux contre-tarifs ? Je dois vous dire que je ne serais pas surprise qu’ils décident de réagir aux contre-tarifs du fédéral. Donc ça aussi, ça va démarrer potentiellement un autre cycle. À voir. Moi, je souhaite que l’on soit au minimum en termes de conséquences sur les entreprises, les travailleurs québécois. Mais on doit voir dans la réalité comment ça va évoluer », a-t-elle dit.
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