«iD Évolution»: le Cirque Éloize revisite son succès
Né il y a 17 ans, soit en 2009, au Global Fair & Festival, à Incheon, en Corée du Sud, iD, du Cirque Éloize, renaît sous un nouveau titre, iD Évolution. Jeannot Painchaud en signe toujours la mise en scène, mais il s’est cette fois adjoint le chorégraphe et danseur d’origine suédoise Elon Höglund. « Quand on a décidé de reprendre le spectacle il y a deux ans, explique le cofondateur de l’institution circassienne, il était naturel pour moi d’aller chercher le premier danseur que j’avais engagé [pour la mouture originale], qui a maintenant sa propre compagnie et qui est lui-même créateur de spectacles, pour m’accompagner dans la mise en scène de la nouvelle version. […] C’est un alchimiste du mouvement, Elon, dans toute sa manière d’explorer, de faire des liens entre les différentes danses urbaines et de développer sa propre signature. »
Un style que le principal intéressé, âme dirigeante, avec Emmanuelle Lê Phan, de la troupe québécoise Tentacle Tribe, qualifie de « danse de rue déconstruite » entremêlée d’autres influences. « Essentiellement s’y regroupe tout ce qui a marqué ma vie : j’ai pratiqué plusieurs arts martiaux (capoeira, taekwondo…) pendant des années, j’ai fait du hip-hop, du break et du popping toute ma vie, et je fusionne tout cela à mon expérience en danse contemporaine. » Le tout en une approche dite « organique », où tous les corps bougent ensemble comme s’ils ne faisaient qu’un.
Or, le Montréalais anglophone n’a pas tenu à imposer sa marque à tout prix dans iD Évolution, car l’identité individuelle des artistes participe à l’essence même du spectacle. L’étincelle de départ, Jeannot Painchaud l’a d’ailleurs trouvée dans l’univers des duels de danse (battles). « Les danseurs ont un grand besoin d’exprimer leur identité propre, leur individualité, soutient-il, mais l’appartenance au groupe est tout aussi importante. Au groupe de son quartier, de son coin de rue, de son village. On retrouve ça dans toutes les formes de danses [urbaines], que ce soit le waacking, le krump, le house, le hip-hop, le break. »
Le créateur y a vu un parallèle avec la sphère circassienne, où chaque artiste développe son univers acrobatique particulier, mais où l’interdépendance se révèle fondamentale. « Parce que quand on fait du main à main ou du trapèze, notre vie dépend de la personne qui va nous attraper. Il y a quelque chose au niveau de la solidarité qui est vraiment puissant dans le monde du cirque. »
Ainsi, un peu à la Roméo et Juliette, ou à la West Side Story, son interprétation plus moderne, deux bandes s’affrontent : les circassiens et les danseurs. Or, une contorsionniste et un b-boy outrepasseront cette ségrégation jusqu’à s’unir en un duo qui, aux yeux du metteur en scène, relève de « la pure poésie ».
Histoire peaufinée, esthétique renouvelée
Cette histoire de dissension entre deux clans apparaît encore plus limpide dans la nouvelle mouture, estime Elon Höglund. Le fil rouge qui la traverse se serait étoffé. Pour son complice, cette reprise a également été l’occasion de revisiter l’esthétique du spectacle. « À l’époque, relate Jeannot Painchaud, c’était très inspiré par le New York des années 1980, mais aussi par le Shibuya, au Japon », un quartier de Tokyo reconnu pour sa vitalité en ce qui a trait à l’art et à la mode. À ces lignes directrices s’ajoutent désormais des accents « futuristes et cartoonesques », précise-t-il, facilités par les nouvelles technologies.
Les costumes et décor originaux, explique le chorégraphe et assistant metteur en scène, n’ont pu être récupérés à la suite de l’inondation qu’a subie l’entrepôt du Cirque Éloize en 2024. Qu’à cela ne tienne, celui-ci apprécie encore davantage la nouvelle scénographie. « Elle rappelle des échafaudages ou les poutres d’un vieux pont. C’est peut-être parce que je viens de la danse, mais j’aime sa simplicité, sa silhouette épurée. »
Et pour s’arrimer aux aspirations bédéesques du spectacle, Höglund a adapté son approche chorégraphique. « Jeannot voulait quelque chose de très graphique et, en ce qui concerne les mouvements, nous avons tenté de les faire les plus nets possibles. En bande dessinée, on n’a pas besoin de cinq cases pour exprimer que quelqu’un part, par exemple. Une seule suffit. […] On essaie de s’en inspirer quant à la clarté des images. »
Les numéros constituant le spectacle, pour leur part, « sont à peu près les mêmes, mais avec la manière de faire des finissants de l’École nationale de cirque des années 2020 plutôt que des années 2000 », nuance Jeannot Painchaud. Car si les danses de rue ont connu une évolution certaine depuis iD, elles ne sont pas les seules à s’être transformées. Le metteur en scène constate que les circassiens repoussent les limites de leurs disciplines respectives. « Je dirais que la danse est beaucoup plus intégrée, en général, aux mouvements acrobatiques que lorsque j’ai commencé, il y a 30 ans. » Qui plus est, poursuit-il, « du point de vue acrobatique, il y a toujours des nouveautés, de nouveaux mouvements. Si on prend la roue Cyr, par exemple, qui a été inventée par Daniel Cyr, cofondateur du Cirque Éloize, quand on a commencé à en faire, on était la seule compagnie au monde à en faire. Aujourd’hui, chaque année, à l’École nationale de cirque et dans d’autres écoles dans le monde — car, maintenant, c’est un appareil qui est vraiment répandu —, les gens trouvent toujours de nouveaux mouvements. C’est hallucinant comment le langage continue d’évoluer. »
Cette relecture « plus modeste » (notamment en ce qui concerne le nombre d’artistes sur scène) du spectacle qui a inauguré la toute première édition du festival Montréal complètement cirque, en 2010, a déjà amorcé sa tournée internationale. Saura-t-elle surpasser les records établis par l’original ? Car iD, aux dires de son créateur, « a été le plus grand succès commercial du Cirque Éloize. Il a tourné pendant huit ans et on a atteint presque 1000 représentations ». Un beau défi à relever.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.