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Monday, September 14, 2026

Quand Santé Québec néglige la santé publique

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Cette histoire inacceptable se passe dans le centre de la petite enfance (CPE) Les Amis de la Culbute aménagé dans une annexe de l’hôpital de Roberval. Comme bien des travailleurs de la santé, Andrée-Anne Gagné, mère et médecin, y dépose ses enfants chaque matin en pensant qu’ils y sont évidemment en sécurité. Jusqu’à ce qu’elle apprenne avec consternation qu’il y a eu une découverte d’amiante fortuite au CPE le 16 juillet à la suite de travaux autorisés par Santé Québec Saguenay–Lac-Saint-Jean à l’étage au-dessus de la garderie. Sans que l’on ne juge bon d’en informer immédiatement les principaux concernés ni la Santé publique.

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Étrangement, le signalement à la Santé publique n’a été fait qu’un mois plus tard, le 17 août, après que Santé Québec a reçu le résultat des tests confirmant la présence de résidus d’amiante. La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) a déclenché une enquête deux jours plus tard.

Aussitôt le signalement reçu, la Direction régionale de santé publique a ordonné l’évacuation de la garderie de façon préventive1. Mais Santé Québec a eu bien du mal à évacuer la colère des parents qui ont appris que leurs enfants ont pu être exposés à de l’amiante entre le 22 juin (date de début des travaux) et le 18 août (date d’évacuation des locaux). Même si les tests ont confirmé une faible présence d’amiante et que Santé Québec estime que le risque pour la santé des poupons et des jeunes enfants est faible, les parents sont loin d’être rassurés.

PHOTO FOURNIE PAR ANDRÉE-ANNE GAGNÉ

Le CPE Les Amis de la Culbute, situé dans une annexe de l’hôpital de Roberval, a été évacué le 18 août 2026 à la suite de la découverte fortuite de résidus d’amiante.

« Imposer un risque, aussi faible soit-il, à nos enfants, c’est inacceptable ! », dit Andrée-Anne Gagné, indignée.

Olivier Magdin, père d’un enfant qui fréquente le CPE et ingénieur en construction, ne s’explique pas le délai d’un mois entre la découverte du débris suspect et le signalement qui a mené à l’évacuation et à la relocalisation de la garderie. Sur un chantier, lorsqu’on découvre des débris d’amiante, le principe de tolérance zéro s’impose, rappelle-t-il.

On est tenus d’aviser la CNESST, de faire une caractérisation. Et probablement qu’aucun travailleur ne serait rentré tant et aussi longtemps qu’on n’a pas l’échantillonnage.

Olivier Magdin

Comment expliquer alors qu’il s’est écoulé plus d’un mois entre la découverte fortuite et l’évacuation de la garderie ? Qui à Santé Québec a pris la décision de garder le CPE ouvert de la mi-juillet à la mi-août et sur la foi de quelle évaluation des risques ?

Le 2 septembre, les parents ont tenté d’obtenir des réponses lors d’une rencontre à laquelle participaient Luc Tremblay, directeur de la logistique et des services techniques de Santé Québec Saguenay–Lac-Saint-Jean, et un médecin de la Direction régionale de santé publique. Mais ils se sont butés à de trop nombreuses réponses floues.

« On a l’impression que les décisions ont été prises en oubliant qu’il y avait des enfants derrière ça et que c’était un risque inacceptable », estime Andrée-Anne Gagné. Des décisions « déconnectées » du terrain qui, en pleine campagne électorale, soulèvent des questions sur l’efficacité de la gestion hypercentralisée de Santé Québec.

Avant la rencontre du 2 septembre, Olivier Magdin avait envoyé une liste de questions à Santé Québec. Il voulait notamment savoir quelles mesures de protection avaient été prises avant même le début des travaux. Malgré une relance, il n’a jamais eu de réponse de nature à le rassurer.

Je n’en ai pas eu davantage. Pierre-Alexandre Maltais, de la direction des communications et des affaires publiques de Santé Québec Saguenay–Lac-Saint-Jean, a décliné mes demandes d’entrevue avec les responsables du dossier et m’a invitée à plutôt envoyer des questions par courriel. Pour la transparence, on a déjà vu mieux.

Pourquoi le principe de tolérance zéro en cas de suspicion d’amiante n’a-t-il pas été respecté dès la découverte d’un débris suspect ? Pourquoi s’est-il écoulé un mois avant le signalement à la Santé publique et la fermeture du CPE ?

« Des analyses sont toujours en cours afin de déterminer la séquence des évènements qui explique la période entre la découverte de débris le 16 juillet et la réception des résultats d’analyse le 17 août. Dès la réception des résultats concluant à une présence d’amiante, les mesures nécessaires ont été mises en place », répond-on (sans vraiment répondre) par courriel.

Nolwenn Noisel, professeure agrégée à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, comprend les préoccupations des parents.

Dans une situation de potentielle exposition d’enfants à des poussières d’amiante, le principe de précaution, bien que peu populaire auprès de nos décideurs, aurait dû être mieux appliqué en amont.

Parce que l’amiante est un cancérigène qui n’a pas de seuil et que l’on parle ici d’enfants en bas âge.

Nolwenn Noisel

Devant l’incertitude de la situation, Santé Québec aurait dû réagir plus vite et avoir une communication plus transparente avec les parents pour leur permettre de prendre leurs propres décisions en toute connaissance de cause, estime la professeure.

« Le consentement éclairé, c’est de savoir ce qui se passe, puis de gérer les risques. Il y a peut-être des parents qui auraient dit : moi, ça ne m’inquiète pas, ce n’est pas grave, ce n’est pas pour longtemps. Puis d’autres qui auraient dit : non, moi, j’ai déjà eu des gens victimes de l’amiante dans ma famille. »

Norman King, conseiller scientifique pour l’Association pour les victimes de l’amiante du Québec, voit comme un élément positif et encourageant le fait que les tests de qualité de l’air effectués le 20 août dans l’ancien monastère des Augustines où se trouve le CPE n’aient pas révélé de dépassement de la norme applicable en matière d’amiante dans l’air au moment du prélèvement. Le Règlement sur la santé et la sécurité du travail exige la réduction au minimum de toute exposition aux fibres d’amiante. « Donc, avoir un résultat 10 fois moins élevé que la norme est excellent. »

Cela n’empêche pas ce vieux routier de la santé publique d’être parfaitement d’accord avec les parents pour dénoncer des « lacunes importantes » dans la gestion opaque de ce dossier par Santé Québec. Avant même le début des travaux de désamiantage, il aurait fallu organiser une rencontre d’information avec les parents et leur expliquer quelles mesures préventives ont été instaurées pour protéger leurs enfants.

« C’est bien beau de dire : on a pris les mesures dès que nécessaire. Mais il y a un grand trou entre le mois de juin et le mois d’août. Les gens sont tenus dans l’ignorance. Je ne trouve pas ça acceptable. »

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