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Monday, October 19, 2026

Comment éviter le naufrage de la biodiversité?

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La communauté internationale se retrouve dès lundi en Arménie pour la conférence de l’ONU (COP17) consacrée à la biodiversité, qui est essentielle à la vie sur terre et qui se dirige tout droit vers un naufrage provoqué par l’activité humaine. Dans ce contexte, plusieurs appellent d’ailleurs les pays à changer de cap pour préserver ce qui constitue le socle de notre existence au quotidien.

Lors de la signature du Cadre mondial de la biodiversité Kunming-Montréal, en 2022, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, avait salué la décision des 196 pays réunis au Québec de conclure cet accord sans précédent. « Nous commençons enfin à conclure un pacte de paix avec la nature », avait-il dit en s’adressant aux 196 Parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB).

Quatre ans plus tard, et malgré les engagements pris pour assurer la pérennité de la vie sur terre, le constat qu’a fait M. Guterres à la veille de l’ouverture de la COP17 est limpide : « La guerre contre la nature n’est pas encore terminée, et nous continuons de subir la conjonction dramatique de ces trois crises mondiales : la crise du changement climatique, la crise de la perte de biodiversité et la crise de la pollution, qui sont toutes étroitement liées. »

Il faut dire que le rapport publié jeudi par l’ONU pour faire état des progrès depuis 2022 démontre que l’humanité tarde à agir. Celui-ci décortique chacune des 23 cibles approuvées à Montréal pour accroître d’ici 2030 la protection des milieux naturels, réduire la pollution, freiner le déclin et l’extinction des espèces, augmenter le financement

en faveur de la biodiversité, exploiter les ressources de manière durable et restaurer les territoires dégradés par l’activité humaine.

Or, aucune des cibles n’en est en voie d’être atteinte parce que les pays avancent « beaucoup trop lentement », a déploré la secrétaire exécutive de la CDB, Astrid Schomaker, en entrevue à l’Agence France-Presse. Selon elle, les objectifs pour 2030 sont « toujours réalisables, mais uniquement si des changements importants sont mis en œuvre ».

Elle a cité en exemple le soutien financier public accordé à hauteur de 2600 milliards de dollars par année à des industries nuisibles à la biodiversité, dont celle des énergies fossiles. « Pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, 30 dollars sont consacrés à sa destruction », rappelait d’ailleurs vendredi M. Guterres.

La COP17 se déroule toutefois dans un contexte géopolitique très difficile, a souligné Mme Schomaker. « Il y a des conflits partout dans le monde, des pressions économiques, la dette et, disons, de nombreuses demandes concurrentes qui accaparent l’attention des gouvernements. »

Compte tenu des difficultés à rassembler les fonds publics promis pour la protection de la biodiversité, notamment pour aider les pays en développement à agir, la COP17 tentera de mobiliser davantage les ressources du secteur privé. Pour le moment, cependant, le « Fonds Cali », créé dans la foulée de la COP16 tenue en Colombie en 2024, est extrêmement loin du compte. L’objectif de récolter un milliard de dollars par année auprès d’entreprises volontaires a seulement permis de réunir 6000 $.

Reculs au Canada

Face à la multiplication des turbulences, certains gouvernements, comme celui du Canada, ont décidé de miser sur un soutien financier à l’expansion de l’industrie des énergies fossiles, qui aggrave les deux plus importantes crises environnementales de l’histoire, soit celle du climat et celle de la biodiversité.

Les libéraux de Mark Carney ont également « mis en place des lois et règlements qui permettent d’accélérer la destruction de la biodiversité », dénonce le directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud. Il cite en exemple la « Loi visant à bâtir le Canada », qui découle du projet de loi C-5, et qui permet au fédéral de contourner la Loi sur les espèces en péril.

Cette loi mise en place l’an dernier, et contestée devant les tribunaux, a été adoptée deux semaines après la publication d’un rapport du commissaire au développement durable qui démontrait que le Canada protège mal ses espèces en péril, et notamment les habitats essentiels à leur survie.

Pour espérer freiner le déclin de la biodiversité, un objectif auquel le Canada a adhéré en signant le Cadre Kunming-Montréal, il faudrait augmenter considérablement la protection des milieux naturels terrestres et marins, souligne Alain Branchaud.

La cible fixée par Ottawa, qui est aussi celle inscrite dans l’entente internationale approuvée en 2022, est de 30 % d’ici 2030. Or, le taux de protection avoisine aujourd’hui les 15 % dans les deux cas. Et au Québec, 17 % des milieux terrestres et 12 % des milieux marins bénéficient d’une protection. Tant à Ottawa qu’à Québec, on dit toutefois avoir bon espoir d’atteindre l’objectif de 2030, malgré l’ampleur de la tâche à accomplir.

Comment faire pour convaincre les gouvernements de l’urgence d’agir ? Pour Alain Branchaud, le message est clair : la biodiversité est essentielle à nos vies au quotidien, puisqu’elle nous permet de respirer, de nous nourrir, de lutter contre la crise climatique et de nous adapter aux impacts du réchauffement.

La nature est en outre très bénéfique pour notre santé physique et mentale, mais aussi pour l’économie. Selon les données de l’OCDE, près de 60 % du PIB mondial dépend des services fournis par la nature. Cela équivaut à plus de 45 000 milliards de dollars.

« Protéger la biodiversité, c’est un peu comme protéger notre maison. Mais, à l’heure actuelle, avec nos façons de faire et notre système de valeurs, on est en train de se retrouver avec une maison pleine de moisissures, avec des murs qui craquent, un toit qui laisse l’eau s’infiltrer, où la température n’est pas viable et où la nourriture va manquer », dit M. Branchaud. « Il n’y a donc aucune autre option à l’heure actuelle que de protéger notre planète pour assurer notre avenir. Aucune. »

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