Au Liban, des déplacés, oubliés de tous, vivent dans une grande pauvreté

Au Liban, plusieurs centaines de milliers de déplacés de la guerre n’ont toujours pas regagné leurs villages en dépit du cessez-le-feu conclu à la mi-juin. Des centaines de familles, oubliées de tous, vivent dans des conditions de pauvreté extrême.
Publié le :
5 min Temps de lecture
De notre correspondant à Beyrouth,
Des tomates coupées grossièrement sont placées dans une casserole de fortune, posée sur un feu de bois, où elles cuisent lentement. Oum Moustapha remue patiemment depuis des heures un épais coulis qui dégage des effluves épicées.
« Nous préparons la mouné (provisions) de l’hiver comme l’ont fait nos ancêtres pendant des générations, explique la mère de famille, entourée de ses filles jumelles. Demain, nous ferons un confit d’aubergines et le jour d’après une confiture d’abricots ». Ces réserves alimentaires, préparées avec des moyens de bord, peuvent être conservées pendant des mois sans réfrigérateur.
Déplacée du village frontalier de Kfarkila, au Liban-Sud, Oum Moustapha et ses six enfants partagent deux pièces contiguës avec une autre famille de huit membres, originaire de la localité voisine de Blida. Ces seize personnes vivent dans un taudis de 20 mètres carrés dans des conditions de pauvreté extrême.
Comme des milliers d’autres, ces deux familles ont été contraintes de quitter leurs maisons il y a près de deux ans, à cause de la guerre avec Israël. Malgré le cessez-le-feu théorique conclu à la mi-juin, elles n’ont toujours pas regagné leurs foyers. « Nos villages ont été pratiquement rasés par l’armée israélienne. Je ne sais pas si je retrouverais ma terre un jour », lâche Oum Moustapha dans un soupir.
Des villages rasés et inhabitables
La dernière guerre qui a éclaté le 2 mars au Liban, a poussé à l’exode près d’un million et demi de personnes, soit un Libanais sur quatre, des chiites dans leur écrasante majorité. À la mi-août, environ 860 000 déplacés étaient retournés dans leur zone d’origine, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et dans le sud du Liban, selon les chiffres fournis par les agences des Nations unies et les autorités libanaises. Cependant, retourner dans sa zone d’origine ne signifie pas nécessairement rentrer dans son propre logement. Dans plusieurs localités du Sud-Liban, des maisons ont été détruites ou lourdement endommagées, et certaines zones restent dangereuses ou difficiles d’accès. Malgré cela, cette catégorie reste privilégiée car elle a pu retourner sur sa terre ce qui n’est pas le cas de plusieurs centaines de milliers de personnes qui n’ont toujours pas regagné leurs villages.
Au 1er septembre, les données de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) indiquent que près de 330 000 personnes étaient encore déplacées à l’intérieur du Liban. D’autres sources avancent le chiffre de 360 000 déplacés.
Ces familles sinistrées sont originaires de la vingtaine de localités rayées de la carte par l’armée israélienne et de la quarantaine d’autres villages situés dans la zone tampon de facto de 700 km2, établie par les Israéliens dans le sud du Liban et appelée la « zone jaune ». « Même si les Israéliens nous autorisent à rentrer, il nous sera impossible de survivre car notre village est inhabitable », explique Khaled. Ce père de famille originaire de Blida, à 1 km à vol d’oiseau de la frontière avec Israël, étale sur une petite table des photos aériennes de son village. Il n’en reste plus qu’un tas de gravats qui s’étend sur des kilomètres.
« Les routes, les installations électriques, les canalisations d’eau, les maisons, les mosquées, tout a été rasé, dit-il. L’objectif des Israéliens est de rendre le lieu invivable… et ils ont réussi ». La majorité des familles qui n’ont pas pu regagner leurs villages ont loué des logements dans d’autres régions libanaises ou se sont installées chez des proches. « Un cousin qui vit en Afrique a mis sa maison à notre disposition, raconte Abou Hussein Ghanawi, un informaticien originaire de la grande bourgade de Houla. Nous avons temporairement refait notre vie à Beyrouth. Nous nous sommes adaptés ».
L’aide sélective du Hezbollah
Cependant, une vingtaine de milliers de personnes continuent de dépendre entièrement des aides fournies par les autorités libanaises et les agences internationales. Ces déplacés vivent dans 180 centres d’hébergement collectifs à travers le Liban, essentiellement des écoles ou des bâtiments publics. Des associations leur fournissent régulièrement des rations alimentaires, des soins médicaux et parfois de l’argent liquide pour subvenir à leurs besoins fondamentaux.
Le Hezbollah, qui disposait d’une importante structure de soutien social, a été largement affaibli par la dernière guerre et par les restrictions locales et internationales qui frappent ses institutions. La situation difficile qu’il traverse l’a poussé à être sélectif et à consacrer l’essentiel de ses ressources à ses plus proches partisans. Les conséquences de l’affaiblissement du Hezbollah sont palpables. Des centaines de familles sont abandonnées à leur sort et peinent à assurer leurs besoins les plus élémentaires. « Au début de la guerre, le Hezbollah apportait indistinctement des aides diverses aux déplacés, chuchote Fawaz, originaire de Nabatiyé. Au fil des mois, les listes de ceux qui bénéficiaient d’une aide régulière sont devenues plus courtes. Aujourd’hui, seuls les membres du parti et leurs familles continuent de jouir d’un soutien, et celui-ci est de moins en moins généreux ».
Oum Moustapha, Khaled et leurs enfants font partie de ses déplacés oubliés de tous, qui survivent dans des conditions de précarité extrême en ne comptant que sur eux-mêmes.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.