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Saturday, September 26, 2026

L’incidence du choc démographique est sous-estimée

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Est-ce que les promesses de la campagne électorale québécoise tiennent suffisamment compte de l’effet du vieillissement de la population ? Pas sûr.

Bien avertis par les experts et les agences de notation de la faible marge de manœuvre disponible dans les finances publiques, les principaux partis politiques ont généralement fait preuve de retenue dans leurs promesses durant les élections québécoises. S’étant tous engagés à revenir à l’équilibre budgétaire d’ici 2030, ils comptent principalement y arriver par un contrôle tellement serré de la croissance des dépenses — à l’exception de Québec solidaire, qui entend aussi aller chercher de nouveaux revenus — qu’elle serait égale, sinon inférieure, à l’inflation.

Ces chiffres sur les dépenses totales cachent des écarts entre les différentes missions de l’État. Détaillé dans le rapport préélectoral, le scénario de départ sur lequel tout le monde se basait prévoyait notamment des augmentations de dépenses plus importantes en santé (4,6 % par an) et en éducation (2,8 %) que, par exemple, aux affaires municipales (-3 %), en culture (-4,1 %) ou à l’économie (-6,5 %).

Chaque parti a également indiqué, dans sa plateforme électorale, où il voudrait en faire un peu plus, avec de nouvelles dépenses, ou moins pour se donner de la marge de manœuvre. Signe des temps, certaines des mesures les plus importantes seraient destinées aux personnes âgées, notamment par l’entremise de l’amélioration des soins à domicile, mais aussi de l’offre de transport collectif gratuit (QS) ou d’une bonification du soutien aux aînés (CAQ).

Bien que dûment comptabilisées par les partis, ces nouvelles dépenses pourraient, à plus long terme, coûter plus cher qu’on ne le pense si l’on tient compte des tendances démographiques, a prévenu lundi la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dans sa synthèse de leurs cadres financiers. « À titre illustratif, promettre des places en garderies alors que la population des 0 à 4 ans est en décroissance n’a pas le même impact budgétaire que de promettre une mesure destinée aux aînés dont la population est en forte croissance. »

Des gouvernements myopes

Rappelons que, selon les projections officielles, la proportion de Québécois âgés de 0 à 19 ans — qui est passée de 24,4 % en 2000 à 20,6 % l’an dernier — devrait être de 18,5 % dans 25 ans. Principal groupe en âge de travailler, les personnes de 20 à 64 ans ont quant à elles reculé, passant d’un peu moins de 63 % de la population en 2000 à 60 % l’an dernier, et se dirigent vers 55 % en 2051.

À l’inverse, le poids de leurs aînés de 65 ans et plus devrait avoir doublé au cours de la même période, passant de 13 % au tournant du siècle à un peu moins de 22 % aujourd’hui et à plus de 26 % dans 25 ans.

Les plateformes électorales ne sont pas le seul endroit où l’on a peut-être du mal à apprécier l’ampleur des conséquences de ce choc démographique sur les finances publiques. L’automne dernier, le vérificateur général du Québec soulignait la façon bancale que le gouvernement a de calculer la hausse prévisible de ses dépenses en santé, même si elles représentent 42 % de ses dépenses de portefeuille totales, contre 31 % au milieu des années 1980.

Exception faite de certains soins de santé physique qui occupent moins du cinquième du budget, on y fait notamment comme si la hausse des coûts suivait l’augmentation générale de l’indice des prix à la consommation, alors que, déjà depuis 10 ans, la croissance annuelle moyenne du prix des fournitures médicales (+5,4 %), des denrées alimentaires (+7,6 %) ou encore des médicaments (+14,5 %) a été bien supérieure à la mesure générale de l’inflation (+2,9 %).

La mauvaise prise en compte de l’augmentation de la population, de son vieillissement et de la réalité du terrain amène ainsi le gouvernement à fixer le simple coût de reconduction de ses services en santé à 100 millions de dollars additionnels par année. En fait, estime le vérificateur général, il est six fois plus élevé, c’est-à-dire de 600 millions.

Plus de dépenses et moins de revenus

Le vieillissement de la population n’a pas seulement une incidence sur les dépenses de l’État. Il se fera aussi de plus en plus sentir sur la capacité de croissance économique et, par le fait même, sur les revenus du gouvernement.

De 1982 à 2002, la croissance réelle du produit intérieur brut québécois s’est élevée, en moyenne, à 2,4 % par année, notamment à la faveur de l’augmentation de la population en âge de travailler (+0,7 %), de la hausse de la proportion de cette population qui occupait effectivement un emploi (+0,8 %) et de l’amélioration de la productivité (+1 %).

D’ici 2030, le potentiel de croissance de l’économie du Québec s’élèvera tout au mieux à entre 1,4 % et 1,5 % par année, a estimé le ministère des Finances dans son rapport préélectoral, en raison du recul de la population âgée de 15 à 64 ans (-0,5 %), d’un retour à l’emploi du maximum de travailleurs disponibles (+0,9 %) et d’une productivité qui aura remonté (+1,1 %), même si cette dernière a surtout baissé ces dernières années (à 0,8 % entre 2010 et 2019).

Même si cette croissance économique et ses revenus fiscaux se concrétisent, la suite s’annonce beaucoup plus difficile, prévenait l’hiver dernier la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke dans son analyse annuelle de la soutenabilité budgétaire à long terme du Québec.

En effet, même si l’on ajoute au bassin de travailleurs disponibles les Québécois de 65 à 74 ans, mais que l’on revient à la tendance lourde en matière de productivité (+0,8 %), on arrive tout au mieux à un potentiel de croissance économique maladif de 0,8 % par an de 2030 à 2065. C’est-à-dire deux fois moins que la moyenne de 2003 à 2019 (1,7 %) et trois fois moins que de 1983 à 2002 (2,4 %).

Autant dire que les prochains gouvernements du Québec n’ont pas fini de se creuser la tête pour réconcilier la pression à la hausse sur les dépenses et à la baisse sur leurs revenus que fera peser le vieillissement de la population sur les finances publiques.

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