À Londres, l'exposition de la Tapisserie de Bayeux ouvre ses portes au public

Après avoir passé près de 1 000 ans en France, la Tapisserie de Bayeux est exposée pour la première fois outre-Manche. À partir de ce jeudi 10 septembre 2026 et jusqu'en juillet 2027, la colossale broderie de 70 mètres de long, qui raconte la conquête de l'Angleterre par les Normands, est exposée à Londres, au British Museum, dans un écrin à la hauteur de l’attente suscitée par ce patrimoine exceptionnel.
Publié le : Modifié le :
4 min Temps de lecture
Dans l'immense galerie du British Museum plongée dans la pénombre, la Tapisserie de Bayeux s'expose comme jamais auparavant : dans toute sa longueur et, surtout, à plat, ce qui permet de s'en approcher de très près pour l'examiner dans ses moindres détails.
« La tapisserie de Bayeux ne peut que vous sauter aux yeux ! Il se passe tellement de choses dedans. Les couleurs sont incroyablement vives, même aujourd'hui ; et il y a énormément de détails, s'émerveille Michael Lewis, commissaire en chef de l'exposition. Certaines parties sont amusantes, d'autres sont évidemment beaucoup plus graves, on ressent plusieurs émotions différentes en la découvrant. C'est presque comme si un cinéaste l'avait conçue ! »
« Palpitant, stupéfiant et horrifiant » pour le Guardian ; « L’oeuvre d’art la plus extraordinaire au monde » selon le Telegraph, et même, d’après le Times, une expérience « magnifique à en donner des frissons »...: depuis plusieurs jours, la presse britannique, quant à elle, ne tarit pas d’éloges sur la tapisserie et sa mise en scène alors qu'un peu partout dans le pays, des événements en lien avec l'oeuvre s’organisent. Des expositions ou des conférences sont ainsi prévues dans une soixantaine de musées à travers le Royaume-Uni, mais aussi des cours spéciaux à l’École royale de broderie et même des ateliers de dessin, à Londres, pour apprendre à dessiner « comme sur la tapisserie ».
Le marqueur le plus évident de cet enthousiasme reste toutefois la vitesse à laquelle les billets pour l’exposition ont été vendus. Il a en effet fallu à peine 24 heures pour que les premières dizaines de milliers de tickets soient écoulés. D’ici à la fin de l’exposition en juillet 2027, l’institution s’attend à recevoir entre 700 000 et 1 million de visiteurs.
À lire aussiBayeux privée de sa Tapisserie: «C'est comme si on perdait un membre de la famille»
« Un moment décisif de l'histoire britannique »
Échanges diplomatiques, banquets, moments de la vie domestique et bien sûr batailles : la Tapisserie de Bayeux relate des scènes d'un film qui, au-delà d'être passionnant, a révolutionné l'histoire de l'Angleterre. « C'est à partir de ces événements qu'elle est devenue plus occidentale que scandinave ; et puis la langue, le droit, l'architecture, l'art... tout cela a évolué avec la bataille d'Hastings ! C'est réellement un moment décisif dans l'histoire », précise la Dr Sur Brenning, co-commissaire de l'exposition.
Côté français, on salue le prêt de l'oeuvre comme un « symbole de l’amitié franco-britannique », tandis que le British Museum se félicite d’un « immense acte de diplomatie ». Preuve en est d'ailleurs les multiples rencontres en grande pompe de ces derniers mois autour de l'oeuvre : il y a seulement quelques jours encore, Emmanuel Macron était à Londres avec Charles III pour l’avant première de l’exposition, rencontre au cours de laquelle les deux hommes se sont affichés très complices, partageant de grands éclats de rire.
Celle-ci a également été l’occasion de faire oublier des années difficiles dans les relations entre les deux pays, selon Lord Peter Ricketts, l’envoyé spécial britannique pour la tapisserie. « Je dirais que ce prêt est un formidable exemple de diplomatie culturelle. Les relations des États ne sont pas simplement les problèmes de tous les jours, c'est aussi une histoire partagée. Nous avons eu des hauts et des bas depuis 1 000 ans, mais aussi depuis dix ans avec le Brexit et les tensions évidentes entre nos deux gouvernements. Mais l'arrivée de la tapisserie fait que nous parlons tous des relations franco-britanniques d'une manière positive », souligne ce dernier.
Et il n’y a pas que les diplomates pour le dire : la population britannique, elle non plus, ne s’y trompe pas. « Le Royaume-Uni et la France sont comme des frères et sœurs. Ils se disputent toujours mais, au fond, ils s’aiment profondément ! », plaisante par exemple John, un visiteur du musée. Ce jeudi 10 septembre donc, l’heure est à l’entente et non aux chamailleries. D'ailleurs, même l’annonce de deux fils brisés sur la tapisserie, la semaine dernière, n’a pas jeté une ombre au tableau...
01:18
Reportage de Léa Boutin-Rivière au British Museum
À lire aussiÀ Londres, la tapisserie de Bayeux tisse des liens entre la France et le Royaume-Uni
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.